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Recherche poulet désespérément

Publié le par Bertrand

              Dans les petites anecdotes qui accompagnent la préparation d'un spectacle, il y a la recherche des accessoires. Les accessoires sont très utiles aux comédiens. Quand on travaille avec de jeunes comédiens, ils rendent de précieux service. Ils donnent une contenance, ils fournissent l'occasion de jeux de scène et donnent une énergie préhensible… et pour le public, c’est de l’ordre du visuel !
              C'est moins dans le souci d'occuper les personnages concernés qui sont suffisamment à l'aise que dans l'idée de ménager un jeu de scène savoureux, suscité d'une certaine façon par le délire du texte, que nous est venue l'idée du poulet.
              Dans leur délire verbal, les sorcières, encore elles, évoquent par jeu et par moquerie, le couple romantique que formaient, dans le passé, John Sinclair et Fiona, et aussi dans le présent, Max et Heather. La scène se passe dans le pub du Black Cat, la pièce n’a pas encore commencé et les sorcières « s’échauffent » :
« …Lou :Nos marmites se remplissent de poulets rôtis, de cuisses de grenouilles et de crapauds à l’étouffée !(…)
Lou : Silence !... Le thème de la pièce, c’est John Sinclair, John Sinclair est cuit ! Vous vous souvenez ?
Diana : Oui, c’est vrai, John Sinclair est cuit !
Suzy :John Sinclair est cuit !
Lou : Rôti comme un pigeon !
Suzy :Il a voulu voler de ses propres ailes !
Diana :Il s’est cassé le bec !
Suzy :Sa pigeonne aussi… Et elle a froid dans sa volière !
Lou :Nous sommes au courant des courants d’air !(…)
              Lou a sorti une marmite à confiture. Elle touille tout en causant avec ses comparses une immonde mixture. C'est alors qu'elle exhume le fameux poulet, lequel va voltiger entre les sorcières ! En ces temps où l’on parle beaucoup de grippe aviaire, cette migration effrénée du poulet peut être d’un effet cathartique (on se libère d’une angoisse), en tout cas désopilant !
« Lou :Les tourbillons sont affamés. Le gouffre noir exhibe son nombril !
Diana : Les tentacules remontent du fond des abysses et des monstres énormes bavent dans l’écume !
Suzy :Les vieux massifs d’Ecosse se soulèvent et crachent des jets de vapeur pestilentielle. Les créatures affolées errent de tous côtés. »
On n’est pas loin du chaos et on peut lire entre les lignes !
              D’autant qu’on retrouve le poulet contaminé (issu de la mixture des sorcières) un peu plus tard, au moment de la scène terrible où Georges offre à son frère le rituel « morceau de viande salée » !... Ainsi, le passage cité qui précède ce dernier, outre sa fonction comique, apparaît comme une mise en abîme de la scène venir. Le poulet offre en effet au spectateur, piteux d’avoir sans doute bien ri, une image dérisoire du Destin !
              Mais il a bien fallu le trouver ce poulet ! Ce week-end, à Nantes, nous avons oublié de chercher dans un magasin de farces et attrapes… Mais ce matin, en surfant sur Internet, Jenny a trouvé, dans le rayon de la nourriture pour chiens, un magnifique poulet en latex,50 cm au garrot !

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Les potentialités d'une actrice

Publié le par Bertrand

Léonor me l’a dit plusieurs fois, elle ne parvient pas à intégrer dans son jeu le motif de la danse écossaise dont j'ai déjà parlé au sujet de son entrée en scène. L'idée me semblait pourtant intéressante parce que j'y voyais notamment, pour le personnage, l'occasion de manifester sa joie en retrouvant les gestes de son enfance au pays. (Voir la photo de Highland dance telle qu’on la pratique dés les petites classes)
              Je lui ai demandé de ne plus y penser et d'essayer autre chose. Il est ridicule, quand on est metteur en scène, de chercher à imposer un type de jeu à un comédien ou une comédienne. Surtout quand on travaille avec des lycéens. Au contraire, plutôt que d'imposer une certaine idée du personnage (projet d’autant plus difficile à tenir que, dans cet atelier où je suis à la fois auteur et metteur en scène, je suis confronté à une sorte de schizophrénie !)… Mais j’en suis convaincu, mieux vaut laisser la comédienne lui donner sa chair.
              C'est justement l'un des plaisirs de la mise en scène : observer un être humain, sentir ce dont il est capable et l'amener, par une espèce d'alchimie, à ses limites extrêmes. Ne pas forcer, mais conduire. Quel beau projet, et on y arrive seulement à condition d’un travail intense d’écoute, de regard, de sympathie (au sens anglais : « to be in sympathy with »…) C’est dans ce sens aussi que le metteur en scène fait partie de la troupe. Quand il travaille avec l’un ou l’autre de ses comédiens, il n’en finit jamais de dessiner les contours…
              La figure que travaillait Pygmalion était de cire. C'est avec cette cire là qu'il a fait Galatée.
A propos de Fiona dans Ackergill Tower, un bel exemple de “reconversion” d’un ancien bâtiment devenu résidence de luxe ! Ce manoir cultive-t-il encore la légende de sa « green Lady » ? Il faudra que j’aille y refaire un tour en avril prochain ! (plus rien à voir avec le château que j’ai connu ! Je parlerai de ma première visite à Ackergill prochainement !
 
 
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Répétition du 8.02 : acte 2

Publié le par Bertrand

Elle s’est tenue au Moulin à Sons, sans Françoise ni Julie, occupée à réviser pour le bac blanc. On a donc axé sur la deuxième partie du texte, celle pendant laquelle Rebecca est censée être en coulisses. L’occasion de travailler le détail de cet acte au cours duquel se déchaîne la violence.
              Violence des discours, violence de John Sinclair, ombrageux amant enfermé dans le cachot, violence de Georges, frère vicieux et corrompu, parfait élève de Machiavel : « Quand on veut le pouvoir, on avance masqué », violence sadique du Master, ivre de son pouvoir et de ses ambitions, violence des sorcières qui sentent venir le moment de la curée, violence de Fiona, enragée par l’enfermement et le gâchis de ses belles ambitions…
              Ce déchaînement de violence est visible et audible sur la scène, cris, gestes, accessoires : la canne du Master avec laquelle il défie le fils maudit, la bouteille de whisky qui permet aux deux frères ennemis de s’entretuer et aux sorcières de se disputer mesquinement, le couteau laissé sur la scène par Rebecca… Les discours sont ponctués de signes de cette violence, hurlements, halètements, gestes de défi… l’occasion de rappeler aux comédiens la nécessité du silence et de la mesure de la passion ou de la rage à extérioriser.
              Proposition de costume pour Léonor : une robe rouge, décolletée qu’elle porte désormais pour incarner Fiona. Cela permet de mieux la distinguer de son personnage de Heather et souligne la noblesse de son tempérament. Il faudra ajouter un chemisier blanc, vaporeux, pour effacer la chair, spiritualiser la silhouette.
              A noter, nous avions un visiteur : Fabien, ex acteur de la troupe il y a deux ans. Il a joué dans L’Homme à la tête de chou et au cœur d’artichaut, il était Max (et c’est en clin d’oeil à Max que j’ai choisi le nom du personnage qu’incarne Matthieu) et dans Loft History 2084, il était l’homme du futur, nommé Béta, en référence à la société du futur imaginée par Aldous Huxley dans le Meilleur des mondes. Comme il le constate lui-même, les choses ont changé depuis car il garde en mémoire le ton parodique et joyeux du Loft et la référence à un univers télévisé… alors que là ! …
              NB : la semaine prochaine, même endroit, même heure, même acte. Mot d’ordre : savoir le texte ! On prévoit également une répétition le samedi des vacances (18.02) entre 13h30 et 15h30, au Moulin à Sons : sont concernées seulement les trois sorcières claquettistes...
FH000014.JPG"Il est toujours dangereux de se promener le soir, du côté de la Baie des Sinclair"

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les formules à double tranchant

Publié le par Bertrand

            Le machiavélisme de la sorcière... Je cite quelques-unes de ces formules ambiguës : au début, par exemple, elle invite les deux autres à retourner à l’hôtel : plutôt que de perdre notre temps, retournons travailler nos personnages à l’hôtel . Ici, il faut plutôt comprendre qu’elle est agacée, fébrile, qu’elle cherche à savoir si tout est prêt, à s'assurer en tout cas auprès de Sheumas (que les deux autres, d'humeur plus taquine, ont simplement envie d’embêter). Au début de l’acte deux, quand elle attend l’arrivée du reste de la troupe, elle n’en peut plus d’impatience : je me sens nerveuse… je vais le chauffer votre ceilidh… un masque de carnaval sur le visage, et la danse brésilienne qui me remonte l’échine de la mémoire… Cette dernière expression n’est pas seulement une figure de style, c’est l’évidence du dénouement : le départ vers le Brésil aux côtés de son amant. Citons d’autres exemples : il va se passer quelque chose…et quand elle dialogue avec les esprits : prend mes bras, ce qui annonce le couteau contre Rebecca (en cela, elle semble elle aussi être consciente de la faiblesse de Ronald et, comme Rebecca, vouloir offrir "son bras" pour lui donner la force de l’acte…. La scène où elle fait tourner les verres avec les autres constitue d’ailleurs pour elle une répétition du crime qu’elle mijote. Quand elle taquine Heather, qu’elle trouve trop maquillée et qu’elle invite à aller se laver les mains, peut-être redoute-t-elle quelque chose comme le remords qui tenaille Lady Macbeth après le meurtre de Duncan.... Quand elle s’écrie à la fin de la scène, un verre c’est comme un acteur, il faut bien qu’il retourne à sa vraie fonction ! C’est à elle qu’elle pense : tout ce carnaval auquel elle se livre n’a qu’un but, la réalisation du plan qu’elle a prévu avec ses complices. Quand le dénouement approche, le texte qu’elle dit semble encore davantage lui offrir l’occasion d’une répétition, d’une conjuration du sang qu’elle va faire couler : tu cherchais des idées pour faire couler le sang, Georges ? Et quand elle lance ce curieux aphorisme : tout comme la femelle a besoin du mâle pour copuler, la sorcière a besoin de l’homme pour briller elle manifeste à la fois une ambition et une inquiétante libido à venir. C’est aussi la raison pour laquelle je lui ai donné cette origine brésilienne et ce goût pour le carnaval et le masque, auxquels elle fait à plusieurs reprises mention. Ne confie-t-elle pas à Ronald, à la fin de la pièce, nous pouvons maintenant nous aimer à visage découvert.
              Les spectateurs perspicaces disposent d’autres signes pour percer à jour ce personnage. Le ton de la voix, certaines mimiques, le motif du couteau (image très hitchcockienne !)… peuvent être interprétés dans ce sens. La mise en scène et la comédienne trouveront sans doute, sur ce thème, d’autres ressources à exploiter…

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 Right in the moorland ...

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Le double langage de la sorcière

Publié le par Bertrand

              Dans la pièce de Shakespeare, les sorcières incarnent les figures du Destin. À la manière du chœur antique des tragédies grecques, elles chantent l’avenir et savent tout. Comme elles ne sont pas complexées (c’est le moins qu’on puisse dire !), elles le disent haut et fort. Cependant, leur fonction est complexe.
              Elles incitent Macbeth à devenir roi, mais elles y parviennent grâce à l’intervention de l’ambition démesurée de lady Macbeth. En d’autres termes, la sanglante épouse met un couteau dans la main de son mari pour aider le destin. Et les sorcières se font spectatrices. Elles se mettent au premier rang et jouent un peu le rôle de la claque ! Elles assistent avec avidité à ce spectacle qu’elles ont suscité. Elles augmentent le fameux effet de catharsis !
              Elles sont plus démonstratives que le spectateur. Elles dégoulinent, elles jubilent, et cette jubilation est affaire de langage. Par la suite, elles retrouvent Macbeth et lui tiennent des propos cryptés : par exemple à propos de la forêt qui marche : tant que les arbres de la forêt de Dunsinane ne marcheront pas, tu ne craindras rien, Macbeth ! Avant d’être effectivement confronté à cette réalité impossible qui est surtout feinte et faux-semblant du langage, Macbeth ne comprend pas et se fie sinon à la folie des sorcières du moins à leur incompétence…
              De la même façon, j’ai voulu faire de la sorcière Lou, incarnée par Jennifer, un personnage masqué. C’est la seule des trois qui connaisse le projet de Ronald. Quand ses deux comparses se laissent aller à un « innocent » délire verbal, elle semble se prêter au même jeu, mais en même temps, elle pratique un double langage : elle pérore, elle prévoit, elle annonce ce qui va se passer… Tout ce qu’elle fait et dit doit alors être passé au crible… Je propose demain de revisiter quelques endroits du texte pour arborer le couteau qu’elle cache et expliciter ce langage à double tranchant qu’elle manie avec machiavélisme !
 
La tour d'Ackergill, que hante la green lady.HPIM0800.JPG

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