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le clan des Sinclair s'invite au ceilidh

Publié le par Bertrand

              J’ai bien évidemment gardé des contacts avec beaucoup de mes anciens amis d’Ecosse.

              À l'occasion de la nouvelle année, j'ai par exemple envoyé un livre à Rena qui parle couramment le français et qui habite Wick. C'est une dame qui m'a beaucoup aidé lors de mon séjour là-bas. Notamment parce qu'elle savait que j'aimais beaucoup la nature (c'est elle qui m'a fourni mon premier vélo écossais), parce qu'elle savait aussi que je m'intéressais aux histoires et légendes locales et que je cherchais à rencontrer des gens qui puissent m’en parler. Bref, je tenais à lui offrir « le Ceilidh ».

              Or voilà qu’hier, je reçois une lettre de sa part m'indiquant que le clan Sinclair était intéressé par le projet et me proposait d'en faire une présentation élargie qui paraîtra dans le bulletin biannuel des Sinclair dont les branches sont réparties un peu partout dans le monde. En gros, la secrétaire du clan Sinclair me demande de rédiger un article dans lequel je vais relater les premiers contacts avec le Caithness et les raisons pour lesquelles je suis venu à écrire sur ces deux châteaux si chers au coeur des Sinclair.

              Ma réponse vient de partir ce matin pour le Caithness. J’y ai donc joint cette fameuse présentation. Je la mets en ligne demain, en même temps qu’un exemplaire de la lettre des Sinclair.

              C'est pour moi une immense reconnaissance. Le touchant retour de tout l'investissement affectif que j'ai mis d'abord dans mon « aventure » au château, puis dans l'oeuvre elle-même…

              Je voyage en auto-stop aux États-Unis, je vis des aventures et des mésaventures incroyables. Je rentre en France, j'écris la route, la poussière, le sable. Un jour, je crée l'atelier d'expression artistique, je fais écrire les élèves sur Kérouac et je retrouve, par les planches, la route. Trois ans plus tard, j'écris le Tennessee club, et encore, sur les planches, je retrouve les grands déserts d'Arizona, d’Utah, de Californie, du Texas.

              J'habite à Wick, je me découvre une passion pour les châteaux, les légendes, le cadre romantique de l’Écosse sauvage… Un beau jour, j'écris le Ceilidh et ce livre me permet non seulement de le mettre sur les planches mais aussi de revenir sur les lieux d'inspiration à la rencontre de ceux qui emportent histoires.

              Ce genre d'extension de la vie à l'oeuvre et de l'oeuvre la vie est l'un des aspects qui me fascinent le plus dans l’aventure littéraire.

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Have "a ceilidh" by friends in Sutherland...

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Répétition dans l'intimité

Publié le par Bertrand

Un travail de proximité avec deux de nos acteurs et c’est très intéressant. On obtient un niveau de concentration et de coopération absolues. Julie et Selouane sont les premiers sur la sellette, mercredi prochain, ce sera le tour d’abord de Matthieu et Léonor puis de Ronan. On travaillera avec Angeline et les trois sorcières la fois suivante, puisqu’une répétition collective est programmée le jeudi 2 au soir.

Scène 4, acte 1.

Essentiellement cette scène….

Elle dévoile au spectateur les deux personnages phares de cette pièce. Ronald et Rebecca. Elle déclenche véritablement le processus tragique et son importance est capitale. Les comédiens doivent jouer sur une palette très variée de sentiments divers.

Au début, Rebecca est en crise, sur le point de se jeter dans le vide, fascinée à la fois par le cadre tragique et par l’exaltation de son personnage. Elle est furieuse, jalouse, elle en veut à mort à Ronald. Cette hargne renforce son orgueil. Elle se donne à voir au public.

A la fin, pourtant, elle est retombée dans le piège de Ronald qui a, plus que jamais, besoin d’elle. Il tente de s’expliquer, lâche de petites caresses, la flatte, tombe à ses genoux, la met sur un piédestal… Et elle cède, petit à petit, elle cède. Se cabre. Discute. Se laisse caresser les cheveux. L’écoute. Lui sourit. Redevient elle-même. Alors elle lui insuffle son énergie. Et là, il a ce qu’il voulait… Elle est dans sa possession. Elle s’exalte, rêve de voyage romantique, trépigne.

Et Ronald triomphe. Après avoir commis quelques erreurs, coins du masque qu’il a relevés malgré lui (tu es un objet, je me sers de toi, je ne t’aime pas toi, en tant que femme mais en tant qu’actrice…) il reprend la main, scelle un pacte de sang avec elle (moment comique qui souligne la différence entre la détermination rageuse de Rebecca et la veulerie de Ronald : il recule devant « la saignée » : cela risque de lui faire mal, de le tâcher !).

Pour accentuer sa prise de pouvoir à la fin de la scène l’idée du jambé est retenue : le Moulin à Sons nous en prête un à 14h00 : Sélouane essaie un rythme lancinant, percussions avant, pendant et après le discours de Lady Macbeth… Cela a pour effet d’animer Rebecca, de lui donner cet essoufflement, ce tremblement et, finalement, toute son intensité tragique. Sélouane apprécie ce jeu, il suggère même très pertinemment de dire le texte en même temps, genre mélopée. On essaiera cela la prochaine fois..
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Have a "ceilidh" by friends in Sutherland !

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Lady Macbeth à coups de jambé

Publié le par Bertrand

         Jouer le tragique… Incarner une héroïne tragique à la dimension de Lady Macbeth… C’est le souci du moment et Julie s’y livre avec beaucoup d’application et de talent mais il reste un long chemin à parcourir et je suis sûr qu’elle va y arriver.

Cette question du rapport entre le personnage et l’actrice qui l’incarne était déjà dans la pensée même du personnage de Ronald Mac Donald lorsqu’il flatte Rebecca à la scène 4 de l’acte 1 : 

 

Ecoute-moi ! Lorsque j’ai monté Macbeth, si je t’ai choisie, toi, plutôt que Heather, Lou, Suzy ou Diana, c’est parce que, dés la première audition, j’ai compris que tu étais une actrice exceptionnelle !... Est-ce que tu comprends ça ? Quand je t’ai vue jouer Lady Macbeth, comment te le dire, j’ai deviné autre chose en toi ! Quelque chose qui me fascine…         Pour donner la mesure du tragique, il faut en effet que la comédienne devienne une espèce de génie du lieu. « Cet endroit saigne la vérité brute » dit Ronald. Comment y parvenir ? C’est aussi l’objet de cet atelier de théâtre. Monter une tragédie n’est pas simple et le défi nécessite des efforts permanents des deux côtés. 

 

 

         Montrer une version de Macbeth aux élèves, nous y songeons de plus en plus avec Liliane, une version ou du moins un extrait… Nous disposons à l’heure actuelle de deux versions : celle d’Orson Welles et celle de la Royal Shakespeare Company. Très prochainement, nous les programmons. 

 

         Et puis il y a cette idée qui m’est venue pendant la nuit : au moment où Rebecca « rentre en transe » et dit le texte de Lady Macbeth, Ronald pourrait jouer du jambé, non pour accompagner la voix mais pour « anticiper » les « démons » qu’invoque le personnage. Cela favoriserait cette furie dont a besoin Julie et cela créerait une ligne de démarcation entre le personnage de Rebecca qui crie son amour à Ronald et le personnage de Lady Macbeth… Le rythme du jambé pourrait faire battre la pulsation du texte dans le corps de la comédienne et lui permettrait ensuite de s’embraser…

 

 

« Je me défie de ta nature, Macbeth ! Elle est trop pleine du lait de la tendresse humaine pour que tu saisisses le plus court chemin. Tu as de l’ambition et tu n’as pas la cruauté qui devrait l’accompagner ! Venez, venez, esprits qui assistez les pensées meurtrières ! Débarrassez-moi de mon sexe ! Et de la tête aux pieds, remplissez-moi toute de la plus atroce cruauté ! Epaississez mon sang et fermez en moi tout accès à la pitié ! Venez à mes seins de femme prendre mon lait changé en fiel, vous, ministres du meurtre ! Que mon couteau aigu ne voie pas la blessure qu’il va faire ! »

 

  Highlands of Scotland...

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Le vertige du Palais des Congrès

Publié le par Bertrand

Première répétition au Palais des Congrès aujourd’hui : il y en aura trois. C’est l’entrée dans « le Temple » : le lieu de la réalisation définitive de la pièce. Il y a toujours une certaine émotion à monter sur ces planches là et à sentir la présence de ces 725 places assises, qui veillent… Dans le Tennessee Club, Thelma, cette nostalgique du Ziegfeld Follies nous livrait ainsi ses impressions : 

 

« Je m’avancerai devant le public, comme ça… (Elle suspend son jeu, se met à rêver, s’approche de l’avant-scène…) Il est là, il ouvre la bouche, il s’attend à tout. Je me donne le luxe de quelques secondes de silence. Le temps est suspendu, les yeux sont grands ouverts, quelques sourires attendris sur les lèvres bienveillantes, un chuchotement ou deux à des oreilles attentives, les coudes qui se frôlent, la toux masquée d’un spectateur, un regard collectif… Je m’avance vers l’avant scène… « Se décidera-t-elle enfin à parler ou à dire quelque chose ?…» La musique s’élève, une musique troublante, la chorégraphie imaginée par Miranda et Sissy, je trouve ma place dans le ballet, les claquettes se mettent à résonner sur le parquet, la porte du « Ziegfeld Follies » vient de s’entrouvrir… »
Eric Bertrand, Le Tennessee club (Aléas, 2003)

Mais pour l’instant, le lieu est vide, froid, sans la chaleur des projecteurs, sans aucun décor. La salle est vaste, sans rideaux, profonde, les comédiens s’y égarent. Rien à voir avec la magie d’un soir de représentation… Plutôt l’impression que tout sonne creux par moments…

Surtout ne pas céder au découragement. Travailler, travailler. On étale sur une planche immense toutes les pièces du puzzle pour y voir plus clair !

L’heure est à la répétition et au repérage de l’espace. Nous disposons de trois heures aujourd’hui, le temps aussi de parler des à-côtés et notamment des costumes : peut-être un beau tailleur un peu démodé pour Rebecca, afin de souligner le caractère suranné du personnage et en même temps cette raideur hiératique où Julie doit aller puiser l’orgueil de l’ex-interprète de Lady Macbeth. Mais à l’essai, la jupe semble la gêner. Le personnage bouge un peu trop, manque de féminité, se tortille… Il faudra plutôt un pantalon, afin de faciliter les accroupissements et les déhanchements… Pour Ronald, un complet gris avec col roulé blanc, un air de dandy accentué par la canne à pommeau d’or qui servait à Tarzan dans le Loft. Pour Sheumas, une tenue noire, sobre, celle de l’homme de l’ombre. Pour Heather, sinon un kilt, au moins un signe distinctif qui rappelle son attachement à l’Ecosse : une broche avec «  la Flower of Scotland », le fameux « thistle » ou un béret de « Bonnie Prince Charlie ». D’ailleurs, ce signe de fidélité au pays doit se retrouver également quelque part dans le costume de Sheumas, ce pur Gaêl… Max est le plus simple dans sa tenue. Jean, pull shetland, K..Way quand il arrive dans le pub et que le maquillage de Heather coule… Quant aux sorcières, elles doivent chercher l’excentricité : chapeaux haut de forme à la Diane Dufresne , fume-cigarettes, manteau queue de pie avec beaucoup de place dans les poches, salopette pour Suzy, la plus jeune,  casquette de zonarde… Il est décidé, à l’issue de la séance qu’on travaillera en profondeur les fois prochaines, quitte à limiter la présence des acteurs sur la scène : ne faire travailler que Ronald et Rebecca mercredi prochain, puis Heather et Max la semaine suivante. De même que Sheumas et les sorcières. Ainsi, et seulement ainsi, dans le huis clos de la répétition, nous pourrons améliorer la qualité du jeu.

Il n’est pas facile ce texte qui fait intervenir le tragique dans un atelier de lycéens ! C’est la raison pour laquelle d’ailleurs, j’ai toujours reculé devant le genre de la tragédie… Jusqu’à cette année. Il faut pourtant bien que le tragique passe la rampe des lycéens et les entraîne ailleurs que dans le rire facile. 
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 Horse in the Highlands

 

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René Frégni : correspondance avec les élèves

Publié le par Bertrand

Un petit détour comme annoncé par René Frégni.

Je suis en effet en train de boucler avec mes quatre classes le projet conçu cet été lors de ma visite à René. Mon idée était au départ de faire étudier l’auteur dans chacune des classes et de profiter de la qualité de nos relations afin de proposer un échange plus approfondi entre les élèves et un auteur contemporain… Le couronnement étant de recevoir René Frégni dans les classes…

Restait  à choisir des œuvres qui puissent à la fois intéresser les jeunes et rentrer dans le cadre des programmes officiels…En première, « le biographique » : œuvre choisie, « Elle danse dans le noir » : déchirant hommage que l’auteur rend à sa mère qui vient de s’éteindre : on est en 1995 et il reprend la plume… et il se souvient de la douleur éprouvée… Et peu à peu la voix de la mère vient lui parler au creux de l’oreille et lui redonne le goût de vivre…

Les élèves ont plébiscité ce livre. Ils ont été réellement émus par ce témoignage qui évoque la cuisante douleur de la séparation et qui montre en même temps l’égarement d’un homme simple et tendre, écorché vif… Lorsqu’il évoque le supplice des derniers mois de la maladie de sa mère, le fils éploré continue de vivre, reste l’admirable père de la petite Marilou et le généreux animateur de l’atelier d’écriture en prison. Cet auteur donne une voix à ceux qui souffrent et c’est, au vu des commentaires d’élèves, ce qui les a touchés. Certains sont allés jusqu’à avouer, sous le couvert de l’anonymat, que ce livre leur avait permis de se rendre compte de la fragilité de la vie et de la nécessité qu’il y avait à aimer ses proches.

En seconde, « le roman ou la nouvelle »… Pas de difficulté donc à choisir l’un de ces courts romans qui mettent en scène la vie de tous les jours et les faits divers les plus noirs. Frégni est souvent étiqueté comme auteur de romans noirs… J’ai donc opté pour « On ne s’endort jamais seul » roman d’un enlèvement qui met en scène une petite fille que son père, simple facteur promu au statut de justicier, tente de retrouver dans les rues de Marseille, au prix d’une effroyable descente dans le maelstrom de la ville de Marseille. Triomphe du sondage d’opinion ! Les élèves de seconde ont été sensibles une fois de plus à la relation de la petite à son père : le roman porte en exergue la phrase de Nietzsche « tout ce qui s’accomplit avec amour s’accomplit toujours par delà le Bien et le Mal ». Ils ont aimé le réalisme aussi et la précipitation de l’action… Dans leurs courriers, pliés en quatre comme des ailes de papillons, souvent, ils n’hésitent pas à avouer à Frégni que c’est la première fois qu’ils lisent un livre sans se forcer du début à la fin.

 

 

 

A l’autre bout de la chaîne, à Manosque, René répond fidèlement à ceux qu’il appelle ses « nouveaux amis ». Trois lettres nous sont déjà parvenues spécialement adressées aux 1ères ES, puis aux 1ères STGC. Il les remercie, leur parle du trouble de sa fille Marilou qui a 14 ans et qui découvre les voix de jeunes lycéens et lycéennes alors qu’elle finit ses années de collège. Il évoque les détenus qu’il a fait écrire et pour lesquels j’ai demandé aux élèves de rédiger une petite lettre d’encouragement. Il leur assure qu’il a fait parvenir ces mots… Enfin, il leur promet de tout faire pour venir et pour « mettre des visages sous ces mots »…

 

 

 

Il est sincère et je crois que la spontanéité de mes élèves aura été pour beaucoup si, par exceptionnel, il venait à passer par notre centre Bretagne écarté des voies de la culture. Mais n’est-ce pas dans ce genre de défi qu’on parvient à sortir de l’ornière où l’on a trop vite fait de nous enfoncer ? Marseille n’a plus de secret pour nous, René, et nous t’avons suivi dans les vagues de cette Provence que chantait si bien ta mère, Marie de Moustier Sainte Marie… 

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René chez lui, à Manosque

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