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Les deux masques : hommage à tous les Docteur(e)s Rieux.

Publié le par Eric Bertrand

« Dans cette situation, l’essentiel était de bien faire son métier ».

Cette phrase est tirée du roman la Peste et rend hommage à tous ces soignants qui sont en première ligne et qui méritent les applaudissements, y compris ceux de Camus.

Dans ce livre terrible qui analyse les ravages de la maladie, le héros, le docteur Rieux, fait partie de celles et ceux qui font le choix de résister et de se retrousser les manches en dépit du danger de la contamination. La peste frappe la ville d’Oran aussitôt mise en quarantaine. Elle est, au début du roman, innommable et la seule mention de son nom donne des frissons à ceux qui n’osent pas encore l’identifier.

Qu’on relise le début de l’histoire d’Oedipe ou la fable de La Fontaine, « les Animaux malades de la Peste » : la peste est « un mal qui répand la terreur… ». On l’avait oubliée et elle ressurgit comme un monstre dont le nom même renvoie à des spectres abominables.

À la différence de la peste, le coronavirus n’a pas encore de définition. C’est un monstre étrange qui est en train de se faire une réputation et de se dessiner, sous le masque, une figure hideuse.

Le courage de ceux qui l’affrontent est d’autant plus remarquable qu’ils se battent contre un monstre sans contours. En 1947, Camus écrivait une œuvre à la fois cruelle et réaliste : la chronique d’une catastrophe annoncée, mais aussi un apologue sur la sombre période du nazisme. Dans ce contexte épouvantable, la ténacité et la résistance du docteur Rieux et de ses partenaires contrastent avec la lâcheté, la légèreté et la mesquinerie des autres.

La fin de la bataille raconte la victoire contre l’Ennemi informe et imprévisible mais elle ressemble aussi à la Libération de Paris. En cela, elle ouvre sur un message d’espoir et sur une pluie d’applaudissements.  « La bête immonde » (quelle que soit la forme qu’elle prenne) est toujours vaincue. Mais jusqu’à quand ? Le dernier paragraphe est ambigu et invite à une méfiance sans cesse renouvelée.

« Écoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »

Hommage aux soignants.

Sous le masque, ils incarnent l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur.     

 

Camus, Coronavirus, soignants

Camus, Coronavirus, soignants

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Le virus du voyage à l’épreuve de l’ardente patience

Publié le par Eric Bertrand

Aller sous le ciel, Muse… Céder à l’appel du large, à l’appel de la forêt, au « call of the wild » cher à Jack London pour mettre de l’air au confinement de nos vies, de nos agendas, de nos pauvres rituels quotidiens dont nous sentions, il y a quelques jours encore, les limites et les contraintes…

Cet appel doit être aujourd’hui entendu autrement.

Au fil du temps, nous avions tous déjà cédé à cette frénésie. Trépidation des aéroports, promiscuité vibrante des décollages, proses des transsibériens ou route du Far West, « hit the road »… Et toute cette agitation dans un seul et même but : celui de conquérir la part rêvée de sauvagerie qui nous échappe, nous tente, nous malmène… Tout cela pour arriver, au terme du voyage, dans l’auberge à la Grande Ourse, la cabane dans les forêts de Sibérie, la carcasse d’un bus abandonné dans la toundra, l’habitacle éclairé d’une grosse voiture américaine sur la route 66.

Et c’est là qu’est le paradoxe : cette parcelle de « wild » enfin reconquise aboutissait à un confinement, à un moment de grâce vécu dans la claustration et l’immobilité. Cette expérience ne nous montre-t-elle pas que l’esprit du « wild » est en l’homme et que, quand nous sommes enfermés, nous devons savoir aller le rechercher en nous ?

Si notre organisme a laissé un jour entrer le virus du voyage, ce virus est aussi capable de muter et de devenir notre garde du corps et notre phare intérieur.

Et un jour futur, au bout de trois ou quatre semaines, peut-être davantage, comme le dit Arthur Rimbaud à la fin de sa Saison en enfer, nous ressortirons et, « armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes ».  

Le virus du voyage à l’épreuve de l’ardente patience

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« Couleur cafinement »

Publié le par Eric Bertrand

Gloomy Sunday. C’est le confinement, Babe alone in Babylone. Dépression au-dessus du jardin... La petite Marilou fait tinter ses bracelets et les clochettes d’argent de ses poignets. Ses illusions donnent sur la cour…

Elle a délaissé sa Remington portative, et sur son rocking chair, elle n’est plus qu’un appareil à soupirs et attend que ça se tasse. D’abord, elle s’est barrée au pays des malices de Lewis Caroll. Puis elle s’est fait des aéroplanes, 707, avion-cargo de nuit. Elle est marrante, c’est une fan du cap’tain Cook.  

À présent, le cigarillos au bord des lèvres, elle lève les yeux. Elle roule des yeux, roule des hanches. Dieu est un fumeur de havanes …Où est l’ombre des Shadows, des Birds, des Doors ? Sous son ciel de faïence, elle ne voit briller que les correspondances et la couleur café… Très vite passé. Les murs d’enceinte du labyrinthe l’entrainent vers l’infini en soufflant vers l’azur et les aéroplanes.

 

Gainsbourg, chansons

Gainsbourg, chansons

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Virus et biodiversité

Publié le par Eric Bertrand

Extinction des espèces, naissance de parasites. Un papillon rare meurt, un virus nait. Tu m’as donné ton or et j’en ai fait de la boue.

Virus et biodiversité

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Greame Allwright : L’homme à la guitare de vent

Publié le par Eric Bertrand

Un peu oublié Graeme, depuis que les pages se sont mises à tourner. « Ça me fait de la peine mais il faut que je m’en aille… »

Il nous parlait pourtant du « grand désert où luit la liberté ravie », de voyage en deux chevaux vers l’Ethiopie et les Indes, de cet Orient de Nicolas Bouvier et de la guitare de Dylan. Ensemble on écoutait les sirènes et on entonnait les airs de « Petit garçon » et de « Suzanne ». Sa silhouette se découpe encore sur fond de feu de bois dans les colos et les soirées d’étudiants, quand on fêtait la fin des cours et qu’on rêvait des routes de Kérouac et des chemins de Katmandou.

Aujourd’hui, parce qu’on « on fête nos retrouvailles », je propose de libérer le vent de la mémoire, celui du sac à dos, de l’harmonica et de la sacrée bouteille.

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