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De Baudelaire à Gainsbourg

Publié le par Eric Bertrand

La référence à Baudelaire travaille l’univers de Serge Gainsbourg et notamment les premiers textes (les plus achevés littérairement...) Immédiatement viennent à l’esprit, pour qui connaît un peu l’univers baudelairien, les admirables « Couleur café » ou « Initials BB », dont les musiques et les rythmes soulignent et accentuent le retentissement.

Un jour, au concours de l’Eurovision, on se souvient peut-être aussi de la sensualité d’une certaine Joëlle Ursul, nouvelle mulâtresse, interprète de « White and black blues » écrit par un Gainsbourg Pygmalion. Il y a aussi, dans les premiers albums, une chanson intitulée « Baudelaire » qui reprend le fameux « serpent qui danse ». Tout Baudelaire est dans cette danse des sens, dans cette espèce de disque de la Beauté platine dont le support vinyl était la plus exacte des correspondances.

On trouve, du reste, le mot fameux mot baudelairien de « correspondances » dans l’une des premières chansons de Gainsbourg : « le Poinçonneur des Lilas ». Le texte explore, à sa façon, l’intimité d’un employé de métro assommé par la tâche « des p’tits trous, des p’tits trous, toujours des p’tits trous ». Le seul espace de liberté qui lui reste, c’est, « sous son ciel de faïence », de « voir briller les correspondances ». Cette première charge baudelairienne amorce aussi, dans l’œuvre de Gainsbourg, toute la thématique du voyage et du « scenic railway »...

Dans le contexte déprimant de la réalité quotidienne, le spleen menace de toutes parts. L’Idéal, (le Ciel sous la faïence !), est ailleurs. Au-delà de l’artifice, au-delà de l’Ennui, accessible uniquement par la grâce conjuguée du paradis artificiel et de la sensualité... Il faut réécouter, rien que pour le plaisir, le texte moins connu intitulé « l’alcool ». Le chanteur s’exprime à la place d’un malheureux aux prises avec les tourments de ses illusions. « Mes illusions donnent sur la cour / Des horizons, j’en ai pas lourd / Quand j’ai bossé toute la journée / Il ne me reste plus pour bosser / que les fleurs horribles de ma chambre... ». Notons bien ces « fleurs », pétales sans doute arrachées aux « Fleurs du Mal ». Le texte construit un double itinéraire : celui de la réalité et celui du rêve. « Dans les troquets du faubourg j’ai des ardoises de rêveries (...) et dans les vapeurs de l’alcool, je vois mes châteaux espagnols » L’immonde dans lequel « survit » son personnage cède soudain la place au merveilleux : « J’oublie ma chambre au fond d’la cour / Le train de banlieue au petit jour » : l’alcoolique « au regard morne, aux mains dégueulasses », change soudain de vie, s’évade, se métamorphose.

Dans toute la chanson, le contraste entre les deux vies, les deux silhouettes et les deux horizons reproduit à sa façon les lignes d’un poème en prose du Spleen de Paris intitulé « la Chambre double ». « Une chambre qui ressemble à une rêverie... Sur le lit est couchée l’Idole, la souveraine des rêves » L’unique objectif du poète, allongé dans sa chambre, est également celui d’échapper au sordide et de retrouver le vertige qui le met au contact direct de l’Idéal. « Horreur ! Je me souviens ! Oui, ce taudis, ce séjour de l’éternel ennui (...) Dans ce monde étroit, mais plein de dégoût, un seul objet connu me sourit : la fiole de laudanum ». Le « fumeur d’opium » qu’est aussi Baudelaire ne se grise aux visions de « la souveraine des rêves, la sylphide », qu’à condition qu’il parvienne à vaincre le Temps et le « hideux vieillard » qui est en lui.

Dans ce sens, le personnage de « l’alcool » écrit, à sa façon, « le poème du haschich ». Il est, chez Gainsbourg, cousin de celui qui, dans la chanson « Initials BB », « se morfond dans quelque pub anglais du cœur de Londres ». Par la vertu de « l’eau de Selz », il voit tout à coup émerger au-dessus de son verre, une créature splendide dont les grelots, « les clochettes d’argent de ses poignets » sont liés aux fantasmes baudelairiens des bijoux, de la peau mate et de la senteur. « La très chère était nue et connaissant mon cœur / Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores / Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur / Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures ». La créature du fond du verre a pris les traits de BB en ces années 60 où la star tentatrice du cinéma français donne envie aux créateurs de reparcourir tous les mythes...

Le « parfum exotique » de « l’essence de Guerlain dans les cheveux » enivre le poète et l’amène jusqu’à la légendaire Alméria : « agitant ses grelots / Elle avança / Et prononça ce mot / Almeria ». Chevelure, parfum, bijoux, mouvement, tous les ingrédients de l’extase baudelairienne sont favorisés par les vapeurs de l’eau de Selz. La retentissante entrée en matière de la porteuse de « médailles d’imperator » favorise le départ vers un port de nature à la fois exotique et érotique : limite extrême où le vice et le calcul guident le regard halluciné du buveur vers l’embouchure du haut des cuisses : « jusques en haut des cuisses elle est bottée, et c’est comme un calice à sa beauté »... La comparaison audacieuse, sacrilège, a le mérite de combiner à la fois les sensations olfactives, gustatives, visuelles, et auditives. C’est dans le calice tendu par cette beauté païenne qu’éclôt une véritable « fleur du mal », souveraine et dominatrice, et mettant à genoux ces deux adorateurs de la Beauté éternelle, réunis par la magie de l’Art. « Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur / Ce monde rayonnant de métal et de pierre / Me ravit en extase et j’aime avec fureur / Les choses où le son se mêle à la lumière »

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Gainsbourg et la musique classique

Publié le par Eric Bertrand

La musique classique occupe une place importante dans l'oeuvre de Serge, et de la même façon que les écrivains ont imprégné ses textes, les airs classiques inondent de nombreuses mélodie. Et c'est un bonheur de circuler des uns aux autres. C'est ce que le conservatoire de La Rochelle propose mercredi prochain. J'aurai l'occasion de tenir un stand pour présenter "ma Rue de Verneuil". Le classique y tient également sa place, témoin cet extrait de l'épilogue :
"Elle eut envie de mettre un CD. Brahms, symphonie n°3 en fa majeur... « Baby alone in Babylone ». Elle se leva. Ses jambes en coton... Ambiance veloutée, mélancolique. Se dirigea vers la fenêtre. Un beau clair de lune s’était levé, un clair de lune argenté comme dans les films d’amour ou les contes des mille et une nuits. L’ambulance passa finalement en hurlant sur le boulevard tout proche. « C’est le Sunset Boulevard qui serpente dans le noir »... Un groupe de jeunes filles de son immeuble stationnait en bas. Le timbre de leurs voix grêles montait dans l’air léger. Elles s’amusaient beaucoup, insouciantes, frivoles, un peu éméchées sans doute. Judith pouvait distinguer leurs visages."
Gainsbourg et la musique classique

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Première ce soir !

Publié le par Eric Bertrand

Acte 1 de la pièce ce soir sur la scène de la Maison des Etudiants, dans le cadre du festival MIMESIS...

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L'homme à la tête de chou au festival Mimésis

Publié le par Eric Bertrand

Acte 1 de « l’Homme à la tête de chou et au cœur d’artichaut » mardi prochain dans le cadre du Festival Mimésis... Mise en scène jubilatoire, jeunes comédiens talentueux : ils jouent l’univers de GAINSBOURG...
Des mecs un peu essoufflés, des mecs à la peau « ratatinée », qui tirent le diable par la queue toute la semaine et qui n’ont pour tout horizon que le « KANGOUROU CLUB » où ils viennent rituellement s’encanailler et lâcher leurs maigres économies... Des nanas un peu paumées, mais flamboyantes et jeunes, qui ont trouvé dans ce bar extravagant une sorte de « poche kangourou » où elles osent montrer leurs cuisses et jouer l’intermittence et l’impertinence...
Et puis un soir, miracle, une rencontre choc... Pas de coup de foudre pour les filles, c’est sûr, mais une envie indéterminée et irrésistible... En quelques scènes, il se passe quelque chose entre ces deux groupes qui ne se connaissaient pas, une sorte de jeu qui s’affole, et qui fait que chacun perd la boule... Dans son délire, Sergio (le plus malin des cinq, et le plus cérébral) trouve soudain les mots et « l’idée de génie » ! C’est l’état de grâce, le rêve d’une grande aventure qu’il prétend rendre possible. En deux tirades (celle un peu surréaliste des indigènes et des sarbacanes et celle de Clyde), il se sent d’un seul coup devenir le guide, l’apôtre, le chef de clan illuminé qui les fait tous et toutes rêver. Ils oublient tout, acceptent ce pacte dérisoire passé dans la griserie de l’alcool et de l’excitation sensuelle et parient sur BONNIE AND CLYDE ! La mèche de folie de l’acte 2 est désormais allumée, mais ça, c’est pour une autre fois, les 16 et 17 mai prochains.
L'homme à la tête de chou au festival Mimésis

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Première représentation de « l’Homme à la tête de chou » au Festival Mimésis

Publié le par Eric Bertrand

Avec le printemps, l’ouvrage sur GAINSBOURG « ma rue de Verneuil » prend un second souffle et ce sera d’abord sur la scène de Mimésis, dont voici le programme à La Rochelle à partir du 25 mars prochain.

J’ajoute l’espace du site Morvenn qui récapitule les nombreux endroits où le livre va « vivre ».

http://morvenn-editions.fr/actualites.htm

 Première représentation de « l’Homme à la tête de chou » au Festival Mimésis

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