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Les actrices face à Gilda : ce qui se joue sur la scène.

Publié le par Eric Bertrand

Pour entrer dans le jeu et commencer à réfléchir sur les personnages et leurs intentions, mardi soir, nous travaillons sur deux scènes qui se jouent entre les adolescents. D’abord la scène initiale, celle qui se joue en face du ponton. Gilda est en train de se pavaner à l’avant-scène tandis que les trois autres guidées par Tiziana l’observent de la plage à l’aide de leurs jumelles…
              Ce qui est en jeu là, c’est l’affirmation des tempéraments. D’un côté, Ornella, fascinée par l’assurance et l’arrogance impudique de Gilda, et de l’autre, Tiziana et Lauredana, choquées par le scandale de sa position et de son comportement. Ce désaccord souligne bien les caractères.
              Diane, qui joue le rôle de Tiziana trouve assez bien le ton moqueur qu’il faut mettre dans certaines des répliques en même temps que cette intolérance à la limite de la xénophobie dans laquelle elle cherche à entraîner ses camarades. Samantha la suit assez bien sur ce terrain, bien qu’encore timide. De son côté, Hélène joue assez bien sur le registre de la provocation et de la fantaisie. Cette fille qu’elle observe révèle en son personnages des envies qui la troublent et elle parvient assez bien à montrer l’excitation. Demain j’évoque la scène des garçons.
 
 
HPIM1960.JPG
Quando arriva Gilda, Porta Palermo...
Rubrique Goncourt : Jeu d’écriture
 
              En parallèle à la réflexion sur les livres de la sélection, je trouve toujours intéressant de travailler en ce moment sur l’idée de l’effort de lecture, idée d’une errance sinon d’un voyage, d’une épopée à travers la « jungle » des treize romans…
 
              Après avoir demandé aux élèves « comment ils lisaient » (cf : dernière suggestion), je leur ai demandé de présenter l’une de leur lectures non pas simplement comme une lecture mais comme une aventure à travers un espace géographique inscrit dans le roman, ce que le spécialiste appellera « topos ».
              Le recours à cette notion d’espace peut engendrer un intéressant travail sur la métaphore et, en même temps, leur permettre de s’exprimer autrement sur un roman de leur choix. Par ailleurs, cela les oblige à revenir peut-être davantage à la réalité géographique d’un univers romanesque (Orient de « disparaître », Afrique de « contours du jour qui vient », Londres de « l’amant en culottes courtes », Basses Alpes de « le Bois des amoureux », landes breto-normandes de « Ouest », Amérique de « Marilyn, dernières séances »…
 
Exemple : j’avance sur le Sunset Boulevard de ce roman au bout duquel je vois briller, comme sur une enseigne lumineuse, le visage tourmenté de Marilyn. Les sables du désert de Mojave rentrent un peu sous mes paupières, mais le moteur des grosses limousines, les Pontiac, des Buick se mêle à la rumeur des caméras qui filment, jusque dans mon sommeil, les stars de Hollywood.
 
Réaction de collègue :
Dans l’interview qui est sur le site de la FNAC, Fleischer dit et redit « 
c’est la premier texte autobiographique d’ampleur, le premier texte
strictement autobiographique « .
Alors roman ?

Je me demande si le sous-titre roman n’est pas plutôt à prendre dans l’air
du temps et du triomphe de l’autofiction.
A Marseille Camille Laurens a fait un flop quand elle a fini par lâcher
qu’elle en s’appelait pas Camille Laurens dans la vraie vie, et que donc ce
n’était pas elle etc…le pacte de lecture instauré au début, dans la note
liminaire, au feu. Et c’est vrai que les élèves lui en ont beaucoup voulu…
 

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Répétition du 17.10

Publié le par Eric Bertrand

              La première répétition a lieu comme prévu. Après le passage des journalistes et d’une ancienne actrice très émue, (« la très talentueuse Rebecca Darlington » comme la présentait Ronald MacDonald dans le Ceilidh !) nous avons commencé le travail. Le groupe des adolescents est au complet et c’est Francesca qui manque à l’appel.              
Nous faisons donc travailler les scènes autour du ponton… Le groupe ne se connaît pas encore bien et je propose quelques exercices à la fois d’occupation de l’espace et d’articulation à partir des expressions italiennes présentes dans le texte : « Ciao ! », « Che calore ! », « Ecco l’Americana ! ».

 

              Outre le caractère linguistique de l’exercice (il s’agit de les faire collaborer à l’ambiance italienne), l’intérêt est surtout de les faire bouger dans l’espace, et d’indiquer quelques notions élémentaires de jeu : le rôle du partenaire sur la scène, les relations de force au théâtre, l’importance de la voix, du regard et du geste. Du contact et de l’ouverture à l’autre aussi car je décèle un peu de timidité et une tendance au « petit groupe », tendance qu’il faut abolir…

 

              Demain, je reviens sur les premières scènes.

 

hpim1174.jpgPorta Messina...

 


Rubrique Goncourt :
« Les Bienveillantes »
              La compréhension de ce roman dont il faut percevoir la profondeur passe aussi en amont par une réflexion sur les conditions du génocide. D’où le rôle du cours d’histoire dans cette approche d’une œuvre que je n’ai, hélas, pas encore lue !
Exposé de Mélinda : Mélinda est arrivée à lire environ 450 pages et elle trouve que la lecture en devient de plus en plus intéressante au fur et à mesure que l’on progresse dans l’œuvre. On rentre davantage dans la psychologie des personnages et dans l’analyse des éléments sociaux et historique…
Comprendre le contexte dans lequel agit le narrateur du roman
Anna Arendt : réflexion sur le régime totalitaire.
Il s’appuie sur la volonté de soumettre le plus grand nombre. Ce type de régime se met en place en s’appuyant sur les masses, ce que Ionesco a pu appeler « les rhinocéros ». Dans la masse, l’homme perd sa singularité et croit aveuglément ce que la tête lui demande de croire. Les règles élémentaires de la pensée sont abolies. L’esprit critique disparaît. Faute de mots, la pensée s’appauvrit et « s’exécute » au sens à la fois où elle se donne la mort et où elle obéit, elle suit « les ordres », sans comprendre. On peut évoquer en cela la société totalitaire imaginée par Bradbury dans Fahrenheit 451 où les livres ont disparu car ils sont considérés comme des ferments de danger.
Anna Arendt : les camps d’extermination.
Dans le camp d’extermination, le « programme » mis en place est un programme d’élimination systématique. Anna Arendt se pose la question suivante : comment exécuter un programme d’une telle barbarie ? Comme l’indique Lévi, ce ne sont plus des hommes qui sont éliminés mais des marionnettes humaines, de sorte qu’aux yeux des exécutants, l’exécution aille de soi. Extrait des Origines du totalitarisme dans lequel l’auteur explique que le camp d’extermination n’est pas seulement un lieu d’exécution mais un lieu d’expérimentation de la déshumanisation. Extrait de Si c’est un homme de Primo Lévi : l’arrivée au camp d’Auschwitz. L’auteur y explique le processus de destruction à laquelle le prisonnier du camp est soumis.             .
Anna Arendt. Le procès d’Adolf Eichmann ou la banalité du mal.
Un tel homme n’est pas un monstre (ce qui aurait été rassurant) mais un homme ordinaire. La réflexion avait été déjà menée par Robert Merle dans son livre : la mort est mon métier. L’auteur explique que le camp fonctionne de la même manière qu’une machine infernale, et que tout fonctionnaire l’actionne avec la même froideur que le personnage de Kafka dans la Colonie pénitentiaire. Le personnage (Rudolf Hoess, commandant d’Auschwitz dans la Mort est mon métier) est le produit d’une société totalitaire qui engendre des individus incapables de penser par eux-mêmes, des individus qui ont perdu ce qui caractérise l’exercice de la liberté et qui n’agissent que par rapport à ce qu’on leur a enseigné.
Extrait de l’interview de J. Littell et de Raul Hilberg sur France Inter. Raul Hilberg : la Destruction des Juifs d’Europe. Lecture d’un article de Claude Lanzmann dans « le Nouvel Observateur ». La question des limites de la fiction par rapport à la réalité effroyable d’Auschwitz.
 
Réaction de collègue :
Moi aussi, j'aime Gilles Lapouge et pour les mêmes raisons. Mais que 
ma lecture est lente ! Et après il me reste Nothomb pour la soirée.... 
Franchement, nos rencontres de demain ne m'enthousiasment pas. Pour ce 
qui concerne Bataille, j'ai l'impression qu'outre sa propension à la 
boursouflure, il a des problèmes avec la déontologie : son roman est à 
peu près une entreprise publicitaire-Grasset, chez qui il est lui-même 
éditeur, voire, me disait un copain libraire, secrétaire général.
En fait de chataignes, ce sera le Grand Théâtre de Troyes...
Au moins lis-je  le texte avec la voix de Lapouge dans l'oreille, et 
Giono & Pierre Magnan en arrière-fond.
"Professeur d'honnête homme", c'est charmant, non ?
A bientôt, et merci pour votre chronique bloguesque

 

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Retour aux planches

Publié le par Eric Bertrand

Début officiel aujourd’hui des répétitions. Je tire le planning afin que chacun mette à jour son agenda. La dernière avait pour objectif de fixer le texte et la distribution, mais cette fois, il s’agit de commencer à mettre en espace ce texte qui ne demande plus qu’à trouver des gorges et des planches.
              En principe, les acteurs avaient pour mission d’apprendre le texte afin de mieux « proposer » des manières de jouer. Il y aura une phase échauffement aussi, afin de souder le groupe. Françoise (Francesca) et Samantha (Lauredana) étaient absentes la dernière fois… Et puis nous attendons aussi la presse pour la présentation du spectacle.
 
Planning de répétition au Moulin à Sons
 
Les répétitions ont lieu :
Ø      entre 18 h et 19 h pour les claquettistes
Ø      entre 19 h 30 et 21 h 30 précises pour les acteurs.
 
Les dates proposées ci-dessous correspondent à la disponibilité du Moulin à Sons. Elles tiennent compte des périodes de vacances.
 
Il va de soi que chacun des membres de l’atelier s’engage à respecter une assiduité, condition nécessaire à la réussite du spectacle… Par ailleurs, d’autres dates seront proposées à l’approche du spectacle final afin d’intensifier les répétitions en présence des musiciens.
 
 
 
Mois
 
Répétitions les mardis…
2006
Octobre
-          17/10
-          24/10
Novembre
-          07/11
-          14/11
-          28/11
Décembre
-          12/12
-          19/12
2007
Janvier
-          09/01
-          16/01
-          23/01
Février
-          06/02
-          27/02
Mars
-          06/03
-          13/03
-          20/03
-          27/03
Avril
-          17/04
-          24 04
Mai
-          15/05
-          29/05
 

 

HPIM1343.JPG"Porta Palermo", da Santo Stefano di Camastra.

Rubrique Goncourt :
 
« Les Bienveillantes » au programme ce soir, entre 15 30 et 17h30…
              La compréhension de ce roman dont il faut percevoir la profondeur passe aussi en amont par une réflexion sur les conditions du génocide. D’où le rôle du cours d’histoire dans cette approche d’une œuvre que je n’ai, hélas pas encore lue !
Exposé de Mélinda
Comprendre le contexte dans lequel agit le narrateur du roman
Anna Arendt : réflexion sur le régime totalitaire.
Il s’appuie sur la volonté de soumettre le plus grand nombre. Ce type de régime se met en place en s’appuyant sur les masses, ce que Ionesco a pu appeler « les rhinocéros ». Dans la masse, l’homme perd sa singularité et croit aveuglément ce que la tête lui demande de croire. Les règles élémentaires de la pensée sont abolies. L’esprit critique disparaît. Faute de mots, la pensée s’appauvrit et « s’exécute » au sens à la fois où elle se donne la mort et où elle obéit, elle suit « les ordres », sans comprendre. On peut évoquer en cela la société totalitaire imaginée par Bradbury dans Fahrenheit 451 où les livres ont disparu car ils sont considérés comme des ferments de danger.
Anna Arendt : les camps d’extermination.
Dans le camp d’extermination, le « programme » mis en place est un programme d’élimination systématique. Anna Arendt se pose la question suivante : comment exécuter un programme d’une telle barbarie ? Comme l’indique Lévi, ce ne sont plus des hommes qui sont éliminés mais des marionnettes humaines, de sorte qu’aux yeux des exécutants, l’exécution aille de soi. Extrait des Origines du totalitarisme dans lequel l’auteur explique que le camp d’extermination n’est pas seulement un lieu d’exécution mais un lieu d’expérimentation de la déshumanisation. Extrait de Si c’est un homme de Primo Lévi : l’arrivée au camp d’Auschwitz. L’auteur y explique le processus de destruction à laquelle le prisonnier du camp est soumis.             .
Anna Arendt. Le procès d’Adolf Eichmann ou la banalité du mal.
Un tel homme n’est pas un monstre (ce qui aurait été rassurant) mais un homme ordinaire. La réflexion avait été déjà menée par Robert Merle dans son livre : la mort est mon métier. L’auteur explique que le camp fonctionne de la même manière qu’une machine infernale, et que tout fonctionnaire l’actionne avec la même froideur que le personnage de Kafka dans la Colonie pénitentiaire. Le personnage (Rudolf Hoess, commandant d’Auschwitz dans la Mort est mon métier) est le produit d’une société totalitaire qui engendre des individus incapables de penser par eux-mêmes, des individus qui ont perdu ce qui caractérise l’exercice de la liberté et qui n’agissent que par rapport à ce qu’on leur a enseigné.
Extrait de l’interview de J. Littell et de Raul Hilberg sur France Inter. Raul Hilberg : la Destruction des Juifs d’Europe.
 
Jonathan Littel aux Ursulines
Véra Roth, la documentaliste du lycée Champollion à Lattes a  assisté à une
conférence de Littell au couvent des Ursulines, dont vous trouverez  le résumé. Jonathan Littel aux Ursulines le 4-10-2006 : en vrac
 
Introduction par le Professeur de Littérature Michel Didier de Toulouse : en 1 mois 250 000 ex vendus ; l’auteur ne souhaite pas évoquer sa propre biographie (on apprend quand même que les ancêtres sont originaires des pays de l’Est.) Les Bienveillantes sont plus ou moins son premier livre. Il n’y a pas de confusion entre la fiction et l’Histoire dans l’œuvre, c’est vraiment une œuvre littéraire : éléments d’amour, policiers, narrateur à la 1ère personne agit comme un filtre à travers lequel passe l’histoire.
Convention romanesque : le narrateur est un écrivain nazi brillant, le lecteur est confronté à un narrateur ou il est difficile de faire la part entre le vrai et le faux.
Genèse : l’auteur ne se trouve pas si jeune que ça, il y a eu avant l’écriture une multitude de déclencheurs dans le temps, il a choisi LE génocide européen pour toucher davantage le lecteur européen, et à cause de la disponibilité de la masse documentaire il avait aussi des raisons personnelles (pas de détails là-dessus).
Point de vue : choix du nazi car c’est l’acteur, construction du trajet géographique pour couvrir toute l’étendue de la destruction
Construction du narrateur : sociologique : caste des intellos du SD a vraiment existée : un milieu générateur de concepts. Niveau structurel : schéma de la tragédie grecque (Eschyle, les Atrides) lucidité par rapport aux autres personnages, car il est en décalage par rapport à son homosexualité. A travers ce filtre les autres sont montrés : oblige le lecteur de regarder les choses en face
Littell ne veut surtout pas imposer une seule lecture, le lecteur choisit son approche, il a écrit ce texte d’un coup, sans savoir ce que cela donnerait, à la relecture il voit des connections qu’il n’a pas vu à l’écriture.
La pensée raciale : n’est pas à l’origine antisémite (Disraeli était raciste, mais juif), la destruction des juifs était justifiée par des arguments contradictoires. Le national-socialisme était un terme du discours tout comme la démocratie pour nous, le christianisme au Moyen Age, il y a de l’idéalisme chez le narrateur, comme dans le bolchevisme qui a autant mené au génocide.
Citation p. 30
Exemple IG Farben : a expatrié ses employés juifs : « J’ai été obligé de faire ce que vous avec fait parce que j’étais juif. Quel choix ?
Ila tente une exploration, pas une démonstration, des hypothèses de travail : les monstres pervers existent, mais ce n’est pas la normalité du génocide. Les nazis avaient le devoir de surmonter l’humain pour devenir inhumain.
Inceste, homosexualité, matricide : Eschyle
Des Barrières sociétales doivent tenir contre la barbarie, comment on est élevé par ses parents, cela n’est pas suffisant pour résister. Il y des mécanismes sociaux qui se posent qui permettent l’horreur.
 
Réaction de collègue :
pour ma part, je n'ai pas encore mis le nez dans "Les bienveillantes", 
mais je sais déjà, à  ce que Sylvain m'en dit, que JE ne le lirai pas 
entièrement. Je ne pense pas que l'on puisse exiger des élèves de 
s'enfiler un tel pavé in extenso si la lecture leur en est pénible 
voire douloureuse. Je pense que s'ils sont capables d'exprimer ce qui 
dans le bouquin les rebute ou les dégoûte, c'est l'essentiel.
Y en a-t-il parmi vous qui aient écouté Boulin ? Pour ma part, j'étais 
en voiture et je n'en ai entendu que des fragments, mais à part le 
fait que Finfielkraut m'a eu l'air de déraper, j'ai cru comprendre que 
Boulin - qui a une manière tout à fait stupéfiante de parler de ses 
propres jeunesse-et-naïveté - confond littérature et tract, d'où son 
succès, en particulier auprès de certains jeunes. Pour les adultes, je 
m'interroge.
 

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Bouclage

Publié le par Eric Bertrand

Suite du journal du 9.08 : Bref, posons quelques bases : je prévois la relecture et correction du récit d’ici à samedi prochain (12.08). J’aborde éventuellement la reprise de la pièce dans ce même temps. La limite est celle de la date du retour vers la Bretagne le 13 août.
              Je ne me hâterai pas. D’autres relectures « tamis » sont envisageables plus sereinement. Je vais aussi trouver une idée d’illustration pour la couverture. Peut être une préface. Un argumentaire pour le libraire… Les phases habituelles par lesquelles je suis passé l’an dernier et que j’ai déjà pu rapporter dans ce blog.

HPIM0427.JPG

En route !

Rubrique Goncourt :
Le Bois des amoureux de Gilles Lapouge.
 
Disons-le franchement dans ce blog (mais je ne le dis pas en cours, ce n’est pas le lieu !) je trouve le roman franchement raté ! Et je recueille là-dessus de nombreux points de vue convergents… Là n’est pas la question ! Il faut jouer le jeu et tâcher de lui donner un écho qui fournisse en même temps une passerelle vers le bouquin ! Après tout, sur le fond de montagnes du pays de Digne, avec un feu de cheminée et une poêlée de châtaignes, il ne serait pas si désagréable d’écouter cinq minutes Lapouge évoquer ses souvenirs un peu décousus. J’ai enregistré sur France Culture un entretien dans lequel il évoque la figure du conteur dont il dit qu’elle est aussi celle de l’écrivain. Il est bon de donner à entendre ce genre de témoignages à des élèves curieux de savoir ce qui, à la base, inspire l’écrivain. Cela nous ramène une fois de plus à l’objet d’étude « le biographique » : le seul passage que j’ai sélectionné à la lecture, c’est précisément celui qui évoque la « mémoire des vieux ». 
 
Exploitation en cours du Bois des amoureux
 
Lecture d’une critique positive du roman. (Critique de Mathilde Saudubray parue dans le magazine Evene) Quelles sont les qualités que cette critique met en avant ?
 
« Le roman dépeint la vie d'un petit village du sud de la France autour d'une rencontre entre un vieux professeur et un soldat. Cette fresque rurale encadrée par les deux guerres relate avec une poésie drôle et empreinte de nostalgie les histoires de familles, les us et coutumes provinciales. Dans un langage populaire plein d'images bucoliques et de sagesse prosaïque, chacun affirme sa personnalité, imperceptiblement. Les sensibilités, les amours et les désillusions se dessinent discrètement, dans le contexte fragile de l'entre-deux-guerres. L'auteur nous plonge dans ce microcosme régi par ses rumeurs. Il donne une coloration particulière aux habitudes et aux commérages qui évoluent avec le temps, les bouleversements sociaux. Le soldat incarne cette rupture. Ses paroles heurtées, ses pensées paradoxales figurent la vision métaphysique des consciences irradiées par la douleur et la mort. On perçoit ici l'expression surréaliste.
Le choc des cultures n'est pourtant pas si brutal qu'il n'y paraît. Le professeur, comme les enfants, le prêtre ou le paysan bourru retrouvent l'énergie vitale et l'instinct de survie qu'ils ont en eux. Au-delà des mots et des idées, l'essentiel est pressenti par ces âmes touchantes. Le passé sédentaire et traditionnel de la vieille
France est confronté au nomadisme moderne du soldat épris de liberté. Cependant, la tristesse languissante des uns rejoint le désespoir irréversible de l'autre. Leurs dialogues catalysent un amour d'ordre universel, frustré. Dans ce récit sentimental, où la langue associe l'argot aux métaphores abruptes, on suit l'évolution de personnages attachants en train de s'observer. A l'instar de ces acteurs assistant au spectacle de la nature, de la vie et de ses révolutions, on est spectateur d'un tableau vivant et lointain. »
 
Extrait d’interview : Gilles Lapouge sur France Culture : « Du jour au lendemain »
Réflexion sur le statut d’un personnage : la relation de ce personnage avec le statut du conteur ? Avec celui du romancier ?.
 
Réflexion sur un extrait du roman : « la mémoire des grands pères » : quel témoignage lèguent-ils ? Quelles valeurs transmettent-ils ?
 
Lecture cursive conseillée : (Il faut songer à « l’après Goncourt » et au fameux « baby blues ») Dans le sillage de ce roman, il faut penser à des romanciers de la région, chantres de valeurs identiques à celles que célèbre Lapouge (mais avec une véritable intrigue romanesque !) :
-          Giono : Regain
-          Giono : Un de Baumugne
-          Giono : Colline
-          Bosco : le Mas Théotime
 
Rencontres à Marseille le 3 Octobre 2006
Suite : Camille Laurens
 
-Quelle est la part de l’autobiographie dans votre roman ? Cette façon de brouiller les pistes, n’est-ce pas une manière de cacher l’autobiographie ?
La vérité, je ne la connais pas. Tout tourne autour de l’identité. Qui suis-je ? La part autobiographique est une sorte de paysage mental. L’auteur est dans son livre. Il écrit pour parler de lui, comme le disait Hugo, parler de soi c’est parler des autres. Il n’y a pas une vérité mais plusieurs vertiges qui bougent tout le temps. Dans tous mes romans il y a un mélange de vérité et de fiction, avec une frontière mouvante, comme la vie. Je pense à un passage de Proust à propos d’un peintre qui se demande comment peindre une rivière dans le brouillard : c’est peindre ce que l’on ne voit pas. Peu importe la réalité événementielle. Bien entendu, ce sont des émotions d’abord, plutôt que des faits.
 
Camille Laurens est intervenue lors de la question posée à Michel Schneider sur le rapport conflictuel entre mot et image :
Elle cite Antonioni : « L’amour, c’est vivre dans l’imaginaire de quelqu’un ». Ella s’interroge sur comment l’amour s’articule à partir du regard de l’autre, comment les mots arrivent à saisir quelque chose de ce qui est insaisissable . Dans l’amour, il y a autre chose que ce qu’on croit et que ce qu’on voit.
 
-Pourquoi les scènes érotiques sont-elles aussi crues ? Est-ce provocateur ou réaliste ?
Camille Laurens semble assez étonnée par la question, mais elle explique :
Il y a peut-être une scène « porno » à Amsterdam. Dans cette partie du roman, j’ai effectué une construction en triptyque :
-une scène érotique, quand Arnaud veut un enfant. Genre film sentimental, mélo, couple amoureux.
-une scène intermédiaire : le concert de Bach, avec 2 façons différentes d’écouter (elle : sentimentale, lui : technique avec ses 11 versions de Bach). Le sujet, c’est la différence masculin/féminin.
-dernière scène : quand ils rentrent à l’hôtel. C’est une scène de fantasmes, où la femme entre dans le fantasme de l’homme. Sorte de scène vue d’une fenêtre, avec cette notion de voyeurisme masculin/féminin dans les rapports amoureux et sexuels. C’est à comprendre comme une construction romanesque (avec la référence à l’enfant perdu). Il n’y a pas de provocation, mais liberté du personnage et liberté de lecture. Pas de jugement moral, type lui salaud, elle idiote. Il y a peut-être une forme de masochisme féminin, mais pas au sens habituel d’avoir mal. C’est plutôt une acceptation de la passivité.
 
-La communication par mail peut-elle produire un nouveau ressort tant sut le plan psychologique que sur celui de l’écriture ?
Cela m’a permis l’utilisation de la corbeille : le personnage ne lit pas, mais le lecteur peut lire. C’est une manière aussi de réfléchir aux relations par Internet, comme si on cherchait de + en + à garder ses distances. Par exemple les sites de rencontres où en fait on ne se rencontre pas. S’écrire à distance. On se tient loin.
 
-Pourquoi plusieurs fins avant la vraie fin ? 
En fait il n’y a pas plusieurs fins. C’est une histoire qui n’en finit pas de finir. Dans la vie, il y a plusieurs fins à une histoire d’amour (quand dater la fin ? dernière rencontre ? décision de mettre un terme à la relation ? …) Dans ce roman, il n’y a que des fins.
Intervention d’Antoine Audouard qui cite Flaubert : « La bêtise en littérature consiste à vouloir conclure. »
 
-Pourquoi êtes-vous tant inspirée par l’amour perdu et l’absence ?
Il y a de l’absence en chacun de nous. Il y a toujours quelque chose qui manque ou quelqu’un. J’ai perdu un petit garçon en 1994 : c’est l’absent qui reste toujours là. Il y a l’amour perdu de la mère, ce qui sépare depuis la naissance et entraîne la mélancolie, au sens de sentiment de la perte. On a tous perdu un paradis.
 
-Pourquoi les mails du cinéaste n’apparaissent-ils pas dans le roman ?
Cette question présuppose l’existence d’une correspondance réelle. Mais tout est inventé…(remarque perso : grosse déception chez les élèves…) C’est un clin d’œil au roman du XVIII° pour authentifier ce qu’on va lire, c’est une sorte de mise en abyme .
 
-Pourquoi Hélène prend-elle le nom de Camille à la fin ?
Quand elle emploie ce nom de Camille, c’est en fait une pirouette que je fais au lecteur qui est embarqué dans l’histoire d’Hélène/Arnaud, je/le réalisateur. Il y a un jeu sur les pronoms et « Camille » dit « peut-être que cela est arrivé ». Mais dans la vie je ne m’appelle pas Camille. C’est un pseudo. Donc il y a une strate supplémentaire, qui donne une sorte de profondeur de champ. Je connais la vérité puisque je l’ai vécue mais je suis intéressée par la transformation romanesque. Camille est elle-même un personnage.
 
-Que recherchez-vous dans l’écriture d’un livre ? Qu’est-ce que ça vous apporte sur le plan perso. ?
Avant, j’aurais dit « j’écris pour être aimée ». Les hommes diraient : « Pour avoir toutes les femmes que je voudrais ». Maintenant, j’écris pour que les mots m’aiment. C’est une joie de toucher les mots et d’être touchée par eux.
 
-Question sur sa relation à l’écriture et sur une forme de dépendance :
Comme une addiction ?…Il y a des choses que je préfère à l’écriture, sûrement…mais je n’ai pas l’intention d’arrêter. Ma relation à l’écriture est aussi une relation à la lecture, à la littérature.
 
Réaction de collègue :
« Je viens de découvrir l'interview de C.Bataille sur le site gdlfnac. 
L'avez-vous écoutée ? C'est surprenant de voir la distance qu'il y a 
entre la clarté de son propos narratif oral, la simplicité du projet 
qu'il définit, et le roman lui-même ! Rien par exemple sur Kobald. 
Quelqu'un a-t-il une idée sur ce nom, syncope de Kobold et de cobalt ? 
(sans que ça m'éclaire plus que ça, au demeurant, cette hypothèse !)
 

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Point final ?

Publié le par Eric Bertrand

              Suite du journal du 9.08 : Il est 14h20 et je mets le point final à cet ouvrage. (Ainsi je puis donner par le biais de ce blog des indications précises à ceux qui me posent souvent la question de la durée de l’écriture : j’ai commencé à travailler sur le projet le 9 juin dernier et nous sommes aujourd’hui, est-ce une coïncidence, le 9 août)
              C’est une immense satisfaction d’avoir fini dans le temps que je m’étais imparti… D’autres préoccupations vont succéder à ce gros « chantier ». Même si je sais qu’il va me falloir effectuer un travail de relecture, rabotage, ajustement… cette fois, je tiens le corps et la matière brute. Je vais commencer par relire le récit et le corriger afin, dans un second temps, de le donner à lire à quelques proches et de me servir des modifications du récit pour retravailler le texte de la pièce.

 

 

HPIM1171.JPG"Porta Messina", da Santo Stefano di Camastra.

 

Rubrique Goncourt :
 
« L’Amant en culottes courtes » en cours.
 
              La difficulté qui se pose avec ce livre, c’est son caractère scabreux. Il faut néanmoins souligner la qualité littéraire et l’intérêt de la démarche autobiographique que conduit l’auteur autour de ce fameux séjour en Angleterre de juillet 1957.
              L’un des intérêts de ces romans de la rentrée littéraire, c’est aussi qu’ils mettent le lecteur au contact d’autres grands textes de la littérature classique, incontournables pour les candidats de première L qui passent le bac en fin d’année.
              Mais sans être polarisé par l’obsession de résultats, je trouve aussi que cela fait partie des plaisirs de la lecture d’être capable de mettre en relation des textes distants les uns des autres et qui finissent par s’éclairer mutuellement.
 
Approche proposée :
-          Présentation de Maxence et Claire
-          Proust : intertextualité. L’auteur qui se confond avec le personnage du narrateur (signe de l’autobiographie) entreprend un intéressant travail de Mémoire. Il s’agit de remonter par un travail d’élaboration de souvenir dans le Temps et dans cette période désormais lumineuse de son passé entre le 1er et le 31 juillet 1957. D’où la relative « pauvreté » de l’intrigue (les élèves ne sont pas habitués à ce type « d’aventure en boucle » dont l’objet essentiel consiste finalement, comme chez Proust, à « sinuer » autour du temps perdu, à retrouver les sensations, les émotions, la conscience.
-          Le projet de A la recherche du temps perdu
-          Présentation De l’extrait de Du côté de chez Swann du manuel de première : l’épisode de la madeleine
-          Un pastiche de cet épisode dans le roman de Fleisher ? Observation de l’extrait p81-82
-          Sujet de commentaire extrait du roman : p52-53 (pages importantes pour comprendre l’entreprise du romancier… J’y reviendrai forcément !)
 
Réaction de collègue :
Bonjour, les jours passent et  un problème persiste, j'ai compilé d'excellentes critiques de Litell, j'ai demandé l'aide ( précieuse) de  mes collègues d'histoire géo.... Rien n'y fait aucun de mes élèves de 1° L n'est parvenu à lire plus d'un tiers Des Bienveillantes, la meilleure lectrice a renoncé : " madame je ,NE peux plus, je NE peux plus lire cela. "   Merci de me  communiquer votre expérience sur ce livre…
 
D'abord j'en profite pour dire un grand merci pour les idées qui fusent
de toutes parts, les envois de fichiers d'interviews de Schneider,
Bataille, Audouard, Laurens qui permettent entre autre de sortir un peu
des questions qui  tentent à priori les élèves et qui tournent souvent
autour de l'autobiographie et de les amener à aborder" le métier"
d'écrivain, la nécessité d'écrire, l'écriture etc.
Pour répondre à la question d'Agnés, j'ai écouté Boulin samedi matin  (
pour l'avoir fait, je signale qu'il est possible d'enregistrer son
émission en allant sur le site de France culture )alors que je préparais
des rencontres que nous avons faite hier matin entre le lycée de Anita
Conti de Bruz et le lycée de Rennes : 8 tables rondes autour de 8
titres, chaque élève participant à 2 d'entre elles en fonction de leur
choix et de leurs lectures . En particulier un groupe s'était proposé de
débattre autour de Supplément ..Les premières réactions spontanées de
certains de mes élèves la semaine dernière, très séduits par l'actualité
du livre, la citation finale de Proudhon que chacun interprète selon son
idéologie et le discours assez "jeuniste" de Boulin aidant,  me
faisaient redouter le pire d'autant que cette histoire  est propice à
induire échanges passionnés et polémiques. Anticipant quelque peu sur ce
qui allait se dire :  "il décrit bien  la réalité"," il est beau, il est
jeune"(sic), je souhaitais qu'ils prennent un peu de distance critique
et l'émission de Répliques m'a plutôt aidée. J'ai laissé les premières
réactions s'exprimer, ils se sont interrogés sur le thème, genre (roman?
Pamphlet ?...) Des avis très partagés ont permis de souligner
l'ambiguïté de l'ouvrage. J'ai rebondi sur une objection que
Finkielkraut a faite très judicieusement à Boulin ( en citant mes
sources)que je résume  : parmi les Invisibles, les femmes et les jeunes
filles des banlieues occupent une place non négligeable: une association
comme "ni pute ni soumise"peut-elle être présente  dans un livre comme
Supplément au roman national ? Cette question a permis de cerner la
partialité des propos de Boulin  et a relancé les échanges  de façon
réfléchie.
Ensuite, pour relativiser cette sorte de constat d'une violence
incontournable que la France mériterait pour expier toutes ses erreurs
vis à vis des Invisibles et  que les élèves sentent  dans le livre,  je
suis retournée à la littérature : celle de Zola avec Germinal ( sourires
goguenards de la part de quelques-uns : c'était une autre époque !).
J'ai convoqué le personnage de Souvarine, qui incarne face à Rasseneur
et à Etienne Lantier une idéologie nihiliste puisque en gros il dit : il
faut tout raser, tout détruire et après, il repoussera un monde meilleur
: le rapprochement avec Supplément a été immédiat. Finalement la
rencontre a été très riche. Je signale aussi une  critique parue dans
les Inrrokuptibles en septembre.
Ces échanges autour de 7  titres avec une  faveur accordée au  journal
d'Hirondelle  ( nous recommençons dans quelque temps autour des autres
romans ), a fait aussi surgir une question : celle qui concerne la
récurrence de la question du sexe et du langage cru qui l'aborde : les
élèves qui ne sont pas particulièrement prudes se demandent s'il est
bien nécessaire d'en passer par là et ont une réflexion  souvent
pertinente vis à vis de ce qu'ils considèrent comme une sorte de
complaisance. Pour l'instant, je n'ai pas lu L'Amant en culottes courtes
livre autour duquel se concentrent la plupart des critiques. Je viens de
voir sur le blog d'Eric une lecture de collègue qui me paraît tout à
fait intéressante pour aborder ce texte de façon littéraire.
. Ils vont rencontrer Nothomb mercredi et Vallejo le 25 octobre. Je
transmettrai  le contenu de ces rencontres. La semaine prochaine, nous
parrainons un lâcher de livres de la sélection Goncourt organisé par la
FNAC et la ville de Rennes : la classe qui travaille avec une comédienne
autour de la lecture orale très rapidement présentera au passants chaque
titre : nous travaillons les slogans incitatifs à la lecture de manière
à ce qu'ils soient un peu originaux.
             

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