« Rouler vitres ouvertes en écoutant Gainsbourg »… Dans
les Nouvelles pour l’été, c’est la chanson d’ouverture de « Histoire de Mélody Nelson » qui
sert de fil conducteur à cette nouvelle…
J’évoque dans Pour y voir Clerc l’attrait de mon oncle Gilbert pour les voitures
miniatures et notamment celles des grosses voitures américaines. Il m’a appris à vénérer les belles carrosseries. J’ai tout de suite admiré dans
« Mélody », « La Silver Ghost de 1920 ». Non pour le luxe tapageur dont elle est naturellement investie, mais pour la grâce et
l’élégance de ce véhicule qui m’apparaissait comme le double immense de Mélody.
Cette « Princesse
des ténèbres, archange maudit, que le sculpteur en anglais surnomma « spirit of ectasy » a quelque chose de la Beauté de Baudelaire… Cette
Rolls est en effet une sorte de « rêve de pierre »… et la petite Mélody à côté n’en est que l’écolière… Mais une écolière surdouée, la petite
soupape d’un monde inconnu.
Sir Henry et moi étions
bien novices à l’époque et prompts à la dérive !... C’est la Silver Ghost et la petite écolière que j’ai remises en scène dans Les Nouvelles pour
l’été,
Et j’ai à mon tour pu tourner les pages de
« Lui. Mélody Nelson »… J’avais déjà beaucoup jubilé à l’écoute de textes torrides du genre de « variations sur Marilou » mais je n’avais jamais ressenti à ce point
l’érotisme de l’univers de Gainsbourg. Dosage troublant des mots et des sons, d’un scénario sur lequel planait la voix lolitienne de Jane
Birkin…
Un hasard ? Cet été là,
été 79, Sir Henry et moi avons fait notre premier voyage vers la Grande Bretagne. Dans nos écouteurs de walkman, nous écoutions « Melody » et « les ailes de la Rolls. »…
Je me souviens d’une petite route en lacets dans la région des lacs de Windermer. Au milieu de la bruyère en fleurs, nous avions vu passer devant nous
une Jaguar Type E gris métallisé, notre Silver Ghost à nous, hôtesse occasionnelle de « la Vénus d’argent du radiateur » et d’une hypothétique « à nous les petites
Anglaises »…
Encore une parenthèse sur l’Ecosse dans le sillage de celle d’hier. J’ai eu dimanche au téléphone Rena qui fait
l’échange de maison avec nous. Elle m’a annoncé que le clan Sinclair nous attendait pour sa nouvelle édition du « Gathering » à l’occasion
des Highland games de Halkirk.
On se souvient peut être que je suis depuis plus d’un an membre
officiel du clanSinclair et c’est à ce titre que je suis attendu dans la tente du clan pour présenter mon livre « le Ceilidh » le 26
juillet prochain. Bien évidemment, le livre rend hommage à la pièce maitresse du clan : le chateau Girnigoe Sinclair.
C’est un insigne honneur et j’en suis très reconnaissant à Kay Dunnett qui en a eu l’idée. Je vais contacter mon éditeur pour qu’il envoie un paquet de livres à
transmettre chez Rena.
Au passage,
clin d’œil à Fred pour qui le bourg de Halkirk représente beaucoup de choses… Halkirk résonne dans nos mémoires et a construit une partie de la
mythologie écossaise !
Comme je le précise dans la
présentation de cette vidéo, il constitue une somme d’expériences menées en Ecosse seul ou avec mon frère, toujours sur le terrain du wild et avec une
large inclination pour le mystère de ce pays et pour ce qui en fait la légende et le romantisme au sens plein, ce qu’un certain James Mac Pherson (plus connu sous le nom d’Ossian) a célébré dans ses anciens poèmes. (Pour ceux que ça intéresse, une série d’articles est consacrée à cet ancien barde dans les pages de ce blog
consacré au Ceilidh : année 2006)
J’ai acheté « l’Homme à la tête de chou » et Sir Henry « Histoire de Mélody Nelson ». Sur nos maigres deniers… A l’époque, acheter un disque, une cassette qui plus est, était pour nous un événement. Sir Henry empilait aux étrennes, les Deutz
Gramophon (er Mozart !) et moi, pas grand chose. Gainsbourg faisait date.
Un beau matin, il arrive dans la cour du lycée, dissumulant dans sa serviette la couverture d’un numéro du magazine « Lui » qu’il entr’ouvre
furtivement… Avec ce petit air de saint homme qu’il a longtemps eu dès qu’il s’agissait de choses intimes (il ne s’est jamais totalement défait de cet
air de Tartuffe qu’il avait un jour accepté de jouer en classe de français) il a murmuré en me dévoilant la couverture froissée : « Eric,
Mélody Nelson, c’est ça !... »
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/