Il y a, autour des vidéos que j’attends, une sorte de fâcheuse fatalité. Je guette depuisbientôt deux mois le fameux film du Ponton et on sait quelle difficulté rencontre Raphaël.
Un
effet ricochet met mes nerfs à l’épreuve autour de l’Ecosse et de sa réalisation par mon frère, via You tube. Comble de l’ironie, le paquet était
arrivé au bureau de poste dans la semaine et pour de sombres raisons, il est reparti chez l’expéditeur. Résultat, cela repousse l’échéance d’autant.
N’existe-t-il pas un aphorisme selon lequel « pour jouir d’une chose, il faut la désirer longtemps » ?
Le livre d’Annie Ernaux revient sur
mai 68 et montre aussi qu’il n’y a pas de mémoire sans mémoire collective. Pour pouvoir s’attacher à un livre autobiographique, le lecteur doit en
effet, selon l’expression employée par Finkelkraut « écrire à côté ». Dans ce cas précis, l’écrivain mêle le politique à sa propre histoire
personnelle et à celle de ses proches forcément bousculée par « les événements ».
Pour y voir Clerc s’attache à d’autres dimensions, celle du familial, du sentimental et de l’imaginaire,
autant de moyens de coller à une enfance puis à une adolescence marquée par certains motifs reproduits dans l’âge adulte. Qu’en est-il alors du politique ? Du sociologique ? Pas
grand-chose, il est vrai, ce qui montre que tout travail autobiographique opère des choix et qu’au risque de la dispersion, il vaut mieux choisir
cette voie.
A une remarque de Finkelkraut qui évoque le séminaire de Roland Barthes dans lequel ce dernier évoque deux types de narration, celle qui englobe et celle qui émiette, « l’album »
que l’on feuillète… Annie Ernaux affirme qu’elle envisage davantage son livre comme un « album ».
La réalité s’offre ainsi à la mémoire et en aucune façon comme un tout qu’il faudrait organiser. A la métaphore de l’album, j’ai proposé celle de la cassette ou du CD dans « Pour y
voir Clerc », dans la mesure où, dans ce cas présent, le passé se déplie de manière tout à fait fortuite à partir de plages musicales…
Le travail d’Annie Ernaux m’intéresse depuis que j’ai lu ce beau témoignage sur son père que l’écrivain a livré dans la Place. Vient de
paraître les Années et Annie Ernaux était invitée sur France Culture récemment. Elle s’exprimait au sujet de ce qu’elle appelle une
« autobiographie impersonnelle », ce qui constitue un bel oxymore dans le genre de ceux qui me plaisent…
En effet, cette figure de style qui associe deux termes contraires ne constitue pas seulement une figure, elle a souvent le mérite de signifier une vérité plus profonde : à savoir, et c’est
ce qui me touche dans le travail autobiographique auquel je me suis moi-même livré, qu’elle montre qu’un écrivain, quand il se penche sur son passé, interpelle en même temps le passé de
ses lecteurs. Et l’écriture (la lecture) devient alors une opération magique…
Depuis que nous sommes arrivés dans la région, les choses se sont précipitées et nous avons dû notamment nous empresser pour trouver un logement afin d’aborder l’année scolaire dans de
bonnes conditions. Nous n’avons pas pour autant perdu de vue la possibilité d’acheter une maison afin de nous stabiliser définitivement.
A la faveur de ces quelques jours de mai léger, nous nous sommes lancés dans la quête effrénée d’une maison dans le périmètre restreint que nous souhaitions. Elle est sur une colline, la
mer est tout près, ainsi que le pont de Ré qui continue d’exercer son attraction parce qu’on le distingue au loin.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/