« Dans la maison », c’est le titre du film et c’est également l’espace étouffant des quelques pièces dans lesquelles se déroule l’action de la rédaction. La famille « Rafa »,
le père, le fils, la mère ... La chambre de Raphaël, le salon, la salle de bain, l’escalier, la chambre des parents dans laquelle se renifle « l’odeur de la femme de la classe moyenne », la capiteuse Esther. L’élève termine le devoir par un énigmatique « à suivre » qui
annonce en effet, par un bel effet de mise en abyme, la suite à la fois du film et de la rédaction.
L’écrivain en herbe a du talent. Il sait créer des ambiances, croquer des personnages, ménager du suspense. Le professeur, disciple de
Flaubert, trouve raisonnable de lui indiquer des astuces afin de rendre progressivement son récit plus palpitant. Comme il l’affirme lui-même, tout lecteur attiré par un livre doit se
sentir « sultan devant Shéhérazade ». Si, dans « les Contes des mille et une
nuits », Shéhérazade n’est pas exécutée comme les autres odalisques, c’est parce qu’elle sait tenir en haleine son auditeur par l’habileté de ses contes. De la même façon, Germain (et le
spectateur) attend avec une impatience coupable la suite de l’histoire. Il subit l’effet de fascination que lui procure cette entrée par
effraction narrative dans le jardin secret des Rafa. Il ne veut pas les connaître, il préfère les imaginer à travers la magie du récit. Sans doute est-il, comme l’élève à la petite gueule de fin
limier, captivé par « l’odeur » sensuelle d’Esther, mère au foyer, un peu délaissée par ses deux hommes.
Germain est un prof de lettres désabusé qui fait sa rentrée sans conviction et encaisse,les
yeux décavés, les discours de pédagogie dans le vent distribués comme des coups de poing par la communauté éducative. « L’élève – l’apprenant - au centre du système », « le port du costume par souci d’égalité au cœur de l’établissement », « la disparition
progressive de la note pour ménager les apprenants »...
Le visage quasi nauséeux, Lucchini incarne ce personnage qui n’attend plus grand-chose non plus de ses élèves. Il vient de lire Schopenhauer pendant les vacances d’été, ce qui n’arrange rien. A
la fin du film, il est assommé par un coup de « Voyage au bout de la nuit » dont l’exemplaire relié fournit une arme idéale à son
agresseur. Quand on connaît un peu les goûts littéraires du lecteur Lucchini, ces détails sont savoureux...
Le rythme des claquettes a scandé nombre de spectacles depuis la création de l’atelier d’expression
artistique breton et le point culminant en était l’expérience menée de front avec le Moulin à Sons à Loudéac autour du « Ponton ». Deux vibrantes mamies, les « beffana sotto le stelle » retrouvaient dans un spectacle de claquettes décalé, l’émoi de leur jeunesse et le fantôme de
l’Américain, danseur de claquettes, dont elles étaient amoureuses...
Il semble que la formule
reprenne autour de la nouvelle adaptation de Kérouac. Après réunion de l’atelier jeudi et la présentation par Jenny de l’intérêt de faire
des claquettes « sur la route », une majorité de comédiens en redemandent. Le groupe va pouvoir fonctionner et se structurer à partir d’une répétition hebdomadaire qui aura lieu le vendredi soir. A partir de là, il restera à intégrer les ballets ou les variations dans le fil de la
pièce.
« Les Nouvelles pour l’été » sont à peine sorties et voici déjà en version numérique double
« le Ponton » en sa version narrative et en sa version théâtrale. Pourquoi ce retour au texte sicilien ? Cela nécessite une explication... Si tout se passe bien, il y aurait
prochainement une version italienne de cette aventure sicilienne...
Tout a commencé par un contact
avec une Palermitaine qui vient de réussir une thèse en littérature française à l’université. Nous avons échangé au sujet d’un auteur sur lequel j’ai travaillé (Olivier Rolin), puis sur Pirandello, puis sur la Sicile et, de fil en aiguille, elle a lu « le Ponton » qu’elle a beaucoup apprécié et qu’elle
voudrait faire connaître aux étudiants. Et pour cela, elle me propose une traduction...
L’éditeur qui cherche
à élargir et internationaliser le concept de la maison Alter est ravi et serait prêt à proposer une version numérique del
« Pontile »... Affaire à suivre.
Comme à l’époque de Jack ou de « l’Homme à la
tête de chou et au cœur d’artichaut », j’ai la chance de travailler cette année avec un metteur en scène (une « metteuse en
scène ») avec laquelle nous sommes sur la même longueur d’ondes. Bonne complicité aussi sur ce projet qui a émergé cet été et pour lequel nous avons eu l’occasion de discuter.
Après quelques séances d’impro
et d’exercices, nous abordons la question de la mise en scène. Le texte étant prêt, les choses vont pouvoir aller vite. L’idée est de varier
nos décors avec un fond de diapos ou un film représentant la route. Nous avons pensé aussi à une série d’images empruntées à Hopper, non que
Hopper, avec ses visions parfois lisses et policées soit en parfaite adéquation avec l’Amérique violente et déjantée de Kérouac mais, au fond, parce que d’une certaine façon, il remet en cause
cet ordre là.
Et pour savourer Hopper, je vous renvoie sur ce site...
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/