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La manie des apologues

Publié le par Eric Bertrand

Suite du journal du 9.08 : « Scène de commedia dell’arte ! Francesca et Carolina essaient de faire entendre raison à Gigi et, par désespoir de cause finissent par se réfugier dans les paroles de la chanson « Gigi l’Amoroso » dont elles commentent le destin…
              Selon un mécanisme bien rôdé, elles tirent parti de l’histoire dont elles font un nouvel apologue. C’est cette tendance à créer des fables et à les adapter pour un jeune public qui les caractérise le plus. Celle qu’elles ont agressée en voulant « protéger leur Gigi », Gilda, ne manque pas de leur signaler ce ridicule, ce qui durcit la fin de la scène… »

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Una ragazza da girare la testa !

Rubrique Goncourt :
 
Je reproduis ce matin la suite des notes d’une collègue qui a assisté à une série de rencontres. Je note avant cela l’adresse de notre blog au lycée de Loudéac : les élèves peuvent enfin y accéder librement. Cela flottait depuis un certain temps mais posait des difficultés de tous ordres. Il a fallu notamment s’efforcer d’anticiper les diverses difficultés ou déconvenues liées à ce type d’expérience… Voir ci-dessous « réaction de collègue » !... Longue vie au blog !
 
 
Notes prises lors de la rencontre à Marseille, le 3 Octobre
 
Auteurs rencontrés : Antoine Audouard, Camille Laurens,
Michel Schneider
 
Questions posées à Michel Schneider :
 
-Quelles ont été vos motivations pour écrire un roman sur Marilyn et comment avez-vous effectué vos recherches ?
Marilyn n’était pas mon genre. C’est au cours d’une enquête réalisée il y a quelques années pour Arte que j’ai découvert les rapports entre la psychanalyse et le cinéma dans les années 40 et 50. Je suis tombé sur l’histoire de Marilyn et Ralph Greenson et j’ai eu envie d’écrire sur cette folie à deux qui s’est nouée entre eux. Certes les personnages sont réels, mais ils sont traités comme s’ils étaient inventés. Ce sont des personnages de roman.
 
-Le rapport entre mot et image est-il conflictuel ?
Le mot image est à mettre en relation avec l’image de l’angle mort quand on est en voiture. C’est le point de vue de la littérature et de la psychanalyse : écrire sur ce qu’on ne voit pas. Les mots doivent être détachés des images. Le travail de l’écrivain c’est chercher des images à travers des mots. Pensez à Flaubert qui a écrit cette œuvre magnifique qui est Salammbô pour trouver la couleur oranger.
(…)Ce n’est pas le psychanalyste qui a écrit l’histoire. J’ai le sentiment d’une imposture de me dire écrivain. C’est plutôt l’auteur saisi par le sentiment de la disparition. Les livres sortent de notre inconscient. J’ai choisi le roman parce qu’il permet de maintenir le non-savoir. (par opposition à l’essai qui cherche à savoir)
 
-Comment avez-vous eu accès à autant d’informations précises ?
Je n’ai pas pu avoir accès à un certains nombre de documents qui sont interdits d’accès pendant 40 ans encore. Ralph Greenson a laissé ses notes à l’université de L.A. mais ces dossiers sont inaccessibles. J’ai donc travaillé sur des textes de seconde main, des biographies existantes. J’ai, par exemple, déplacé certains des propos de M. sur une séance avec son psy. Même chose pour Greenson. Dans tous les cas je réinterprète les choses, je ne les livre pas brutes. Rien n’est strictement exact, mais rien n’est strictement faux.
 
-Avez-vous inventé le cadeau à M. ?
Greenson fait tout ce qu’il ne faut pas faire avec un malade (le faire entrer dans sa famille etc…) Quand il part en Europe, il abandonne M. qui dérive (alcool, drogue). J’ai ajouté un élément : celui du cadeau parce que j’ai pensé qu’il aurait pu envoyer un jouet en peluche à M. pour son anniversaire. En fait, ce jouet a été retrouvé et j’ai imaginé que G. aurait pu l’envoyer à M.
 
-Que recherchez-vous dans l’écriture d’un livre ? Qu’est-ce que cela vous apporte sur le plan personnel ?
On ne choisit pas d’écrire ce livre-là: on est forcé à écrire. Ecrire pour être aimé c’est inefficace. On écrit pour être porté par la langue maternelle . Mon premier livre, je l’ai écrit pour ma mère. On a le désir de rattraper l’amour qui n’est jamais là.
Le but, c’est de raconter des histoires. Le lecteur est plus intelligent que l’auteur. Il ne faut pas anticiper sur ses interventions. L’auteur raconte, montre des choses. Les livres, comme les êtres, sont faits pour être aimés et non compris : plus on aime quelqu’un, moins on le comprend et plus on le comprend, moins on l’aime. Le roman, c’est la zone des ambiguïtés, ou tous les possibles coïncident.
En écrivant M.d.s., j’ai découvert que M. n’était pas du tout la ravissante idiote qu’on montrait, mais que c’était une fille extrêmement intelligente, avec le sens de la formule, de la répartie.
 
-Quelle est votre intime conviction sur la mort de M. ?
Je n’ai pas écrit une enquête sur la mort de M. On ne saura jamais si elle a été tuée et je ne peux pas savoir ce qui l’a réellement tuée. La psychanalyse l’a fragilisée, mais ses rapports avec le pouvoir et la politique également. Même la thèse du suicide il fallait l’effacer
 
-On a l’impression que vous critiquez votre propre métier. Avez-vous des doutes sur la psychanalyse ?
Je n’ai pas voulu régler des comptes avec moi-même ni avec mes propres collègues. Mais on exerce un métier en étant soumis au doute et je pense que Ralph Greenson est constamment intervenu dans la vie de M. ( dans ses choix personnels et professionnels) qu’il montre ainsi le danger de la situation psychanalytique à travers le transfert.
 
-Pouvez-vous nous éclairer sur la chronologie de M. ?
Le roman commence et se termine par la mort de M. Entre les deux, des flash back et des flash forward qui viennent apporter des explications. Cette structure ressemble à la fois au montage cinématographique et à une séance de psychanalyse. La temporalité de l’inconscient est une juxtaposition de temps.
 
-Etes-vous dépendant de l’écriture ?
Ce n’est pas de l’ordre de la drogue…Ecrire, ce n’est pas un métier, mais ça ressemble à une maladie dont on ne guérit pas. Certains cessent de publier mais pas d’écrire. Le seul moyen de se débarrasser d’un livre, c’est d’en écrire un après.
 
Réactions de collègue : Créer un blog sur le Goncourt ! Difficile entreprise !
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire profiter de la prose de mon 
pro adjoint :
**J'avais insisté  sur le contrôle à priori par vous même des messages 
publiés, dont vous même en avez convenu, hors dés mon premier essai 
j'ai publié un message en direct avec un contenu fantaisiste. C'est 
pourquoi sans plus attendre,  mais tout en informant l'assistant informatique] de la raison, j'ai interrompu ce 
forum. Nous ne pouvons supporter l'utilisation d'un site en ligne pour 
lequel n'importe qui peut publier n'importe quoi en direct. La 
responsabilité de l'établissement est engagée directement et ce n'est 
pas acceptable. Que pourrais-je répondre à un collègue mis en cause 
par un éventuel message ? un propos raciste ? Si cela devait arriver 
vous ne seriez pas la première mise en cause. Les risques inhérents au 
fonctionnement d'un établissement tel que le nôtre sont suffisamment 
nombreux, pour ne pas en ajouter  d'inutiles.
Néanmoins lorsque vous aurez trouvé les solutions techniques adaptées 
au contrôle à priori des messages, n'hésitez pas à venir me soumettre 
ce nouveau projet. Contrairement à ce que vous semblez exprimer je 
l'examinerais de manière bienveillante.**
 
 
Bonsoir, au Mans aussi c'est parti!
J'ai été surprise de voir avec quelle bonne volonté les élèves jouent le
jeu. Nous avons eu une première série de livres dès le 6 septembre. Certains
sont donc à leur septième livre...Les parents regrettent de ne pouvoir
participer plus. Nous avons un café littéraire jeudi, le 14 nous rencontrons
Valléjo et Audouard à la Fnac, le 19 direction Nantes là encore nous
auraonsla chance de rencontrer des auteurs et le 24 nous rencontrons des
lecteurs de la médiathèque pour échanger autour des oeuvres. Beaucoup de mes
collègues sont enthousiastes et je suis pour l'instant littéralement portée
par toute l'énergie des uns et des autres.
Certains parents ont été un peu bousculés par la teneur de certains des
livres  mais sans émettre de propos trop réprobateurs...
 

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Dénouement / L'amant en culottes courtes

Publié le par Eric Bertrand

              « Journal du 9.08 (suite): je sens le dénouement tout proche et cela me réveille la nuit. Je reprends l’écriture avec la ferme intention de mettre le point final provisoire aujourd’hui même. Dés l’aube, j’ai réglé la rencontre chez Gilda. Les choses tournent mal car les deux femmes ne peuvent supporter longtemps les manières et les discours de cette « marionnette au visage de terre cuite ». Surtout, elles ne supportent pas l’idée que Gigi abandonne aussi vite la Sicile pour aller la rejoindre en Californie. »

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Turisto americano ?

Rubrique Goncourt : Amant en culottes courtes
Exceptionnellement, je commence par un courrier de collègue qui rejoint ce que j’avais en tête en ce moment (en tout bien tout honneur !) autour du controversé « Amant en culottes courtes » que je suis en train de lire avec attention (j’en suis environ à la page 400).
Nos élèves pertinents et exigeants ont d'ores et déjà dépassé le stade de leurs premeirs engouements.reste l'évocation répétée des pages "sexe " des romans de la sélection j'ai moi-même eu à discuter avec mes élèves qui ne voyaient que cet aspect dans Fleischer et , en travaillant avec eux la première page, j'ai pu mettre le doigt sur la référence à Proust qu'ils n'avaient pas bien sûr identifié et j'ai aussi insisté sur l'éclairage donné à l'ensemble par le voyage en hongrie finalquelques collègues m'ont dit leur satisfaction quand le problème des pages érotiques a été abordé et a permis une réflexion sur la pornographie quelles différences entre Audéguy, Fleischer, et Littell?quels registres?eh oui, il faut toujours en revenir à la distinction entre auteur et personnage car si les auteurs de romans policiers ne sont pas des meurtriers ni des assassins nos romanciers méritent-ils d'être traités de pornographes?
 
 
A la recherche de la culotte perdue.
 
              Les phrases, la tante Léonie… En ce qui concerne Proust je suis tout à fait d'accord… Rôle des sensations, humour des descriptions, scènes de chambres, jeunes filles en fleurs, volonté capricieuse de capter l’attention, figure protectrice et vertueuse de la grand-mère, j'ai même repéré page 81-82 une sorte de pastiche de la célèbre page de la madeleine...
              Ce roman serait, à sa manière, un "Proust sous la ceinture" ou "à la culotte", une entreprise de reconstruction du temps perdu et de recomposition d'une mémoire sexuelle (ceci pour réanoblir le texte et parer les attaques !). Il y a, certes, tout un pan de la Recherche qui s’attache à la sexualité et qui « fait mousser » dés la « vulve » de la madeleine, tout un organisme de références plus ou moins troubles. Mais avec Proust, on est dans la suggestion, les sous-entendus, les images, l’élaboration vertigineuse.
              Avec ce roman, il s’agit pour l’auteur de retrouver la mémoire des premiers émois de l’épiderme. Et puis, le projet est beaucoup plus limité : un mois d’éducation sentimentale entre le 1er et le 30 juillet. Un bouleversement interne dont l’auteur parvient à analyser la substance à travers un astucieux exercice autobiographique en bonne et due forme. Il opère en effet un intéressant va et vient entre le présent de l’écriture et le passé de ce petit garçon victime d’une forme particulière de schizophrénie !
               Je vais donner en commentaire les pages 52-53 qui offrent une réflexion intéressante sur la relation entre la mémoire et l'écriture...
 
 
Suite de réaction :
Pour répondre au courrier d'Eric, au sujet de ce jeune amant en culottes courtes... Car, justement, je songeais ces jours-ci à vous mettre un mail, pour rectifier mon sentiment sur la littérarité des oeuvres proposées, que j'ai lues - pas encore toutes - donc ce jugement est revu au fur et à mesure des mes découvertes...) ; et aujourd'hui même, avec les Terminales, nous (j'ai, surtout... peu l'ont lu, très long...)avons parlé de ce texte, et de la forme de "réécriture" qu'il propose, et je leur en ai fait la publicité; c'est un texte qui, selon, moi présente un réel intérêt littéraire, et que je lis avec une certaine délectation; sa référence à Proust, bien sûr dans la phrase initiale du roman ("Longtemps, je...), bien qu'il annonce se garder d'imiter toute oeuvre antérieure, mais surtout les circonvolutions de ses phrases qui explorent les méandres de la mémoire, de la psychologie d'un adolescent qui s'éveille à l'érotisme (point l'ombre de pornographie dans ces évocations-souvenirs qui, pour moi, restent pudiques), dans une langue qui épouse subtilement les sinuosités de ce passé "recherché", exploré avec précision; mais aussi, et surtout, avec la distance de l'âge, il colore son texte d'un humour délicieux, regard amusé de ce qu'on a été, et qu'on ne trouve pas vraiment chez le Maître... Par exemple (mais peut-être je me trompe...) je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement  entre les "tea-time" avec Mrs Buss et ceeux de tante Léonie.... Pour moi, donc, il n'y a pas de "sous la ceinture", mais c'est sûr, la mémoire olfactive de Fleischer séloigne un peu du parfum de la madeleine proustienne.... quoi que... Et les scènes érotiques me semblent un prétexte à dire autre chose... tant d'autres choses... Et son vrai plaisir, à  Fleischer, est peut-être plus de coucher sur le papier les mots pour le dire... Faudrait lui demander... Voilà, j'avais pourtant pensé que je ne me lancerai pas dans une "critique" des oeuvres, car c'est aux élèves de dire, moins à moi... Mais après la journée de cours où les interlocuteurs n'ont pas été si nombreux... j'avais envie de causer à des lecteurs éclairés... Mais comment nos jeunes peuvent-ils aborder une oeuvre qui nécessite, un peu (c'est un euphémisme...),  la complicité du lecteur, et fait appel à l'intertextualité ? Merci de vos courriers, je continue à participer, et eux de lire...

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Le temps des bons

Publié le par Eric Bertrand

 

Parenthèse dans le journal. Avant la découverte finale du livre, c’est le temps des bons de souscription. L’éditeur tient à cette pratique et me fournit toujours de jolis bons, avec la photo de couverture et le texte du quatrième de couverture (en noir et blanc sur le bon, elle sera en couleur sur le livre)
                            Voici donc une partie du fameux bon, sans la photo…

Deux versions d’une seule et même fable sicilienne qui se joue en partie sur un ponton, situé sur la plage de Torremuzza, à proximité de la petite ville de Santo Stefano di Camastra, connue pour ses céramiques. Sur ce ponton, cinq adolescents font leur expérience du monde…

En même temps, cet été là, «  la Befana sotto le stelle » propose, du côté de la Porta Messina , un nouveau spectacle de contes destiné aux enfants du pays.

 «  La Befana sotto le stelle », c’est le nom de scène de deux vieilles dames excentriques, Carolina et Francesca, conteuses qui incarnent la tradition sicilienne et inventent des histoires fondées sur le patrimoine local : la céramique, les marionnettes, les chansons…

Carolina et Francesca s’inspirent également de ce qu’elles voient, un monde en devenir dans lequel les enfants qu’elles ont connus sont devenus des grands.

 

 

 

 

 

 
 
 
Rubrique Goncourt : « Ouest »
 
              Comme je l’ai déjà indiqué dans cette « croisière du Goncourt », mon rôle en cours est de fournir aux élèves non des avis tranchés sur les romans de la sélection mais des clés pour leur faciliter l’accès et peut être leur donner davantage l’envie quand « le roman ne passe pas ».
 
              Un mot sur Ouest pour commencer cette semaine… Le héros vit dans un château reculé de Normandie. C’est un noble un peu dégénéré, sorti tout droit d’un roman de Barbey d’Aurevilly, marqué par la figure dominatrice du père. Quand le père disparaît, il se retrouve à la tête du domaine et éprouve des difficultés à imposer une ligne cohérente à son comportement et à ses idées. Il semble renier l’idéal royaliste, et abandonner le « blanc » pour « le bleu ».
              Il est républicain et son garde-chasse, le solide Lambert a du mal à cerner ce maître plutôt fantasque et inquiétant. L’Histoire frappe aux portes du château : le maître épouse les idées de la République, s’absente un long moment, revient blessé des barricades, s’entiche de la figure de Victor Hugo dont l’exil lui donne à réfléchir…
              C’est l’occasion bénie d’un cours sur Victor Hugo ! Le Hugo politique des Châtiments mais aussi le Hugo lyrique des Contemplations : ainsi, je rattache à cette présentation deux objets d’étude : le biographique et la poésie.
              D’abord deux mots d’explication à la situation politique : un siècle tourmenté, où se croisent des mouvements divers. Monarchie absolue, Empire, République, Révolution… Des éléments qu’on trouve dans tous les grands romans du 19°, notamment les Misérables (voir à ce propos l’ouvrage de Mona Ozouf : « les Aveux du roman. Et puis l’engagement de V. Hugo, son exil… La figure de Lamartine, citée dans le livre, celle de « Napoléon le petit »
              Je fournis aux élèves un poème lettre extrait des Contemplations  « Pour Auguste Vacquerie », un poème de la Légende des siècles, « le crapaud » afin de réfléchir sur la pensée de Hugo et son sens de la nature en même temps que de l’Histoire, enfin la fin du poème : « Ultima Verba » des Châtiments.
              Autre étape, celle qui consiste à mieux apprécier le style de l’auteur. La clé, c’est celle du discours indirect libre. Les personnages vivent à travers la narration et cela crée un rythme particulier et une prose savoureuse. Exemple dans deux extraits qui mettent en scène le grand discoureur qu’est (à ses heures !) le baron.
              En guise d’exercice d’écriture : la rédaction de la lettre du personnage principal à Victor Hugo. Le but du jeu, c’est de reprendre les références chères au grand homme.
 
Réaction de collègue :
 
Les ouvrages sont enfin arrivés pour la cinquantaine d'autres élèves qui harcelaient les documentalistes depuis la semaine dernière, et j'ai appris aujourd'hui que Stéphane Audeguy avait la gentillesse de venir à Maubeuge en janvier pour discuter avec l'ensemble des élèves intéressés à Pierre Forest: cela a pu être possible grâce à une des libraires de la ville qui a pu contacter les maisons d'édition. Si un auteur accepte de venir à Maubeuge (à Maubeuge!!!), je ne doute pas qu'il vous soit possible d'organiser d'autres rencontres dans d'autres villes.
 

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Tabous

Publié le par Eric Bertrand

              « Journal du 9.08 (suite) : Autre scène modifiée par rapport à la scène initiale : celle de la confrontation avec Carolina et Francesca. Il faut montrer davantage l’importance qu’on ces deux femmes sur les jeunes du village. Elles incarnent une forme d’autorité et les adolescents ont à cœur de leur parler et de leur expliquer leur évolution.
              Le contact avec « l’Americana » est l’occasion de souligner la méfiance sicilienne à l’égard de l’étrangère même si les deux femmes ont une forme de tolérance elles ne parviennent pas à se libérer des tabous dont elles sont la voix..."
 
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Altri turisti americani...
 
Rubrique Goncourt :
Quelques questions à Christophe Bataille
 
Comment avez-vous réagi à la sélection Goncourt ?
J’étais content.
Le titre de votre roman, Quartier général du bruit, est-il un titre polémique ?
Ce titre m’a été donné par Kafka, dans son Journal, il évoque un épisode à 16-17 ans et il se plaint de sa famille, de sa sœur qui fait trop de bruit. Sa famille est désignée ainsi « Quartier général du bruit ».
La vie de Bernard Grasset est celle d’un fou, d’un éditeur passé en maisons de repos et soumis à des électrochocs, thérapie de l’époque. C’est quelqu’un qui a la passion du livre, mais qui est capable d’éditer Proust et Hitler.
L’édition est un petit métier, Gallimard doit rassembler peut-être 200 personnes. Ces gens qui font des livres luttent contre le temps, les images. Ils ne sont pas écoutés dans un monde dominé par les images, le cinéma, la télévision.
 
Pourquoi prendre comme cadre une maison d’édition, et qui, plus est, la vôtre ?
C’est un moyen de montrer la maison d’édition de l’intérieur et de faire le récit de la folie qui va avec, des rêves de « richesse » dans l’édition. J’ai eu la volonté de raconter les coulisses, comme dans L’Envers du Paradis. Ce n’est pas seulement un livre sur l’édition mais sur l’amour des livres. C’est un combat de mots, une sorte de guerre.
Avant, je travaillais chez L’Oréal, à Londres, pour les parfums Cacharel. J’ai été confronté à la difficulté du travail en entreprise, où la pression s’exerce en terme de ventes, d’où un sentiment de dictature. L’édition, c’est un métier récent. Au XIXème siècle, il y avait des auteurs, et des imprimeurs. Aujourd’hui, l’édition est devenue un métier avec du marketing, des chiffres de vente… Des choses belles et des choses laides.
 
Pourquoi votre personnage mange-t-il du papier ?
Cela vient des Illusions perdues de Balzac, dans lequel il y a un épisode où il raconte comment un secrétaire mangeait des petites bandelettes de papier, jusqu’au jour où il a mangé un traité de paix entre la Norvège et la Russie !
Quand on aime les livres, vraiment, ils sont parfois bouleversants, ils changent notre vie et on peut en crever. Dans l’Apocalypse selon Saint-Jean, il y a déjà une place accordée au livre.
 
Dans votre ouvrage, vous dites que Bernard Grasset est un amoureux des livres, et pourtant, on constate que son obsession est de vendre.
Grasset disait que la littérature c’était l’électricité+ les mots. Les éditeurs aujourd’hui cherchent à faire des trucs compliqués : vendre et publier aussi les livres que l’on aime.
Les éditeurs font dix livres qu’ils aiment, en gros, et vivent avec un livre. Celui qui se vend alimente les autres.
 
Vous avez un style d’écriture assez particulier.
Je suis encore dans une recherche formelle. C’est plus difficile, et j’ai perdu pas mal de lecteur, mais sinon, on a l’impression d’être un auteur du XIXème. J’ai un désir très littéraire, je cherche à travailler la langue. Tout ne s’arrête pas à Verlaine et Eluard. Je défends l’idée que le combat esthétique n’est pas mort.
En quoi votre livre est-il un roman et non une biographie ?
La nuit, je lis des polars. Un des livres qui m’a impressionné, c’est Le Dahlia noir de James Ellroy, qui raconte l’enquête policière qui suit la découverte d’un cadavre de femme lacéré et coupé en deux. Il s’agit de l’histoire arrivée à la mère de l’écrivain, mais Ellroy en donne une version romanesque. Plus tard, il écrit Ma part d’ombre qui est cette fois-ci la version- récit.
 
Réaction de collègue :
Audouard est un type délicieux. Il y a une chose qu'il a dite et que 
j'ai beaucoup aimée : que le travail de l'écrivain le faisait 
"appartenir à la communauté des hommes". Il a précisé que ce sentiment 
avait été le plus intense pour lui quand il avait publié un bouquin 
resté assez confidentiel mais qui lui avait valu un très abondant 
courrier : La maison au bord du monde, un ouvrage (de quelle nature, 
je ne sais pas) autour des services de soins palliatifs.
A la question : Quel effet cela vous a-t-il fait d'être selectionné 
pour le Goncourt, il a répondu : "J'étais content. J'ai téléphoné à ma 
maman". Sourire. ça n'avait rien de mièvre. Il a farouchement récusé 
l'idée que le roman pouvait donner une morale (Pitié ! a-t-il dit). En 
fait c'est lui qui a le plus  orienté le débat vers le rôle de 
l'écrivain et la nécessité d'une coïncidence entre la forme et le 
sujet. Et puis toutes ses dédicaces étaient différentes et pesées.
Annick, question semi-malveillante : Bataille vous a-t-il parlé de Loréal ?
Si quelqu'un se sent de transmettre de la même manière que Babette ses 
notes sur Schneider ou un autre, je pense qu'il y aura preneur !
Bonne soirée à tous,

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Contrepoint : alchimie amoureuse

Publié le par Eric Bertrand

« Journal du 9.08 : Je crois avoir trouvé une solution à la difficulté de la scène en contrepoint qui est d’un bon effet scénique mais qui, en revanche dans le récit, nécessite une approche tout à fait différente : le jeu consistera à analyser ce que j’appellerai une alchimie de l’amour.
              Quels sont les ingrédients de l’éternel discours amoureux ? L’échantillon qu’en donnent nos deux amants est suffisamment représentatif des « fadaises » (le mot est de Nougaro) qui peuvent être débitées dans le jeu de la séduction.
              En même temps, par le jeu du contrepoint qui est ensuite reproduit sans la mention des personnages, je donne au lecteur l’occasion d’ouvrir la palette du discours... Ce ne sont pas les mêmes couples qui se parlent. D’un côté, le discours « impudique » et « direct » et, de l’autre, le discours « pudique » et « romantique »…

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Templi e turisti americani...

Rubrique Goncourt :Rencontre à Troyes, le 2 octobre 2006
 
              Une collègue de Troyes a assisté à des interviews qu’elle nous transmet généreusement… J’alimente donc cette rubrique par documents suivants, consacrés d’abord à Audouard puis à Bataille, Sneider est aussi annoncé... Pour les matinaux, Boulin ce matin sur France Culture à 9h00.
 
Quelques questions à Antoine Audouard
 
Comment avez-vous réagi à la sélection Goncourt ?
J’étais content, j’ai appelé ma maman.
 
Que pensez-vous de la démarche du Prix Goncourt des Lycéens ?
C’est la première fois que j’y participe. Mon fantasme de scène était de monter un groupe de rock, le PGL est une occasion de monter sur scène… Souvent, les écrivains et les éditeurs se plaignent de ne pas avoir de jeunes lecteurs, cette initiative est une occasion à ne pas laisser passer.
Quel livre vous a marqué ?
La Chanson de Roland, et plus particulièrement la scène où Roland sonne dans l’olifant. En écrivant mon livre, j’ai repensé à cette histoire.
 
Pourquoi écrivez-vous ? Ne redoutez-vous pas de ne pas être compris ?
 
Je me suis mis à écrire parce que je suis tombé amoureux. C’est banal, mais ça reste ça. Ne pas être compris, je crois que ce n’est pas ce dont il faut avoir peur. A un moment ou à un autre, quand on est dans une démarche avec une exigence personnelle, on n’est pas compris. Dans la vie d’écrivain, il faut accepter d’aller sur sa propre voie sans cultiver le goût de la solitude, sans la fête artificielle du succès. …
Un des textes auquel je pense souvent est le discours de réception d’Albert Camus pour le prix Nobel. Chaque ligne parle du métier. Lorsqu’il parle de la nécessité «  d’écrire à hauteur d’homme », il évoque en même temps la solitude et le rapport personnel à la beauté, tout comme l’appartenance de l’écrivain à la communauté des hommes : la notion de succès n’entre pas en ligne de compte. Le succès ne recoupe pas un chiffre de vente, mais une humanité, une fonction sociale de l’écrivain qui n’est pas un être extérieur, mais qui est relié aux autres.
 
Que pensez-vous du métier d’écrivain ?
Tous les gens de la chaîne du livre en vivent, les seuls qui sont dans une posture beaucoup plus délicate, ce sont les écrivains. Le livre constitue une toute petite industrie où la source de richesse, les écrivains, n’en vivent pas, en règle générale. Il existe quelques exceptions heureuses. Finalement, c’est un métier qui n’en est pas un.
 
D’où vient le titre de votre livre ?
Il est inspiré de la légende vietnamienne du début de l’ouvrage.
 
Et vos noms de personnage ?
Je case toujours le nom de copains. Karaz est le nom d’un joueur de tennis, il sonnait bien. J’utilise aussi le nom de gens que je n’aime pas.
 
Dans votre ouvrage, vous mettez en scène un fils à la recherche du père. D’où vous est venue cette idée ?
C’est une question qui se pose, celle du retour du père avant de mourir, d’un père qui ne l’a pas élevé. C’est arrivé à un ami. Son père était atteint d’une dégénérescence neurologique, sa dernière phrase a été « J’ai des choses à dire »… Il me semble que la transmission du silence doit être brisée, parce qu’on en a besoin pour vivre.
Votre livre a-t-il une dimension autobiographique ?
Je n’ai pas fait la guerre d’Indochine … Mon père est né au Viet- Nam en 1914 parce que son père était dans l’armée coloniale. Les traces qui restent sont une photo de lui dans les bras de sa nourrice tonkinoise, et le sabre du grand-père. Mon père dormait avec ce sabre quand on son père lui manquait trop. L’arrière-plan émotionnel est donc un peu autobiographique.
En fait, la fascination est née avec un pays, avec les gens, il y a une dizaine d’années. C’est devenue une obsession, et j’ai été fasciné par la beauté de ce pays, de ses paysages.
C’est aussi une lecture de l’histoire face à une guerre qui aurait pu ne pas être, une guerre qui nous a marqués et nous marque encore. Il s’agissait de garder une trace de cette,mémoire. Ce n’est pas une autobiographie directe, mais qui passe à travers la souffrance et la beauté, des émotions propres. J’ai essayé de rendre compte des deux faces de la médaille, de confronter la mémoire française à la mémoire tonkinoise.
 
Faut-il avoir honte d’être français ?
Dans nos guerres coloniales, les Français se sont alliés avec des gens qui ont cru en eux et les Français leur ont fait croire qu’ils allaient les aider. Il s’est passé la même chose en Algérie, on a assisté à un bégaiement de l’histoire avec le massacre de ces personnes.
C’est une tache dans notre histoire, quelque chose qui n’est pas souvent dit et il y a nécessité d’arriver à le dire, une nécessité d’accepter cette part de notre histoire.
Il ne s’agit pas de repentance ou de fierté, même pas d’ un « devoir de mémoire », mais du devoir de comprendre. On ne peut le faire qu’en se dégageant du devoir moral, de la question du bien ou du mal. Pour avoir la capacité dans l’avenir de donner une réponse meilleure, on a besoin de se replonger dans notre histoire, de savoir et de comprendre.
 
 Réaction de collègue :
Merci à babette nous avons vu Audouard,laurens et shneider j'ai regretté de NE pas avoir enregistré leur  contribution  .........
très étonnée de la gentillesse Des questions posées à Bataille,  nos élèves Ont été très durs avec ce livre   pour eux déplacé dans une Tel concours....
Schneider fut lumineux, chaleureux, attentif  , Laurens contrairement Au souvenir que j'avais d'elle fut assez coincée, impatiente et bien peu souriante, mais Le champion toute catégorie a été audouard, IL a su apporter l'humanité  et la sensibilité qui Ont donné l'envie de lire à ceux que Le sujet avait ennuyés.............     Riche , riche expérience , les élèves étaient enchantés et n'ont cessé d'en parler depuis.
       

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