Comme les airs écossais, ces airs de country type John Denver, élargis à Simon and Garfunkel ou à Fleetwood Mac, sont dotés d’une grande force d’évocation.
A
travers eux, c’est la traversée des Etats-Unis qui resurgit, la silhouette des grands cactus d’Arizona, les montagnes rouges du Colorado, les immenses
interstates qui s’enfoncent dans le désert et ces relais isolés où s’arrêtent les riders.
Ambiance de Bagdad Café que j’ai voulu recréer par exemple dans le Tennessee Club à travers des
chansons plus récentes de Johnny Halliday ou d’Eddy Mitchell, chanteurs de road movies !
Dès le début de mon séjour en Ecosse, j’ai découvert cette musique et sa puissance mélancolique, cette mélancolie qui est partout sur le sol des Highlands.
Isolé « à
bord » d’une petite maison dans une sorte de coron à l’écossaise dans la petite ville de Wick, je passais de longues soirées au coin du feu de tourbe à lire les légendes et les histoires locales. En fond, les mêmes disques passaient en boucle : Run Rig, Corries, Silly Wizard… Ils
enveloppaient la pièce et l’émotion.
Voilà pourquoi on
retrouve ces airs mentionnés dans le Ceilidh et les vidéos des représentations (et jusque dans le
dernier film de Fred). Ils ont pour vocation, à la manière de la fameuse madeleine, de transporter le spectateur dans un univers parallèle.
« Rouler vitres ouvertes en écoutant Gainsbourg »… Dans
les Nouvelles pour l’été, c’est la chanson d’ouverture de « Histoire de Mélody Nelson » qui
sert de fil conducteur à cette nouvelle…
J’évoque dans Pour y voir Clerc l’attrait de mon oncle Gilbert pour les voitures
miniatures et notamment celles des grosses voitures américaines. Il m’a appris à vénérer les belles carrosseries. J’ai tout de suite admiré dans
« Mélody », « La Silver Ghost de 1920 ». Non pour le luxe tapageur dont elle est naturellement investie, mais pour la grâce et
l’élégance de ce véhicule qui m’apparaissait comme le double immense de Mélody.
Cette « Princesse
des ténèbres, archange maudit, que le sculpteur en anglais surnomma « spirit of ectasy » a quelque chose de la Beauté de Baudelaire… Cette
Rolls est en effet une sorte de « rêve de pierre »… et la petite Mélody à côté n’en est que l’écolière… Mais une écolière surdouée, la petite
soupape d’un monde inconnu.
Sir Henry et moi étions
bien novices à l’époque et prompts à la dérive !... C’est la Silver Ghost et la petite écolière que j’ai remises en scène dans Les Nouvelles pour
l’été,
Et j’ai à mon tour pu tourner les pages de
« Lui. Mélody Nelson »… J’avais déjà beaucoup jubilé à l’écoute de textes torrides du genre de « variations sur Marilou » mais je n’avais jamais ressenti à ce point
l’érotisme de l’univers de Gainsbourg. Dosage troublant des mots et des sons, d’un scénario sur lequel planait la voix lolitienne de Jane
Birkin…
Un hasard ? Cet été là,
été 79, Sir Henry et moi avons fait notre premier voyage vers la Grande Bretagne. Dans nos écouteurs de walkman, nous écoutions « Melody » et « les ailes de la Rolls. »…
Je me souviens d’une petite route en lacets dans la région des lacs de Windermer. Au milieu de la bruyère en fleurs, nous avions vu passer devant nous
une Jaguar Type E gris métallisé, notre Silver Ghost à nous, hôtesse occasionnelle de « la Vénus d’argent du radiateur » et d’une hypothétique « à nous les petites
Anglaises »…
Encore une parenthèse sur l’Ecosse dans le sillage de celle d’hier. J’ai eu dimanche au téléphone Rena qui fait
l’échange de maison avec nous. Elle m’a annoncé que le clan Sinclair nous attendait pour sa nouvelle édition du « Gathering » à l’occasion
des Highland games de Halkirk.
On se souvient peut être que je suis depuis plus d’un an membre
officiel du clanSinclair et c’est à ce titre que je suis attendu dans la tente du clan pour présenter mon livre « le Ceilidh » le 26
juillet prochain. Bien évidemment, le livre rend hommage à la pièce maitresse du clan : le chateau Girnigoe Sinclair.
C’est un insigne honneur et j’en suis très reconnaissant à Kay Dunnett qui en a eu l’idée. Je vais contacter mon éditeur pour qu’il envoie un paquet de livres à
transmettre chez Rena.
Au passage,
clin d’œil à Fred pour qui le bourg de Halkirk représente beaucoup de choses… Halkirk résonne dans nos mémoires et a construit une partie de la
mythologie écossaise !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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