Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

« Le Bal des Vampires » et la valse des toiles

Publié le par Eric Bertrand

               Dernier « tour de piste » pour collège au cinéma, avec « le Bal des Vampires » de Roman Polanski...

                Le scénario est simple, une belle rousse, Sarah, fille d’un aubergiste des Carpates, (incarnée par la malheureuse Sharon Tate), est enlevée par le redoutable comte Von Krolock qui l’entraîne dans son château pour l’offrir en sacrifice au fameux bal des vampires... Mais le comte a à ses trousses deux chasseurs de vampires, le professeur Abroncius et son disciple Alfred, tombée amoureux de la belle...

                 Disons le tout de suite, le film appartient au genre de la parodie et en agite toutes les ficelles. Quand on sait que la parodie consiste à détourner les codes d’un genre, revisitons rapidement ce qui constitue le film de vampires type... Atmosphère d’angoisse, gousses d’ail, crucifix, Loups garous, chauve-souris, nuit de pleine-lune, personnages grotesques, jeunes femmes plantureuses à la chair rose...

                 On trouve naturellement tous ces ingrédients dans le film de Polanski... Mais sa qualité essentielle, surtout si on a la chance de le voir sur grand écran, se situe au niveau du travail des lumières, des couleurs et des effets de composition. En bref, le scénario, somme toute assez mince, s’enrichit d’une déambulation à travers une série de tableaux qui rappellent à tout moment à la fois l’univers de Rembrandt, de Vermeer ou encore de Friedrisch... Ce qui vérifie une fois de plus l’idée que, dans tout travail artistique, l’objectif de l’artiste est de trouver le bon motif qui sert de prétexte au déroulement de ses obsessions.

                  Dans l’auberge perdue des Carpates, où arrivent en traineau nos deux « clowns », des figures inquiétantes servent de comité d’accueil. Ils ont des trognes sorties tout droit de tableaux de Rembrandt et pénètrent dans la camera oscura des peintres flamands. Et puis on rentre dans la chambre, on s’enfonce dans les dessous de la domesticité, les fantasmes de l’aubergiste (un rougeaud concupiscent qui se lève la nuit dans l’espoir d’étreintes ancillaires...)

                   Les femmes sont délicates, affairées, filmées avec beaucoup de tendresse. On dirait des jeunes filles à la perle, des laitières ou des dentelières. De quoi exciter la convoitise du premier vampire venu. Les scènes de morsure sont de nature très érotique. Von Krolock mord dans Rubens... Et puis le traineau s’en va dans la neige, monte sur les sommets et le spectateur est sous la lune transporté dans un tableau de Friedrich. Au terme du voyage, « au-dessus d’une mer de nuages », il y a le décor éminemment gothique du château et de la crypte des vampires...   

 

196

Voir les commentaires

Activité d’écriture autour de la lecture d’extrait du roman « Eldorado » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

Exercice d’écriture : adresser la lettre de démission que Piracci envoie à son administration

(La lettre doit être argumentée et modérée).

 

             Après réflexion, j’ai le regret de vous faire savoir que j’ai pris la décision d’abandonner mon poste.

             Certes, je sais que la mission que l’on m’a confiée me vaut le titre prestigieux  « gardien de la citadelle »... Les discours officiels le répètent suffisamment : j’ai été promu capitaine et, en qualité de bon capitaine, je dois aider à gagner « la guerre ». Pour cela, je dispose de moyens optimaux. A bord de ma frégate, équipé de jumelles performantes et de radars sophistiqués, je suis passé maître dans l’art de traquer et d’intercepter un maximum de désespérés... je sais cela...

             Mais c’est justement cette fonction de chasseur d’hommes que je ne supporte plus... J’abandonne ma mission parce que je ne veux plus être celui qui incarne la Malchance. Je ne veux plus, sous prétexte de bien faire mon métier, mettre un terme aux rêves de ceux qui arrivent jusque sur nos côtes. Je ne suis pas leur adversaire puisque je suis leur frère. Combien de fois ai-je tremblé en mer quand je les savais en danger et que je ne pouvais que les sauver pour ensuite les condamner à la tragédie ? Quelle drôle d’activité ! Vraiment !... C’en est assez, je m’en vais les rejoindre plutôt que de les trahir. De ce fait, vous n’entendrez plus parler de moi. Je disparais, de sorte que « la citadelle » ne sera plus gardée. Je m’envole, si bien que les réfugiés venus d’Afrique passeront un peu plus facilement, pour un temps du moins, à travers les mailles du filet.

 

c--ramique1.jpg

Voir les commentaires

Activité d’écriture autour de la lecture d’extrait du roman « Eldorado » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

            Le lecteur se souvient de la lecture proposée à propos du roman « Eldorado ». Le personnage principal du roman, le capitaine Piracci est torturé par sa mission. Il est chargé de traquer les réfugiés qui arrivent par bateaux sur les rivages de Sicile. Peu à peu, il lâche prise... Les trois extraitslus en cours montrent le cheminement de sa pensée (ainsi s’apprécie l’un des aspects du travail du romancier : celui qui consiste à creuser un caractère).

           Dans la continuation de cette analyse, je demande aux élèves d’imaginer la lettre que Piracci adresserait à son administration pour signifier sa décision de démissionner. Il faudra tenir compte des arguments formulés en cours et organiser la lettre en deux temps : la concession, les raisons du choix. Une proposition demain...

 

100-6669.JPG

 

Voir les commentaires

Le métier d'enseigner

Publié le par Eric Bertrand

            C’est un fait pas toujours reconnu par le grand public (et c’est aussi pour cette raison que j’ai écrit « l’Organisme »), le métier d’enseigner n’est pas une tâche facile... Témoin un courrier envoyé par une jeune collègue et à qui j’ai adressé la réponse suivante.

 

 

              « Ton courrier pose une grande question et met le doigt sur la complexité et j'irai jusqu'à dire "le romantisme" de notre mission... Quand on sait à quel point le mot « romantisme » oscille entre chimère et désespoir, exaltation et désenchantement...

Les premières années d’enseignement font appréhender la réalité du métier si on l'a empoigné comme il fallait... L'expérience, le "recyclage" de cours déjà « tout faits » et « réchauffés » n'y font rien. Et ce sentiment trouble d'insatisfaction à la sortie de certains cours, cette impression de gâchis, d'incompétence, ce syndrome de Don Quichotte qui vient frapper les ailes...

On sort brisé par des mesquineries, des paroles déplacées, des rafales de vulgarités diverses... Et puis revient le matin, et puis jaillit la conscience et ça repart avec la même voix qui vibre et qui résonne, l'intelligence qui claque, et le fouet qu'on brandit avant que les chevaux ne fatiguent à nouveau... Et ainsi de suite dans un éternel recommencement. C'est un métier qu'on mérite. Courage. »

 

blackpo1.jpg

 

Voir les commentaires

Proposition de correction du sujet sur « Persépolis ». Arguments et énonciation

Publié le par Eric Bertrand

NB : ce devoir, en même temps que l’exploitation d’un film donnait l’occasion de travailler à la fois sur le motif de l’énonciation et sur celui de l’argumentation, motif à acquérir progressivement pour la troisième.

 

                 « Percez police ! »

 

                  Il y a des films qu’il faut aller voir ! On en sort comme éclairés… « Persépolis » est l’un de ces films ! Et puis, pour une fois que les parents pourront penser à peu près la même chose que vous, n’hésitez pas à les mettre dans le coup ! Peut-être même qu’à l’avenir, ils prêteront davantage d’attention à vos choix en matière de cinéma !   

                  Le film raconte avec humour et distance ironique le parcours autobiographique d’une femme indépendante élevée dans un milieu intellectuel dans l’Iran du Chah. « Marjie » n’est alors qu’une enfant, mais déjà se développe en elle un farouche esprit de liberté. La fameuse auteure de BD  à l’esprit sarcastique qu’elle est devenue est déjà un témoin politique à l’esprit vif et caustique ! Si vous ne savez rien de ce grand pays au destin mouvementé qu’est l’Iran, alors c’est le moment de vous instruire ! Marjane Satrapi retrace avec précision les événements historiques qui ont secoué son pays. Essayons de déblayer le terrain ! Le Chah, tyran sanguinaire est enfin bousculé par la révolution, la « république » islamique va pouvoir se mettre en place et laisser le champ libre à l’Espoir… Mais méfions-nous des espoirs politiques trop vite foulés au pied ! Peut-être connaissez-vous la chanson de Brassens intitulé « le Roi »… Elle annonçait en 1977, juste avant la chute du régime : « Il est possible au demeurant / Qu’on déloge le Chah d’Iran / Mais il y a peu de chances qu’on / Détrône le roi des cons ! ».  En effet, force est de constater avec Marjie, qu’au tyran succèdent les tyrans et que, sous couverture religieuse, les libertés sont une fois de plus bafouées. C’est même pire ! L’adolescente qui ne supporte pas le voile, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui a elle aussi ses idoles (Iron Maiden en Iran !) est en danger… Ses parents le savent bien et son franc-parler l’expose directement à la répression. C’est pour cette raison qu’elle quitte son pays pour se rendre en Autriche où elle continue sa formation et son émancipation.

                       Le grand mot est lâché ! Il est cher à Marjane Satrapi comme à toutes celles d’entre vous qui ne supportent pas l’humiliation d’une société machiste ! Le film fait réfléchir à l’émancipation de la femme dans tous les pays mais aussi sur toutes les formes de violence qui accompagnent un régime fondé sur la dictature. Plus de vingt ans de drame sont reparcourus par le film, du régime du Chah à celui des ayatolas en passant par les purges civiles, la guerre meurtrière contre l’Irak de Saddam Hussein (plus d’un million de morts), la terreur que fait régner la république islamique… La famille de Marjane est touchée au cœur, le grand-père fusillé par la police du Chah, l’oncle Anouche à son tour exécuté par les hommes du nouveau régime. Pas de doute, vous êtes maintenant incollable en matière d’histoire et de sociologie iraniennes !

                        Mais revenons à vos passions d’enfance ! Vous aimez sans doute la BD, et vous avez raison ! Il en existe de tous les genres… « Persépolis » est un film d’animation et vous prendrez un réel plaisir au graphisme du dessin. Inspiré de la bande dessinée de l’auteur, il est expressif et varié. Il réinvestit des tableaux prestigieux comme ceux de Folon, de Friedrich, de Picasso ou de Munch… Alors vous apprécierez dans ce film les multiples clins d’œil que l’ancienne étudiante en art qu’est Marjane Satrapi adresse au spectateur. Revisitons avec elle « le cri », « Guernica », « Voyageur contemplant une mer de nuages », et les peintures de Folon. A un moment du film, lorsque Marjie revient dans son quartier, une bombe a explosé. Vision d’horreur… La petite fille  pousse un cri d’angoisse, cri que le peintre Munch, dans le tableau du même nom, a su traduire dans cette oeuvre qu’il faut absolument connaître. L’horreur est également présente dans la vision des massacres perpétrés par Saddam. Explicitement, l’image recompose les traits du célèbre tableau de Picasso « Guernica » que vous avez déjà forcément vu au moins une fois en cours d’histoire. C’est cette violence que rejette la famille de Marjane et particulièrement l’oncle Anouche qui, dans sa jeunesse, avait collaboré à la constitution d’une petite république en Azerbadjan, entreprise réduite à néant par le régime... Anouche doit alors s’exiler et franchir de hautes montagnes du haut desquelles il médite, « voyageur au-dessus d’une mer de nuages ». Ce tableau de Friedrich renforce, s’il en est besoin, l’impression romantique que dégage la figure de l’oncle aux yeux du spectateur et de la petite fille.

                            Comme son oncle, Marjie a de l’ambition ! Autant en politique qu’en amour ! Et c’est un des moments les plus savoureux du film. Les garçons qu’elle aime ne sont en effet pas à la hauteur de ses attentes, et la malheureuse vole de désillusions en désillusions. Cette impression  d’innocence contrariée est parfaitement rendue par les citations des tableaux de Folon qui nourrissent chacun des épisodes de ses idylles. Les amants de Marjane sont de piètres individus qui la font tomber de haut. A chaque fois, l’Amour (et le dessin !) la fait décoller, et à chaque fois la déception la laisse s’écraser. Mais pas de chichis ! Le thème de la tromperie est toujours traité avec un humour décapant : ainsi, la caricature de Marcus, qui apparait au début de la romance comme un délicat petit prince, est particulièrement réussie et le discours qui déconstruit la romance fait de lui un abominable petit monstre !

                             Peut-être vous reconnaîtrez-vous là-dedans ! En tout cas, Marjane Satrapi n’a rien épargné pour toucher le jeune spectateur ! Et on se demande ici, à la rédaction, si elle n’a pas tourné ce film spécialement pour les ados ! Il faut voir de quelle façon elle raconte sa propre adolescence lorsqu’elle force le trait. A travers  une série de gros plans sur les différentes parties de son corps soumis à la tyrannie de l’organisme, elle inspecte avec justesse les mutations de sa silhouette et de son visage. L’une des étapes de sa métamorphose en belle jeune fille passe même par la citation d’une figure horizontale de « Guernica », ce qui, une fois de plus, est signe de distance ironique.

                     Décidément, empressez-vous d’aller voir ce film ! Croyez-moi, tout comme l’élégante et géniale Marjane Satrapi, vous rentrerez chenille et en vous en sortirez papillon !

 

Exercice : relevez les arguments. Relevez les indices d’énonciation.

 

Illustrations (2) [1600x1200]

Voir les commentaires