L’approche du printemps me ramène à la période mélancolique de la préparation ultime des spectacles, lorsque, pendant
ces dernières années, tout le travail en scène conjugué à celui de l’écriture épousait sa réalisation musicale au Moulin à Son … Le bourdon ?
Dès que je poussais la porte du Moulin, je butinais les échos des instruments ou des voix, rencontrais les
musiciens, les chanteurs, le technicien pour les bruitages et les aménagements divers, les comédiens amenaient leurs costumes, la scène se patinait d’un miel nouveau. Cette
année, il n’y a pas de floraison, et je le perçois comme un pollen en moins…
Est-ce un hasard si je suis, justement en ce début mars, en train de mobiliser tous mes documents vidéos pour en transférer
les meilleurs moments sur You Tube ? En tout cas, je vous invite chers lecteurs à vous y rendre au quotidien, puisque j’y ajoute régulièrement de nouvelles petites
pépites du travail de l’Atelier.
On sait que parmi l’ensemble des spectacles, il y en a un dont les traces sont plus pauvres que les autres (et c’est
peut-être aussi le plus réussi de tous ?), c’est « le Ponton ». Mais, grâce à Liliane qui vient de nous envoyer un paquet de quatre DVD de tournage des répétitions, je suis
en mesure de vous faire partager quelques-uns de ces moments forts de l’été sicilien ! Rendez-vous sur You tube !
« Les Chevaux de la mémoire » : le livre de Francis Lepioufle
Il y a environ six mois sortait le livre « Les Chevaux de la mémoire » de mon ami Francis Lepioufle.
C’est avec plaisir que j’avais assisté à la sortie de ce livre et que j’y reviens aujourd’hui à l’occasion de la publication de l’article que Francis a eu la gentillesse de me consacrer dans son
blog il y a quelques jours.
http://ecriposoph.wordpress.com/
http://ecriposoph.wordpress.com/
Je suis sensible à la qualité de la lecture qu’il a faite de « Pour y voir Clerc » et j’y retrouve une sorte
d’intimité avec son livre puisque lui aussi consacre à la quête de soi toute une entreprise d’écriture qui passe par l’effarement et la chevauchée à travers les
images.
Il n’est jamais aisé de remonter le temps et d’aller au contact des plaies les plus profondes et des sillons qui se sont
creusés au coeur d’un être. En cela, nos deux livres sont proches, et il y a entre ce qu’il appelle « le wild » et ces « chevaux de la mémoire » une même écume
d’émotion et une même ardeur à serrer le mors de l’écriture pour filer au plus près de ce double qui nous échappe parce qu’il court en même temps que nous, sur une autre plage de temps
et d’espace vers l’intersection de cette vie…
La graine et le mulet : danse devant le frigo et danse du ventre (3/3)
Le lecteur se souvient peut-être du point culminant de la pièce « le Tennesse club » : la soirée au « Tennessee
club » de Tom et Telma Desire…un événement musical, une force d’attente, des gens de différents bords réunis dans un espace clos, et le dérapage qui
renverse le bel accord créés par la musique et la danse au point de tout briser...
C’est un peu la même chose qui se produit à ce stade du film : les antécédents refont surface, les fautes, les scandales et
la violence, la frustration, bref, la substance du drame... Les personnages de Kéchiche ont une violence en eux (au point qu’on ne les arrête plus quand ils s’emportent, et c’est le reproche que
je ferai au film : trop de discours ressassés, de ressentis qui tournent en rond et s’expriment dans un discours fleuve, comme si les acteurs n’avaient pas de limites et que
le réalisateur ne savait pas « couper »)…
Mais les complices de Slimane ne sont pas à cours de ressources et la fin du film ménage un morceau d’anthologie
orientale auquel se mêle un drame absurde... Slimane est bouleversant, il évoque pour moi la figure noble et digne de l’immigré italien qu’était mon grand-père (à qui j’ai rendu hommage
dans « Les Nouvelles pour l’été » et « Pour y voir Clerc ».
La graine et le mulet : pédaler dans la semoule (2/3)
Après environ une heure trente de film (avec quelques longueurs il faut le dire), l’histoire se corse…
Slimane a fini de retaper le bateau et l’a fait remorquer par un thônier quai de la République… Les enjeux sont lourds au moment où le restaurant ouvre ses portes : toute la
petite communauté des amis s’est réunie pour tenter de convaincre les gens importants de la viabilité du projet. Cuisine, service, danse, musique…et tous les moyens du bord !
Pour réussir le pari, il faut investir, il faut des prêts, des autorisations, un dédale de difficultés à
surmonter. Le couscous est prêt, les tensions entre les collatéraux sont à peu près apaisées… Tambourin, danse, beaux vêtements, danse du ventre, ambiance orientale, tout semble devoir
réussir devant les invités venus nombreux se laisser surprendre au rythme du repas…
Mais il y a quelque chose qui déraille. L’un des fils a déraillé et s’est tiré avec la voiture sans savoir que dans le coffre couvait la semoule pour cent
personnes ! Et on n’est plus loin d’une situation de crise qui m’a rappelé le drame du « Tennessee Club » : j’y reviens demain ! 
NB : un nouvel extrait du "Ponton" disponible sur you tube :
http://fr.youtube.com/watch?v=FhVr19dU9SE

NB : un nouvel extrait du "Ponton" disponible sur you tube :
http://fr.youtube.com/watch?v=FhVr19dU9SE
La graine et le mulet : du rafiot au restaurant (1/3)
Le mulet n’est pas ce sympathique quadripède qu’on imagine au début d’un roman de Laurent Gaudé mais
ce poisson qu’on pêche à Marseille… Il sert en tout cas de vecteur et de métonymie au titre de ce beau film de Kechiche. J’avais voulu voir sa dernière production parce que je suis en train de
mettre au point une séquence de travail à partir du premier film de ce réalisateur : « l’Esquive ». Je reviendrai prochainement sur ce travail, mais je souhaitais
m’exprimer un peu sur « la graine et le mulet » que je viens de voir au cinéma.
Le mulet, métonymie parce que sa figure, comme celle de la graine, renvoie à tout ce qui fait le charme du film :
convivialité du couscous et des convives présents à la table, valeur des choses simples qui nourrissent et qui assurent le lien social, capacité à oublier, ne
serait-ce qu’un instant, le poids de la réalité.
Le film raconte le projet fou d’un personnage d’origine maghrébine, Slimane, 61 ans, licencié des chantiers navals à
cause de son âge et de la lenteur d’exécution de son travail. Avec le soutien de ses enfants et de son ex-femme, de sa maîtresse actuelle et de sa belle-fille, il transforme un vieux
rafiot en restaurant à couscous… et tout le film converge vers ce moment intense de la soirée d’ouverture… Quelques images pour ceux qui le souhaitent sur le lien suivant :