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Le masque de la tortue rouge

Publié le par Eric Bertrand

Depuis plus d’un mois, nous avons quitté le monde épileptique, l’agitation des flots et des courants contraires et nous nous sommes échoués sur une ile presque déserte que nous partageons avec une petite communauté de proches. Il nous arrive par périodes et sous condition d’attestation de déplacement, de nous embarquer sur un radeau pour essayer une évasion, course à pied, courses de première nécessité… Mais irrémédiablement, au bout d’une heure ou deux, nous sommes rejetés sur l’île.

Ce scénario est un peu celui du beau film d’animation de Michael Dudok de Wit « la Tortue rouge » tourné en 2016. Le film met en scène un naufragé sur une île déserte. Lui aussi, il essaie de s’évader, de se fabriquer des radeaux mais, à chaque tentative d’escapade, et au bout de cinq minutes, il est rejeté au rivage à cause d’une grosse tortue rouge qui bouscule la fragile embarcation et le contraint au confinement.

Dans quel but cette créature mystérieuse agit-elle ?

D’abord, dans le but de le protéger des périls auxquels il s’expose s’il parvient à franchir la ligne de corail. La tortue lui met un masque de fureur rouge et le renvoie systématiquement chez lui. 

Ensuite, dans le but de lui apprendre à redécouvrir son île et son environnement. Le projet est ambitieux. S’il abdique, s’il se résout au confinement, quelles richesses peut-il tirer de l’espace dont il dispose ? Évidemment, notre héros n’habite pas un 80 m2 sans terrasse, et il a, à sa disposition, une île tout entière, avec ses plages, ses eaux turquoise et sa faune paisible. Il peut par ailleurs, sans redouter la contravention, s’allonger sur le rivage, écouter le déroulement des vagues, les cris des goélands, contempler les lumières dans le ciel.

Mais son monde est clos, comme le montre très bien le plan qui superpose l’horizon de l’océan et les parois d’une bouteille en verre trouvée par son fils du naufragé (car, parmi les découvertes que lui réservait l’île, il y a eu celle de l’amour). C’est d’ailleurs le fils qui trouve le temps long et qui aimerait, comme le papa au début, se « déconfiner » et quitter la bulle, partir à bord d’un radeau et affronter le vaste monde.

Lorsqu’on on a survécu à un tsunami, comme c’est le cas du jeune héros qui a sauvé son père de la noyade, on peut espérer refaire le monde et le rendre meilleur parce qu’on a en soi une certaine idée de la beauté et de la solidarité entre les hommes mais aussi une mystérieuse tortue rouge prête à nous guider et à nous faire croire en la force de la métamorphose.

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Après le confinement

Publié le par Eric Bertrand

Le soleil d’aube déchire les confins du ciel,

Chants et sifflets s’échappent des becs d’oiseaux,

Et, loin des nids, le concert peut enfin commencer.

 

Le bourgeon sur le cerisier sort du confinement,

Sa fleur délicate offre son micro au temps des cerises.

L’abeille quitte la ruche et s’enivre au gazon de la première fleur.

 

Sa première fleur, c’est une pâquerette qui étale ses gambettes.

Le papillon est un laquais qui a tout oublié de l’ordre du cocon.

Il s’est fait maitre des ballets et postillon des artistes.

 

Dans des verts peignoirs kitch, les grosses mouches crachotent.

Une brise pousse à plus d’un kilomètre les pollens craintifs,

Soulève les mousses, sépare les grains de l’ivraie.

 

Elle envoie sur la première ligne la plume de l’écrivain,

Elle souffle sur la marge la fin du confinement.

Elle offre à l’humanité les pages d’un grand livre blanc.

 

Nature; société; coronavirus

Nature; société; coronavirus

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Rester auprès de son arbre

Publié le par Eric Bertrand

Brassens se disait le voisin du dessus, « d’un certain Blaise Pascal » qui lui donnait gentiment des conseils amicaux…

Parmi ces conseils, il semble avoir retenu, bien avant l’heure du confinement, celui qui consistait à rester non pas « dans une chambre », mais auprès de son « arbre » ce qui revient à peu près à la même chose. L’arbre est un salut pour l’homme inquiet et meurtri, il est une source de renouvellement et d’inspiration… « Auprès de mon arbre, je vivais heureux ». Comme l’écrit Michel Tournier, admiratif du Petit Poucet, « l’arbre est un piège à vent, un piège à soleil, un certain équilibre entre une ramure aérienne et un enracinement souterrain ».

Ce compagnon de l’homme, cousin du « grand chêne » (autre chanson de Brassens) est là pour rééduquer celui qui se comportait  « comme un saligaud » et qui quittait sa femme sous prétexte qu’il lui voyait « tout le temps le nez au milieu de la figure ». Il est un sage contemplatif qui lui apprend à distinguer, de sa mansarde, « des lézardes sur le firmament ».

Rester auprès de son arbre

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Du confinement au parfum exotique avec Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

Rappelez-vous ce vers de Baudelaire, « Et l’espérance comme une chauve-souris s’en va battant les murs de son aile timide en se cognant la tête à des plafonds pourris ». Tout au début de la crise, la chauve-souris a été prise comme bouc émissaire, responsable des émissions du virus, ce terrible « Ennemi », qui sévit actuellement sur notre pauvre navire au-dessus duquel « le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».

L’univers est souvent sombre chez ce « prince des nuées », « Roi d’un pays pluvieux » qu’est Baudelaire… Mais, à sa façon, en cette période de confinement, il nous montre l’exemple. La « chambre » dans laquelle il se réfugie peut être aussi bien « chambre à spleen » que « chambre à air ». Elle est de toute manière, comme le montre l’un de ses « Poèmes en prose », « double », parce que transfigurée. À la fois menacée par les spectres, et les « Angoisses despotiques », ce « peuple muet d’infâmes araignées vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux » et sublimée par les splendeurs de la Beauté et les lueurs des « Phares ».

Baudelaire a toujours été ainsi, dès son adolescence, un poète du confinement. Envoyé à dix-huit ans vers les Indes sur un cargo, ce voyageur immobile se planquait dans la soute pour laisser fleurir les fruits de son imagination. Pendant que les « hommes d’équipage » s’agitaient sur le pont du navire « glissant sur les gouffres amers », lui, dans l’indolence, contemplait le ciel. Ainsi, dans le poème qu’il a tiré de cette expérience, la « chauve-souris » se métamorphose en « albatros » aux « grandes ailes blanches ».

Il se peut bien qu’il ait ainsi voulu représenter la double aspiration qu’il y a dans l’homme, l’ange et la bête, le pire et le meilleur. Mais aussi cette double capacité à mettre à son navire, soit un « plafond pourri », soit « Ordre et beauté, luxe, calme et volupté », « musique comme une mer » et « parfum d’huile de coco, de musc et de benjouin ».

 Et au bout du voyage, lorsque ce fichu « plafond pourri » aura volé en éclats, il faudra bien espérer pour l’homme d’équipage qui ne connaît encore que les « brûle-gueule », qu’il accoste avec le poète dans une « ile paresseuse où la nature donne des arbres singuliers et des fruits savoureux ». La planète et les tableaux parisiens s’en porteront mieux.

 

Du confinement au parfum exotique avec Baudelaire

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La Liberté dans la chambre

Publié le par Eric Bertrand

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. »

Cette citation du philosophe Pascal me revient curieusement à l’esprit en ces temps de confinement non pas dans « la chambre » mais dans un périmètre dont elle reste cependant le centre.

À l’époque où je l’ai entendue pour la première fois, j’étais adolescent et je me disais que c’était bien là une pensée de vieux philosophe grincheux et avachi, incapable de comprendre l’attrait qu’il y a à sortir, à voir du monde, à multiplier les expériences et les « divertissements ». Or, le « divertissement » est, toujours d’après Pascal (mais ça, je l’ai su après), ce qui écarte l’homme de l’essentiel, en l’occurrence l’exercice de sa conscience et de sa position par rapport à Dieu…

Bref, restez dans la chambre, et comprenez votre néant !

Ce n’est pas à cette prise de conscience de nos « misères » que doit mener le séjour à la chambre. Au contraire. Profitons de ce temps de recueillement pour puiser ce que le devoir de confinement peut révéler à notre conscience de citoyen.

Livrée à l’épreuve des quatre murs, la conscience, au lieu de se lamenter et de regretter le temps de l’égoïste divertissement, peut au contraire se réveiller. Alors elle découvre une liberté dans la contrainte. Une sorte de Contrat social qui nous réunit aux autres et nous rend plus forts dans la lutte contre l’ennemi invisible.

 « La liberté, c’est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite » écrivait Rousseau.

Prescrivons le repos dans une chambre, la Liberté en ouvrira les fenêtres. 

 

Pascal

Pascal

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