Dans la pièce de Shakespeare, les sorcières incarnent les figures du Destin. À la manière du chœur antique des
tragédies grecques, elles chantent l’avenir et savent tout. Comme elles ne sont pas complexées (c’est le moins qu’on puisse dire !), elles le disent haut et fort. Cependant, leur
fonction est complexe.
Elles incitent Macbeth à devenir roi, mais elles y parviennent grâce à l’intervention de l’ambition démesurée de
lady Macbeth. En d’autres termes, la sanglante épouse met un couteau dans la main de son mari pour aider le destin. Et les sorcières se font spectatrices. Elles se mettent au premier rang et
jouent un peu le rôle de la claque ! Elles assistent avec avidité à ce spectacle qu’elles ont suscité. Elles augmentent le fameux effet de catharsis !
Elles sont plus démonstratives que le spectateur. Elles dégoulinent, elles jubilent, et cette jubilation est affaire
de langage. Par la suite, elles retrouvent Macbeth et lui tiennent des propos cryptés : par exemple à propos de la forêt qui marche : tant que les arbres de la forêt de Dunsinane ne
marcheront pas, tu ne craindras rien, Macbeth ! Avant d’être effectivement confronté à cette réalité impossible qui est surtout feinte et faux-semblant du langage, Macbeth ne comprend
pas et se fie sinon à la folie des sorcières du moins à leur incompétence…
De la même façon, j’ai voulu faire de la sorcière Lou, incarnée par Jennifer, un personnage masqué. C’est la seule
des trois qui connaisse le projet de Ronald. Quand ses deux comparses se laissent aller à un « innocent » délire verbal, elle semble se prêter au même jeu, mais en même temps, elle
pratique un double langage : elle pérore, elle prévoit, elle annonce ce qui va se passer… Tout ce qu’elle fait et dit doit alors être passé au crible… Je propose demain de revisiter quelques
endroits du texte pour arborer le couteau qu’elle cache et expliciter ce langage à double tranchant qu’elle manie avec machiavélisme !
La tour d'Ackergill, que hante la green lady.
Merry dancers
Juste un peu de cette belle lumière du ciel d’Ecosse certains soirs. Aurore boréale (au Caithness, on appelle cela les « merry dancers ») pour recommencer la semaine après un week-end
très chargé du côté de Nantes en ce qui me concerne… Il faudra que je parle de mes « traques » de northern lights…
Rock en contrepoint du côté d'Ackergill
Retour sur la scène du Moulin à Sons avec la troupe au complet et les progrès que chacun a faits de son côté au cours des ateliers isolés des dernières semaines. Cela a porté ses fruits…

Put the stage in the moorland...
Le seul inconvénient ce soir-là, c’est la cohabitation avec le groupe de rock branché qui allumait la salle
au-dessus. Malgré l’insonorisation, difficile de ne pas entendre les décibels… Fâcheux effet de contraste entre la mélancolie ou le caractère tragique de certaines scènes et les variations de
micros et de guitare électrique. Effet de contrepoint qui prenait parfois des allures grotesques.
Belle performance de la plupart des personnages pour parvenir à tenir tête aux circonstances et à rester concentré
malgré tout. Julie notamment, rayonnante dans le fourreau noir que nous lui avons suggéré d’enfiler pour jouer Rebecca, trouve des accents tragiques de plus en plus justes. A la manière de Ronald
qui se grise de son jeu dans la tirade de Lady Macbeth, on a envie de lui dire : « Comme cela fait du bien d’entendre cela… ».
Sélouane a eu un peu de mal à se concentrer mais de bons moments laissent augurer une bonne réussite pour son
personnage. Elégamment vêtu, avec sa veste trois quarts et son écharpe blanche, avec sa canne de dandy qui accentue le trait méprisant, il semble avoir trouvé sa pleine mesure.
Par convention, la répétition implique l’ensemble de la pièce, d’où la nécessité d’aller vite. Mercredi prochain,
nous reviendrons sur l’acte 2 qui fonctionne déjà assez bien, alors que nous ne l’avons joué que deux ou trois fois. Cela s’explique en partie par le fait que les personnages dans cet acte jouent
leur « pièce dans la pièce ». Sheumas devient Georges, cynique à souhait, bavant de méchanceté. Max devient John aux accents déchirants et Heather devient la tendre et éplorée Fiona.
Quelques arrêts sur images, quelques trouvailles :
- Le passage sur scène de Nolwenn quand les sorcières sont en ville et qu’elles
cherchent désespérément un passant (Nolwenn est ma fille, elle a dix ans et fréquente assidûment les planches depuis longtemps. A chaque fois, son rêve c’est de décrocher un petit rôle)…
- Le cri de Suzy dans les coulisses quand elle découvre que Heather a été tuée,
c’est Léonor qui le poussera : elle a en effet une forte puissance vocale.
- Le couteau de Rebecca doit servir à Lou. Ce n’est pas un simple jeu de scène. Le
poignard a une fonction dramatique… il préfigure l’acte qui va être commis. Seul, le spectateur averti ou perspicace peut le percevoir. Je reviendrai d’ailleurs la prochaine fois sur le
personnage de Lou et la surprise de la fin. Il n’y a qu’à condition d’une connaissance de la fin que le spectateur peut percer à jour l’ironie tragique de cette sorcière
libertine !
Put the stage in the moorland...
un air de cornemuse
Cela m'est apparu comme une évidence, maintenant que toute la distribution musicale est faite, qu’Arlette m'a donné la semaine dernière le « CD officiel » du spectacle, il faudrait tout
de même un air de cornemuse !
Pas la cornemuse traditionnelle… pas celle qui accueille les touristes quand ils arrivent à l'aéroport ou quand ils
mangent un haggis (la pense de brebis farcie !), mais la cornemuse magique, celle qui trouve ses accents les plus romantiques quand on marche sur le sable et qu’on l’entend de loin, du fond
de la lande. Les cordes de la harpe d’Ossian… (Il faudra un jour que je parle d’Ossian)
Je vais en toucher deux mots à Arlette, il n’est peut être pas trop tard ! Il faudrait faire monter le son
mélancolique de la cornemuse pour commencer, pour inaugurer la première scène à la façon d’un cycle.
Autre signe, j'ai reçu hier, via le mail de l'un de mes contacts dans le Caithness une photo de Dunnet Head
(située au sud est de Thurso). Je la mets en ligne ce matin. C’est un lieu magique, une longue plage de sable blanc entre deux falaises. On y raconte une légende, celle du « Piper of Wendy
Aa » … légende sur laquelle j’avais enquêté pendant l'année 83. (J’avais cette année là une manie des enquêtes : enquête sur Nessie, enquête sur les fantômes, enquête
sur les lutins – celle-là, le lecteur peut la trouver sous une forme arrangée dans « les Nouvelles pour l’été »… et à chaque fois, une belle aventure mais aucune apparition !)
Bref, en ce qui concerne Wendy Aa, au moment du solstice, 21 juin 1984, j'étais venu avec mon frère bivouaquer sur la plage pour essayer de traquer le joueur de cornemuse sous la lueur fragile du
soleil de minuit (dans le Caithness, on est à la latitude d’Oslo) !
Son histoire nous ramène un peu plus au-dessus de la mer, dans le petit cimetière d’Olrig où l'on trouve la tombe de
la sirène. C'est à cette sirène-là que je pense quand je vois la photo mise en bandeau sur le quatrième de couverture du « Ceilidh ». Et pourtant, à Olrig, il n'y a rien de tel. Juste
un petit cimetière, avec des dalles anciennes, et des noms qui s'effacent sous les grands arbres et les cris de corneilles. J'avais été obligé de demander au fossoyeur, (nouvel Hamlet en quête
d'un hypothétique Yorrick !) où pouvait bien se trouver la fameuse tombe de la petite sirène de Wendy AA. Il avait alors montré un orifice entre deux pierres... « Orifice toujours
humide ! » avait-il précisé sur un ton de plaisanterie un peu scabreux. L'histoire de la sirène est attachée à la plage de Dunnet. Le joueur de cornemuse s'appelait John, la reine des
fées lui avait dit un jour qu'il trouverait pour lui et sa femme une petite fille dans un berceau à condition que tous les jours, à la même heure, il allât marcher le long de la grande plage
en jouant de la cornemuse…
Du côté de chez Sinclair en mars prochain
Alors que nous préparons notre retour dans le Caithness (pas celui des planches !) mais le véritable, en passant par Inverness et les terres du Sutherland, je reçois cet encourageant
courriel de l’éditeur de la Newsletter qui a bien récupéré l’article et l’annonce pour le bulletin de la fin mars. L’information qu’il y ajoute montre à quel point le château de Sinclair Girnigoe
est d’actualité en ce moment. Cela tombe bien. Il faut décidément que je travaille à un versant du site internet spécialement dédié à ceux qui ne lisent qu’en anglais ! Le Caithness
n’est pas une région où l’on trouve beaucoup de francophones. Lorsque j’enseignais à la High School, les élèves ne montraient guère d’intérêt pour la langue de Molière. Ils préféraient de
beaucoup la musique, le théâtre ou le Highland dancing.
Subject: Girnigoe article
Dear Erik,
May I introduce myself as the editor of "Girnigoe". I have received your very interesting article from Kay and I will be happy to include this in our next issue.
Quite recently, following several years investigation of the castle by York University, it has been established that it was only ever one castle. Accordingly, the castle is now known as
Sinclair Girnigoe Castle and I have edited your article to reflect this change.
The edited version is attached for your information.
Kind regards................Ron Sinclair