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Bienvenue chez les Patineurs

Publié le par Eric Bertrand



Parmi le cercle de mes lecteurs, je compte désormais un certain nombre de fans de Julien Clerc qui ont pu s’exprimer sur mon dernier livre et m’envoyer de sympathiques courriels. Je fais désormais partie de leur cercle baptisé "les patineurs" et l’un d’entre eux m’a demandé de me présenter à ceux qui ne sont pas forcément lecteurs mais qui ont en commun la passion Julien Clerc. Voici donc le texte de cette présentation sur le site : http://www.julien-clerc.net/forum/forum.php

Il ne m’est pas facile de parler de Julien. Paradoxalement! Il m’a fallu un livre pour essayer de faire le tour de la question et "d’y voir Clerc"… Une chose est sûre, j’ai découvert Julien à 10 ans, sur un lit d’hôpital. C’était "Ivanovitch" et cette chanson là m’a ébranlé. Pourquoi ? Quel terrain propice a permis à "Ivanovitch" de se déployer en moi ? C’est encore ce que j’ai essayé d’expliquer.

Mais depuis cette chanson, je n’ai cessé de m’exalter à découvrir les autres chansons et textes de l’idole (dont les posters tapissaient ma chambre). "Zucayan", "Ce n’est rien", "la Californie", "L’’éléphant est déjà vieux", "Les menhirs", "La veuve de Joe Stan Murray"… Tous ces textes qui sont entrés en résonance avec mon moi profond au point de tracer comme un destin entre les States et les menhirs d’Ecosse ou de Bretagne.

Je suis resté trois mois immobilisé à écouter "Ivanovitch", trois mois à rêver de neige et de pays étrangers, et quand j’ai fini par me relever, j’ai suivi l’ombre voyageuse de Julien Clerc… J’ai fait pousser mes cheveux frisés, j’ai fredonné les airs et surtout j’ai voulu "éprouver" le texte des ces chansons dont le sens me fascinait et m’échappait parfois.

Et puis il y a eu Gainsbourg, Brassens, Souchon, mais toujours Julien Clerc et l’événement de la sortie de chaque album… Aujourd’hui, j’habite La Rochelle, je me suis fait un CD de ses meilleurs, ceux que j’ai sélectionnés pour le livre, et j’écoute à tue-tête ces vieux airs qui ont tant de force et qui épousent si bien l’horizon de la mer.

 



Loft History 2084 (4) : entrée en scène des lofters...

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Jack London : « Le Loup des mers » (2/2) : du loup au chien et du loup de mer à l’écrivain

Publié le par Eric Bertrand

       

      De quoi est-il question dans ce roman ?

      Tout commence par le naufrage du narrateur, frêle et distingué écrivain qui est sauvé par « le Fantôme », goélette qui croise dans les eaux au large de San Francisco. Au moment où le jeune homme demande à ses sauveurs de bien vouloir le déposer sur la berge, le capitaine, Loup Larsen, lui rit au nez et lui impose d’entrer à son service comme mousse à bord de ce bateau qui part pour de longs mois à la chasse aux phoques.

      Commence alors l’Aventure en haute mer et dans les eaux froides de l’hémisphère nord. La version maritime des romans du Yukon et du Klondike, et le plongeon dans les thèmes chers à Jack London : ceux de l’Appel sauvage et du ballotement entre la civilisation et la sauvagerie.

      Cet écrivain cultivé et civilisé, n’est-ce pas la figure idéale vers laquelle tendait, à ses débuts, l’auteur de Croc blanc, quand il était en quête de reconnaissance ? Cette brute sauvage et sans morale, ce loup primitif, n’est-ce pas encore ce jeune homme venu du « peuple d’en bas », et qui s’imposait à ses semblables par la force de ses poings ?


Loft History 2084 (3) : corruption de Big Brother

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Jack London : « Le Loup des mers » (1/2), des monstres dans la littérature

Publié le par Eric Bertrand

J’ai souvent eu l’occasion dans ce blog de louer les livres de Jack London et je sors à l’instant encore tout décoiffé de la lecture du « Loup des mers ».

       Le livre est présenté sous un format « littérature jeunesse », ce qui, une fois de plus, traduit la mauvaise appréciation de la hauteur de vue des livres de l’auteur. Il y est question de pleine mer, de monstres et de tempêtes, autant de thèmes proches de ceux de Hugo dont j’ai souvent parlé dans mes ouvrages et le blog.

      A la différence que les monstres chez Hugo sont liés au romantisme de l’époque et renvoient à une vision cosmique et fantasmagorique de l’univers. Chez Jack London, le monstre est incarné par un être redoutable, le capitaine d’un vaisseau baptisé « le Fantôme ». Il tire ses traits de la sauvagerie du milieu et de la rudesse de ces brutes qui lui servent d’équipage et qui n’ont pour toute idée que de massacrer le maximum de phoques pour en extraire la peau. Loup Larsen est galvanisé par cette fiole qui balance en haute mer et qui se compose de la démesure d’un tempérament, nourri de conceptions philosophiques qu’un Nietzsche n’aurait pas reniées…

      Je reviendrai demain sur le thème principal du roman qui correspond tout à fait à ce goût du « wilderness » si souvent évoqué ici…


Loft History 2084 (2) : indécence.

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« Le vieux Saltimbanque » : l’écrivain en signatures (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

Pour finir cette série de trois articles sur l’écrivain en signature, j’aimerais grossir le trait comme j’aime à le faire parfois, sans quoi, il n’y a pas de littérature, et outrer la référence jusqu’à ce texte de Baudelaire qui m’a toujours ému : « le Vieux Saltimbanque » qu’on trouve dans le recueil le Spleen de Paris.

           Je n’ai pas été tout seul pendant la signature, mais j’ai traversé des moments de solitude et la liesse extérieure que j’ai décrite m’a ramené en mémoire le fameux texte… Dans cette société où les leitmotivs sont « pouvoir d’achat », « biens de consommation », « civilisation des loisirs », « zapping des plaisirs »… Quelle sera la place du Livre et de l’écrivain artisan ? Ecoutons Baudelaire !

 Partout s'étalait, se répandait, s'ébaudissait le peuple en vacances. C'était une de ces solennités sur lesquelles, pendant un long temps, comptent les saltimbanques, les faiseurs de tours, les montreurs d'animaux et les boutiquiers ambulants, pour compenser les mauvais temps de l'année.

      En ces jours-là il me semble que le peuple oublie tout, la douceur et le travail; il devient pareil aux enfants. Pour les petits c'est un jour de congé, c'est l'horreur de l'école renvoyée à vingt-quatre heures. Pour les grands c'est un armistice conclu avec les puissances malfaisantes de la vie, un répit dans la contention et la lutte universelles.

      L'homme du monde lui-même et l'homme occupé de travaux spirituels échappent difficilement à l'influence de ce jubilé populaire. Ils absorbent, sans le vouloir, leur part de cette atmosphère d'insouciance. Pour moi, je ne manque jamais, en vrai. Parisien, de passer la revue de toutes les baraques qui se pavanent à ces époques solennelles.

      Elles se faisaient, en vérité, une concurrence formidable: elles piaillaient, beuglaient, hurlaient (…)

      Tout n'était que lumière, poussière, cris, joie, tumulte; les uns dépensaient, les autres gagnaient, les uns et les autres également joyeux. Les enfants se suspendaient aux jupons de leurs mères pour obtenir quelque bâton de sucre, ou montaient sur les épaules de leurs pères pour mieux voir un escamoteur éblouissant comme un dieu. Et partout circulait, dominant tous les parfums, une odeur de friture qui était comme l'encens de cette fête.

      Au bout, à l'extrême bout de la rangée de baraques, comme si, honteux, il s'était exilé lui-même de toutes ces splendeurs, je vis un pauvre saltimbanque, voûté, caduc, décrépit, une ruine d'homme, adossé contre un des poteaux de sa cahute; une cahute plus misérable que celle du sauvage le plus abruti, et dont deux bouts de chandelles, coulants et fumants, éclairaient trop bien encore la détresse.

      Partout la joie, le gain, la débauche; partout la certitude du pain pour les lendemains; partout l'explosion frénétique de la vitalité. Ici la misère absolue, la misère affublée, pour comble d'horreur, de haillons comiques, où la nécessité, bien plus que l'art, avait introduit le contraste. Il ne riait pas, le misérable! Il ne pleurait pas, il ne dansait pas, il ne gesticulait pas, il ne criait pas; il ne chantait aucune chanson, ni gaie ni lamentable, il n'implorait pas. Il était muet et immobile. Il avait renoncé, il avait abdiqué. Sa destinée était faite.

      Mais quel regard profond, inoubliable, il promenait sur la foule et les lumières, dont le flot mouvant s'arrêtait à quelques pas de sa répulsive misère! Je sentis ma gorge serrée par la main terrible de l'hystérie, et il me sembla que mes regards étaient offusqués par ces larmes rebelles qui ne veulent pas tomber.

      Que faire? A quoi bon demander à l'infortuné quelle curiosité, quelle merveille il avait à montrer dans ces ténèbres puantes, derrière son rideau déchiqueté? En vérité, je n'osais; et, dût la raison de ma timidité vous faire rire, j'avouerai que je craignais de l'humilier. Enfin, je venais de me résoudre à déposer en passant quelque argent sur une de ses planches, espérant qu'il devinerait mon intention, quand un grand reflux de peuple, causé par je ne sais quel trouble, m'entraîna loin de lui.

      Et, m'en retournant, obsédé par cette vision, je cherchai à analyser ma soudaine douleur, et je me dis: Je viens de voir l'image du vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur; du vieux poète sans amis, sans famille, sans enfants, dégradé par sa misère et par l'ingratitude publique, et dans la baraque de qui le monde oublieux ne veut plus entrer.


Loft History 2084 (1) : la loi de Big Brother

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La glace, la gauffre et le livre : l’écrivain en signatures (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

              A ma gauche, un marchand de gauffres.

              A ma droite, un stylo bille levé sur une page blanche.

              A ma gauche, un levier qu’on abaisse  pour remplir un cône à l’italienne. Car le vendeur de gauffres est aussi vendeur de glaces. Pas la vendeuse de glaces que chante Souchon ! « Vendeuse de glaces, boulevard de la Plage, sous sa bâche, elle était belle ! »… Une baraque cossue, dirigée par un bataillon de serveurs en grande tenue.

              A ma droite, un écrivain sur une petite table en bois pliante.

              D’un côté, il y a du sucre qui vole et de belles couleurs, des pages de pâte craquante, des feuilles de sucre-glace à parcourir du bout des lèvres : « Tu veux une glace, chérie ? A quoi la veux-tu, mon cœur ? »

           De l’autre, les couvertures arides des livres. Des pages à tourner, des lignes à parcourir, des aventures à oser durant de longues heures en face à face avec soi-même.

           Mais pas assez de sucre ou pas assez de miel pour attirer les mouches ?

L'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (6) : le divorce entre Bonnie and Clyde 

 

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