Au retour du salon, sous une pluie battante et des bourrasques de vent, je réécoutais l’album sorti en 73, celui qui
porte le titre « ça fait pleurer le bon dieu ». J’avais volontairement évacué à l’époque où j’écrivais le livre, les disques sortis après 73, mais deux chansons de cet
album m’ont paru à ce point apporter « une suite » à deux thématiques majeures que je ne résiste pas à les évoquer aujourd’hui et demain.
On se souvient peut-être que, pour anticiper et « expliquer » l’effet « Ivanovitch »
dans mon enfance, je remonte à mes lectures et notamment à celle de « L’Homme qui rit » que j’avais lu très tôt dans une version illustrée. « L’Homme qui rit », à dix
ans, c’est surtout la neige et la figure du monstre. On trouve la figure du monstre de foire dans cette chanson étrange qu’est « Bec de lièvre ».
Son visage de confection
Est sans mesure et sans finition,
Il est loin d’être distingué
Comme un chien qu’on oublié de noyer…
« Des jours entiers à t’aimer »
Je signalais dans un récent article la part que tiennent les femmes dans l’ouvrage et
la permanence du thème dans les chansons de Julien Clerc. Cette évidence m’a saisi à la relecture de « Pour y voir Clerc ». Dès le début, à travers l’évocation des
belles Italiennes par le fameux grand-père, figure phare des « Nouvelles pour l’été », les jolies stagiaires dans le magazin de disques qui renvoient
au narrateur son image d’adolescent boutonneux, la belle repasseuse qui réveille à treize ans le trouble du désir, la ravissante Odile, jeune femme libérée,
la petite Eurasienne, première figure ineffable du collège retrouvée deux ans plus tard sur une plage de l’Ile de Ré, premier amour platonique, la mère et la
grand-mère, figures idéalisées, la princesse de la légende bretonne de la ville d’Ys, avec sa beauté de statue et le parfum de scandale…


« Femmes, je vous aime » (1/2)
On se souvient peut-être de ce titre un peu kitch de la chanson de Julien (dans
les années 80) et je suis surpris, à la relecture, de la place que tient l’éveil à l’amour dans « Pour y voir Clerc ». Julien Clerc passe en effet souvent pour un
chanteur de charme qui met en mélodie des hommages aux femmes.
Ma découverte de Julien se produit pendant l’adolescence
et il est intéressant de prendre le récit à partir du fil amoureux. Il y a cela dans le livre… comment, par le biais des chansons de Julien Clerc, j’en suis venu à aimer les femmes moi qui les
rejetais « en bloc » à treize ans. Le texte dit le complexe, le rejet, le désir, la fascination-répulsion, l’idéalisation enfin…
Salon du livre et marketing (2/2)
Il y a dans les Salons une forte tendance au marketing… Certains sont devenus
professionnels en la matière. Ils profitent de cette flânerie du week-end qui mène les pas de certains lecteurs potentiels dans les salons pour les intercepter, un peu comme ces
« intercepteurs » qui vous abordent dans les rues des grandes villes au moment où vous vous y attendez le moins…
La technique est celle du démarchage. Ils dessinent un périmètre autour de leur stand, vont,
viennent, interpellent et finissent par lancer leur discours. Toujours le même. Le but est de porter l’estocade. Beaucoup de victimes cèdent avant.
Cela me rappelle un salon (celui de La Plagne) : j’étais installé à côté d’un commercial qui
venait de sortir sont premier bouquin. Une seule méthode vaut, m’avait-il dit : expliquer aux gens que le livre qu’ils ont sous la main est précisément l’objet qu’il leur faut et dont ils ne
peuvent se passer… Mais je ne sais toujours pas faire comme ça !
« Mattanza » et Salon du livre (1/2)
Avant de reprendre la réflexion autour de Julien Clerc, un retour sur la réalité des salons du livre. Celui de
Saint Jean d’Angély était assez animé et m’a donné l’occasion de discuter un peu avec Philippe Delerm, invité vedette. Mais je souhaite revenir un peu sur cette ambiance si particulière à ce
genre d’événement.
« Journée de pluie, les gens restent chez eux !... Journée ensoleillée, les gens vont sur la plage !... » Je
commence à connaître l’ambiance teintée d’inquiétude et de fébrilité qui règne généralement dans les débuts de salons du Livre. Les exposants, surtout les éditeurs, (les
auteurs, beaucoup moins !) tournent les mains dans le dos ou dans les poches afin de « rabattre le client ». Quand il n’y a presque personne, ça renforce
l’impression du vide. La mer est basse, les mares sont sèches et les poissons sont au large !
Puis le parquet se met à résonner, les gens arrivent, par bans entiers, le niveau sonore s’amplifie. Comme pour une
« mattanza sicilienne » où il s’agit d’abattre les thons enfermés dans une grande nasse, les plus entreprenants agitent le gourdin de leurs idées parquées dans
l’enceinte de leurs livres brandis.
Cela crée une rumeur particulière, la rumeur de salon du livre qui s’apaise au moment où un lecteur accoste de lui-même au
stand et commence à vous entretenir du sens d’un de vos livres. Alors il ne s’agit plus de mattanza mais de pêche à la perle.