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Nolwenn Leroy et la ville engloutie (intégrale)

Publié le par Eric Bertrand

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Sur la romantique côte armoricaine, dans le « Pêcheur d’Islande » de Pierre Loti, la belle Gaud vient à peine d’épouser Yann qu’elle aime depuis plus de trois ans... Mais, du côté de l’Arcouest, tout en haut de la falaise de granit rose, entre Plouha et Bréhat, pas le temps de chanter « Paimpol et sa falaise »... La mer est une maitresse impitoyable qui ne supporte aucune rivale et le bateau de Yann doit repartir au large.

A la Croix des Veuves, on voit souvent, glissant sur le sentier côtier, des femmes vêtues de noir, portant triskels ou pendentifs sacrés. Elles viennent prier pour le repos des âmes perdues en mer. « O, combien de marins, combien de capitaines, qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, dans ce morne horizon se sont évanouis ? »  A moins que ce morne horizon ne leur ait offert une grâce suprême...

Du haut de sa chapelle, à Saint-Cast le Guildo, Sainte Brigitte a, d’après la légende, un jour de tempête, sauvé du naufrage une princesse et ses douze enfants. A la place du bateau, les marins ont vu revenir vers le rivage le curieux équipage d’une cane et de ses douze canetons (vêtus d’un étroit ciré jaune ?) Les Bretons sont pieux et reconnaissants envers ceux qui les protègent. Ils accrochent des ex-voto dans les églises, se lancent dans de longs pèlerinages, chantent dans les pardons et s’adressent à leurs saints... Saint Renan, Saint Corentin, Saint Caradec...

Vêtue comme Gaud à la Croix des Veuves, Nolwenn Leroy est mélancolique et rêveuse quand elle chante « Juste pour me souvenir ». Elle entre dans la chapelle, lève les yeux vers l’ex-voto, se met à danser, époussette la maquette, fait voltiger la dentelle de Quimper. Charmant rituel païen d’une « fille de l’air » qui oppose à l’océan harpie sa belle voix de harpe. Un peu fée, un peu korrigane, elle descend à la plage. Sa longue robe est une voile noire, elle est Iseut et, tout au fond de l’horizon, entr’aperçoit Tristan. Derrière elle, les vieux pêcheurs couvent d’un œil goguenard cette folle jeune femme inconsolable, incapable de se remarier.

Elle passe sans les regarder, « la vraie vie est ailleurs ». Réconciliée avec l’océan, avance vers le flot, baisse les yeux, frissons d’eau sur les noires bottines brodées d’écume. Murmure des sirènes, des voix sous la mer. Sourire en coin, ferme les grands yeux verts couleur de marée, entend peut-être au loin la rumeur de l’antique cité d’Ys. Referme la grande porte de la vie, entrouvre les lèvres rose carmin, perçoit les lueurs dans les flots et l’ironique flux et reflux électrique. Frange d’écume découpant les chevilles, dentelle de Cornouailles froissant le mollet, la mer monte doucement, sournoisement en ce beau soir d’été. Se penche au-dessus du miroir d’eau, laisse son offrande. Sa robe est une grande algue brune, la voile d’un esquif sous-marin. Au fil de l’eau, et malgré la poussière sur les mâts, la frêle goélette dérobée à la chapelle se met désormais à voguer.

Ainsi « aux filles de l’eau » nous embarque, vers cette « Ahès », titre d’une autre chanson que Nolwenn chante en breton dans l’album. Ahès, c’est aussi la légendaire Dahud, fille du roi Gradlon et de la magicienne Malgvenn. Celle qui a précipité sous les flots la rutilante cité d’Ys, qui ne peut plus revenir en arrière, et qui disparaît au milieu des rues illuminées et des bâtiments de marbre. Si la goélette s’avance suffisamment dans la nuit noire de la mer, sa voile tremblera peut-être de sentir sous la coque s’allumer encore les lumières fantastiques de la ville engloutie. 

 

 

 

 

 

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Nolwenn Leroy et la ville engloutie (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

Vêtue comme Gaud à la Croix des Veuves, Nolwenn Leroy est mélancolique et rêveuse quand elle chante « Juste pour me souvenir ». Elle entre dans la chapelle, lève les yeux vers l’ex-voto, se met à danser, époussette la maquette, fait voltiger la dentelle de Quimper. Charmant rituel païen d’une « fille de l’air » qui oppose à l’océan harpie sa belle voix de harpe. Un peu fée, un peu korrigane, elle descend à la plage. Sa longue robe est une voile noire, elle est Iseut et, tout au fond de l’horizon, entr’aperçoit Tristan. Derrière elle, les vieux pêcheurs couvent d’un œil goguenard cette folle jeune femme inconsolable, incapable de se remarier.

Elle passe sans les regarder, « la vraie vie est ailleurs ». Réconciliée avec l’océan, avance vers le flot, baisse les yeux, frissons d’eau sur les noires bottines brodées d’écume. Murmure des sirènes, des voix sous la mer. Sourire en coin, ferme les grands yeux verts couleur de marée, entend peut-être au loin la rumeur de l’antique cité d’Ys. Referme la grande porte de la vie, entrouvre les lèvres rose carmin, perçoit les lueurs dans les flots et l’ironique flux et reflux électrique. Frange d’écume découpant les chevilles, dentelle de Cornouailles froissant le mollet, la mer monte doucement, sournoisement en ce beau soir d’été. Se penche au-dessus du miroir d’eau, laisse son offrande. Sa robe est une grande algue brune, la voile d’un esquif sous-marin. Au fil de l’eau, et malgré la poussière sur les mâts, la frêle goélette dérobée à la chapelle se met désormais à voguer.

Ainsi « aux filles de l’eau » nous embarque, vers cette « Ahès », titre d’une autre chanson que Nolwenn chante en breton dans l’album. Ahès, c’est aussi la légendaire Dahud, fille du roi Gradlon et de la magicienne Malgvenn. Celle qui a précipité sous les flots la rutilante cité d’Ys, qui ne peut plus revenir en arrière, et qui disparaît au milieu des rues illuminées et des bâtiments de marbre. Si la goélette s’avance suffisamment dans la nuit noire de la mer, sa voile tremblera peut-être de sentir sous la coque s’allumer encore les lumières fantastiques de la ville engloutie. 

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Nolwenn Leroy et les vieux pêcheurs d’Islande (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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Sur la romantique côte armoricaine, dans le « Pêcheur d’Islande » de Pierre Loti, la belle Gaud vient à peine d’épouser Yann qu’elle aime depuis plus de trois ans... Mais, du côté de l’Arcouest, tout en haut de la falaise de granit rose, entre Plouha et Bréhat, pas le temps de chanter « Paimpol et sa falaise »... La mer est une maitresse impitoyable qui ne supporte aucune rivale et le bateau de Yann doit repartir au large.

A la Croix des Veuves, on voit souvent, glissant sur le sentier côtier, des femmes vêtues de noir, portant triskels ou pendentifs sacrés. Elles viennent prier pour le repos des âmes perdues en mer. « O, combien de marins, combien de capitaines, qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, dans ce morne horizon se sont évanouis ? »  A moins que ce morne horizon ne leur ait offert une grâce suprême...

Du haut de sa chapelle, à Saint-Cast le Guildo, Sainte Brigitte a, d’après la légende, un jour de tempête, sauvé du naufrage une princesse et ses douze enfants. A la place du bateau, les marins ont vu revenir vers le rivage le curieux équipage d’une cane et de ses douze canetons (vêtus d’un étroit ciré jaune ?) Les Bretons sont pieux et reconnaissants envers ceux qui les protègent. Ils accrochent des ex-voto dans les églises, se lancent dans de longs pèlerinages, chantent dans les pardons et s’adressent à leurs saints... Saint Renan, Saint Corentin, Saint Caradec...(A suivre)

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“l’Homme qui rit” : le film de Jean-Pierre Améris...Gwynplaine and the wonderland

Publié le par Eric Bertrand

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Le générique s’achève et la caméra plonge l’œil du spectateur vers le bas de la falaise. Tempête. Des hommes pressés embarquent. Abandonnent sur le rivage l’enfant désarmé dont les empreintes se marquent sur le champ de neige qu’il traverse... En écho à ces premières images, à la fin du film, on retrouve les empreintes de Gwynplaine dans la boue. Le chemin mène au fleuve. Comme au début, il rejoint Déa non plus dans la neige mais dans la mort, après la tempête de la vie...

Les images de Jean-Pierre Améris sont soignées, appliquées, esthétiques. Elles visent à restituer par la voie cinématographique quelques-uns des plus forts épisodes de « l’Homme qui rit », roman tourmenté, baroque, dont les 750 pages tremblent d’un romantisme aussi échevelé que le vieux druide de Guernesey.

Gwynplaine, à ce moment enfant spirituel de Jean Valjean et de Monseigneur Myriel, s’arrête au pied d’un crucifix. Images à la Vélasquez pour suggérer la souffrance humaine.  Images à la Rembrandt pour descendre au fond de l’intimité de la cahute « green-box », cellule saltimbanque, pour cerner, comprendre, approfondir le visage débonnaire (quelque peu empâté par rapport au modèle initial) du philosophe Ursus (Gérard Depardieu).

Dans un décor hallucinant où se pressent les monstres et les grotesques, sous le kaléiodoscope que fait tournoyer la caméra de Jean-Pierre Améris, le lecteur retrouve à la fois les images du roman et celles des grands films qui ont marqué un certain cinéma influencé par « l’Homme qui rit ». Films de Burton, de Carpenter, silhouettes des malheureux monstres de « Freaks », du Joker, d’« Edward aux mains d’argent », dessins à l’encre réalisés à ses heures perdues ( !) par l’exilé de Guernesey, pendu, château gothique du bord du Rhin, fragments de discours métaphorique, antithétique... tout Hugo au fond d’un encrier : « Gwynplaine, le monstre que tu es au dehors, je le suis au-dedans », « le paradis des riches est fait de l’enfer des pauvres ».

Car au fond, qu’y a-t-il de l’autre côté de ce masque trop net, collé sur le beau visage de Gwynplaine ? Qui se cache derrière la ridicule poupée poudrée que, du jour au lendemain, on a habillée en lord au Pays des Merveilles ? Une figure fracassée par une double identité... Un spectre fantasque tourmenté par son origine... Une « force qui va », qui hante  et qui travaille le souvenir et l’imagination inquiète d’un réalisateur ébloui.

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Rencontre au lycée avec Jean-Pierre Améris et Jean-Marc Grondin : le masque de « l’Homme qui rit » et le miroir sans teint

Publié le par Eric Bertrand

 

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Mardi 10 décembre, aux environs de 15h00, une soixantaine d’élèves ont rencontré comme prévu une partie de l’équipe du film de Jean-Pierre Améris présenté en avant-première le soir même au CGR Dragon de la Rochelle. Voici un petit bilan de la rencontre puis une approche du film.

 

Marqué par « l’Homme qui rit » qu’il a vu à dix ans dans une version télé, Jean-Pierre Améris, est habité par l’univers fantasmagorique de Hugo. A 15 ans, il a lu le roman et depuis, Gwynplaine ne l’a plus quitté... Avec une générosité de détails, le réalisateur s’adresse avec aisance à ses spectateurs. Il confie que l’idée de tourner « l’Homme qui rit » l’a habité pendant des années avant de pouvoir réaliser son projet. L’essentiel était de « tenir le cap » et de « tailler un scénario » dans « le granit » de cette œuvre magistrale, épaisse d’environ 750 pages...

Résultat : un film d’une heure trente, « léger, fluide » comme en témoigne Marc-André Grondin qui incarne Gwynplaine et qui est venu lui aussi parler aux lycéens. Pas facile de « porter le masque » de « l’Homme qui rit », de s’habituer à l’expression douloureuse et mécanique du rictus, à la torsion des prothèses enfoncées dans la bouche, d’éprouver l’embarras de ce visage qu’il faut « installer » pendant trois heures en loge et assumer toute une journée !

Car, comme le rappelle Jean-Pierre Améris, outre sa dimension politique et onirique, « l’Homme qui rit » est avant tout une œuvre visuelle et spectaculaire... Elle donne à voir le visage mutilé de Gwynplaine. Et si, malgré sa mutilation, Gwynplaine était beau ? D’une beauté plastique d’aristocrate défiguré, jeté en pâture aux chiens de la mer ? D’une beauté fendue par cette sorte de demi-masque ambigu de la commedia ou de la tragédie antique. Aux yeux du réalisateur, son Gwynplaine tient davantage du Joker que d’Elephant Man... Ce qui ne l’empêche pas de rester avant tout un héros profondément hugolien, marqué par la surface plane et énigmatique comme un miroir sans teint auquel le visage de Gwynplaine nous renvoie tous.

 

 

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