Veille de rentrée c’est aussi le rendez-vous avec ce blog qui sommeillait depuis un moment... L’activité autour du livre (et de l’écriture !) a été dense, preque plus dense encore que jamais puisque je n’ai fait aucun salon, aucune signature, et j’ai réduit mes sorties et déplacements pour me concentrer sur les deux ouvrages que je présenterai succinctement dans les jours à venir. Les illustrations que je proposerai seront fournies par des photos de voyage dans le sud ouest et plus récemment en Bretagne où nous nous sommes échappés quelques jours après le point final de l’écriture !
Qu’importe la quantité de soleil, qu’importe la destination choisie, tant que l’esprit vagabonde… Je vous souhaite à tous un été de départ, de franchissement de frontières et, quoi qu’il en soit, d’affranchissement.
Parmi tous ces noms qui émergent presque spontanément du « maquis » arthurien figure le nom de Tristan et de sa compagne Iseut. Tristan est originaire de Bretagne armoricaine et est venu au monde de sa mère Blanchefleur, veuve inconsolable de Rivalin. Son père est mort peu avant sa naissance et cette forte mélancolie est marquée dans ce nom qu’il prote comme une cicatrice. Tristan fait partie de ces hommes valeureux, désintéressés par la vie et capable de s’oublier par désespoir. Il a toutes les qualités du chevalier errant et cette sensibilité exarcerbée qui le met un jour au contact d’Iseut la Blonde, créature des terres d’Irlande. Tristan se rend en effet en Irlande pour se faire soigner, suite à l’affrontement de l’un des ces monstres dont la littérature arthurienne est friande. Iseut fait partie de ces femmes dotées de pouvoir magiques : c’est elle qui soigne le beau chevalier de sa blessure et qui le garde auprès d’elle. C’est elle aussi que Tristan doit ramener à son oncle le Roi Marc.
Comme tous les preux, il ne demande qu’à accomplir sa mission pour contenter son roi, mais cette histoire est marquée par une forme particulière de la fatalité. Pendant la traversée qui doit ramener le couple sur les rivages de Cornouailles, un « vin herbé » fait son effet et Tristan et Iseut tombent éperdument amoureux. Les yeux de l’amant mélancolique sont désormais définitivement détournés, et l’un et l’autre, malgré la présence du Roi Marc et d’un cour soucieuse d’honorabilité, n’auront de cesse de déjouer les pièges des regards pour tâcher de s’aimer en secret.
Cette belle histoire aux maintes péripéties (souvent cocasses, car il s’agit de tricher ou de mystifier) s’est construite sur des versions variées. On lit souvent la version d’un certain Béroul qui écrivait au XII° siècle, mais ce même Béroul s’est largement inspiré des contes qui circulaient à cette époque dans le royaume d’Angleterre d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, via troubadours (du pays d’Oc, sud Loire) et trouvères (du pays d’Oïl, nord Loire). Des influences diverses nourrissent cette littérature qui découvre notamment l’esprit de la courtoisie.
Le chevalier courtois rend hommage à cette « dame » qu’il aime de loin, de façon religieuse et platonique. En ce sens, Tristan comme Lancelot se voue à un seul amour. Mais il consomme presque sauvagement cette relation à l’autre. L’étreinte d’Iseut lui est nécessaire au point qu’il est prêt à tout pour la retrouver. C’est le sens de la fable du chèvrefeuille et du coudrier que raconte Marie de France dans son célèbre poème connu sous le titre « le Lais du chèvrefeuille », « Ni vous sans moi, ni moi sans vous ». Enlevez le baton de coudrier au chèvrefeuille et tous deux dépérissent.
Justice, accomplissement de soi, charité, amour, Dieu... Toutes les voies de la prouesse sont impénétrables et, de toute manière, on ne devient pas chevalier à la cour ! Tout au plus a-t-on droit à la cérémonie de l’adoubement. S’il veut vraiment se réaliser et mériter son titre, le chevalier ne peut le faire qu’en temps « d’aventure ». En cela, il est un moteur de littérature et explore trois éléments essentiels : l’amour (revisité par la poésie des troubadours), les aventures (relatées par les chansons de gestes) et le contact avec le surnaturel (tel qu’on peut le trouver dans les vies de saints).
En effet, le roman breton combine admirablement ces trois ingrédients. Il y a toujours à l’origine, égaré dans la lande, la forêt, la campagne ou sur la falaise, un château isolé dans un monde sauvage. Dès son départ du château (celui du Roi ou celui d’un quelconque seigneur), encouragé par son roi ou sa quête, le héros s’en va représenter un nouvel ordre du monde et éliminer les forces maléfiques ou encore à faire l’expérience d’étranges réalités (mondes enchantés, objets magiques, lumière particulière : par exemple, certains récits font de Gauvain un chevalier solaire qui trouve la plénitude de sa force avant midi. Le Graal est trop souvent assimilé à la coupe du sang sacré mais il est aussi, d’après la tradition celtique, une corne d’abondance fournissant une nourriture intarissable, un objet qui suscite la quête et l’interrogation sur la vie et la mort.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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