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Répétition du 11.04

Publié le par Eric Bertrand

Petite parenthèse dans le parcours gastronomique afin de revenir sur la répétition de mardi soir. Les répétitions en nocturne ont un certain charme et elles fonctionnent bien. Tous les comédiens sont présents et notamment Françoise dont la présence dynamise le trio des sorcières. Extravagantes, odieuses, obscènes, lubriques, épouvantables, hystériques… Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les trois complices, celles que Heather appelle « les créatures du Master of Caithness ». Cela indique à quel point elles sont « théâtrales », à quel point elles existent pour être incarnées sur la scène surtout avec le brio et l’énergie qu’y mettent les actrices. Les accessoires, les costumes et les jeux de scène ajoutent aussi une touche supplémentaire à l’interprétation débridée : longue tenue noire de la danseuse argentine Lou, chapeau haut de forme et fioles de whisky dans la poche du manteau de Diana, casquette de rappeuse de Suzy… Il faut les voir mener leur sarabande, d’autant qu’elles se sont échauffées dans une salle à côté… Je cite Le Ceilidh, dans sa partie récit s’efforce de mettre en avant le ridicule et le grotesque mais, quand le texte est à ce point joué, difficile d’égaler en intensité le résultat sur la scène !
 
« Diana distribue des cigarettes. Elle porte un chapeau haut de forme et un large manteau aux poches creuses. Sa voix aigrelette perce les tympans et agace les oreilles. 
« C’est quand même dingue, ça ! Il est 18h30, on est en plein centre ville, et on ne croise pas un chat ! »
         Par désoeuvrement, Suzy pioche régulièrement dans la poche du manteau. Noyée dans son vaste blue-jean, elle flotte dans une toile dont la surface varie en fonction de la prise au vent.
         Mais peu de vent dans les voiles.
         Elle se déplace mollement.
         Le slip saillant, la raie des fesses en perpétuel délit d’exhibition.
         Une tranquille assurance. Une arrogance bienheureuse, dans la fumée de cigarette. Ses chairs sont roses et flasques. Deux joues blanches, pigmentées de taches de rousseur, une poitrine abondante, lâche, un magasin de nicotine qui a pignon sur rue. »
 
              J’ajoute le petit article proposé au mensuel « le Cri de l’Ormeau », pour la promo du spectacle, il doit sortir prochainement :
« Mardi 30 mai à 20h30 au Palais des Congrès et vendredi 2 juin, à 20h30 au Moulin à Sons, la troupe de l’Atelier d’Expression Artistique du lycée Fulgence Bienvenue présente son nouveau spectacle en collaboration avec la troupe des claquettistes et les musiciens du Moulins à Sons. « Le Ceilidh », tragédie d’Eric Bertrand (Editions Aléas, 2006). Venez vous plonger au cœur de la légende, dans l’atmosphère à la fois mystérieuse et tragique des Highlands d’Ecosse. Renseignements sur le site de l’atelier d’expression artistique du lycée : http://www.atelier-expression-artistique.com et sur le blog http://genese.over-blog.com »
 

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Ackergill Tower from the other side.

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Le rite du fish and chips

Publié le par Eric Bertrand

J’évoquais hier, entre autres réjouissances culinaires, le « Fish and chips », écoutons d’abord le texte : Heather et Max sont au pied de Girnigoe et ils font des projet à courte échéance !
 
« Max : Mais il nous reste plein de choses plus amusantes à faire avant ce soir…J’ai faim. Pas toi ? Que dirais-tu d’un petit  fish and chips !
Heather : Oh oui, un bon fish and chips dans du papier journal ! Je sais où il faut qu’on aille ! »
 
              Pour comprendre cet échange, il faut préciser certaines évidences (qui ne le sont qu’aux yeux d’un initié !) Ce traditionnel repas à la sauvette attire beaucoup les jeunes qui ont pris leur repas du soir peu après cinq heures, rappelons-le, et qui commencent à avoir un creux… Le fish and chips enduit les doigts de graisse et « fluidifie » les relations… On en déguste assis sur un banc, dans l’un de ces établissements take away aux enseignes bleues, ou devant ces camions ambulants qui, dés 20h00, dans les rues des petites villes, font carillonner une petite musique de kermesse.
              Sans doute par mesure de salubrité publique, on mange de moins en moins le fish and chips dans du papier journal comme en requiert Heather. Et pourtant, c’est là qu’il est le meilleur et qu’il dégage ce fumet si particulier de graisse mélangée au papier et au vinaigre. Car on assaisonne copieusement les frites de vinaigre et de sel. On prendra soin toutefois de ne pas accepter le supplément de « beans » que propose sournoisement le marchand. Là, ça devient vraiment trop lourd, surtout quand on opte pour le « haggis and chips » !
              Je reviens demain sur des choses sucrées sans doute un peu plus légères qu’on consomme de préférence à l’heure du thé… Elles occupent une bonne place dans la version narrative du Ceilidh
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Fish and chips time ...

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gastronomie élémentaire écossaise

Publié le par Eric Bertrand

Traditionnellement dans la tragédie, on ne mange pas ! L’heure est trop grave et le théâtre classique nous l’a assez montré, ce qui justifie un peu l’impression d’ennui qu’ont proclamé haut et fort au XIX° siècle des gens comme Hugo et Dumas qui réclamaient de la vie, de la truculence et ne juraient que par Shakespeare et le mélange des genres !
              Il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Honneur à Shakespeare ! On prend le temps de manger dans le Ceilidh ! Fish and chips, shortbread et fudge au programme ! C’est l’occasion d’évoquer un peu de gastronomie élémentaire… Le Fish and chips est mentionné dans la version théâtrale. Les deux autres éléments cités figurent en bonne place dans la version narrative.
              Au chapitre de cette « gastronomie élémentaire », je rajouterais bien ce qui nourrit mes « fantasmes » les plus grossiers quand je me rends en Ecosse, le « haggis », panse de brebis farcie, à savourer avec un accompagnement de rutabaga et de purée (quand je disais que c’était élémentaire !), les « oatcakes » ou biscuits à l’avoine (généralement accompagnés du fromage orange : le cheddar), le « smoked maquereau » au poivre, servi chez tous les poissonniers, excellent à consommer le midi mais difficile à digérer et enfin « le porridge », mais un porridge à l’eau salée, avec un nuage de lait froid… Dit comme cela, ça n’a pas l’air appétissant et pourtant, c’est bon ! Je l’ai découvert chez un vieux paysan du Caithness qui m’avait ouvert la porte de sa cuisine et m’avait invité, un matin, à me reconstituer après un bon coup de vent essuyé en vélo…
              Je reviens dans les jours qui viennent sur certains de ces produits qui occupent leur place dans le Ceilidh…
Oatcake with jam and cream.

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La tourbe

Publié le par Eric Bertrand

              Revenons après ce détour par la mise en scène à des généralités sur l’Ecosse. Parmi tous les ingrédients qui nourissent le récit et la pièce, la tourbe figure en bonne place. La tourbe est un combustible intimement attaché à l’Ecosse. S’il y a une odeur qui définit à mon sens l’hiver écossais, quand je rentrais le soir chez moi, du côté de la Glamis Road, c’est bien celle de la fumée de tourbe conjuguée à celle, moins noble, du fish and ships ! La tourbe ajoute à l’atmosphère une touche magique. Toutes les distilleries conviendront de la même chose : pour faire du bon whisky, il faut chauffer les cuves au feu de tourbe. Ainsi « l’eau de vie » : « uisge bhata » en gaélique prend-elle tout son arôme...
              La tourbe est toujours exploitée dans le nord de l’Ecosse, et les paysans s’attèlent encore à cette corvée dont l’origine remonte à des temps immémoriaux. Quand on circule dans les endroits les plus sauvages et les landes, on voit des tas de matière noire, découpée en rectangles. Parfois amassés près des fermes ou anciennes « croft houses » et parfois en plein champ, rangés dans des sacs.
              Dans le Caithness, prenez par exemple la route qui passe par les Camster Cairns (http://www.geo.ed.ac.uk/scotgaz/features/moregpix10097.html) et qui permet de rallier Thurso par l’intérieur. La tourbe est un bon combustible, plus noble et meilleur marché que le charbon. Elle produit une flamme violacée et jaune. Surtout, elle diffuse dans les maisons et dans le périmètre extérieur une odeur sucrée particulière qui agit sur celui qui la retrouve un peu à la manière de la madeleine de Proust. Mais une madeleine trempée non dans une tisane, mais dans le ciel immense et velouté du Caithness.
              C’est pourquoi dans le Ceilidh, Heather (personnage originaire du Caithness) s’exclame-t-elle, lorsqu’elle retrouve son pays :
 
« Quel plaisir de revoir le pays ! Quand je suis revenue là avec Ronald, ce n’était pas si bien et ça n’a duré que quelques heures! C’est le ciel des Highlands, c’est la lande du Caithness et les odeurs de tourbe qui voltigent dans l’air ! Je suis chez moi, Max ! »

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Les comédiens dans les classes

Publié le par Eric Bertrand

Outre le résumé et la question du théâtre dans le théâtre qu’il faut clarifier, je crois que les élèves ont tout intérêt à programmer lors de leurs passages dans les classes, des choses simples : choisir un extrait, le jouer après l’avoir situé. Pour le théâtre dans le théâtre, il est plus concret de présenter tout simplement les deux personnages que chacun d’eux joue et d’effectuer en même temps une petite analyse de personnalité. Quand j’ai écrit ce texte, je m’intéressais à la question de la distribution au sein d’une troupe : il y a donc une secrète correspondance entre ce que les comédiens sont dans le réel et ce qu’ils sont quand ils jouent (à la fois dans Macbeth et le Ceilidh) Voilà donc le genre de présentation qu’on peut proposer :
-         Je suis Ronald Mac Donald et je suis ambitieux, sadique, jouisseur. Un peu faible aussi, j’ai besoin des femmes pour me réaliser, comme mon personnage Macbeth, et je suis diabolique, comme Sinclair qui est un tyran sans pitié puisqu’il tue son fils.
-         Je suis Sheumas et je suis le bras droit de Ronald. Je suis fourbe, manipulateur, comme mon personnage de Georges, le frère de John. Je voudrais le pouvoir et, comme je le dis dans la pièce, « quand on veut le pouvoir, on avance masqué »
-         Je suis Max, je suis idéaliste et romantique. J’aime Heather et je suis sur mon petit nuage. Comme mon personnage dans le Ceilidh, John Sinclair, qui espérait renverser la tyrannie de son père et réaliser un idéal de justice avec sa fiancée Fiona, je suis tendre et naîf.
-         Je suis Heather. Je suis écossaise. J’ai accompagné Ronald dans sa visite du Caithness et j’ai eu une aventure amoureuse avec lui. Mais je découvre le grand amour aux côtés de Max qui joue, comme un fait exprès, mon fiancé dans la pièce. Je suis en effet Fiona, l’unique amour de John. Nous sommes un couple romantique.
-         Je suis Rebecca, je suis la maîtresse de Ronald et j’ai joué Lady Macbeth dans la pièce. Je suis, comme mon personnage, exaltée et j’ai de la démesure en moi. Notamment, je soupçonne Heather d’avoir couché avec Ronald, ce qui justifie ma jalousie et ma haine, d’autant que je n’ai pas de rôle dans la nouvelle pièce.
-         Nous sommes les trois sorcières et nous jouons les muses du Destin dans le Ceilidh après avoir joué les sorcières dans Macbeth. Nous disons simplement le texte qu’a écrit pour nous Ronald. Seule Lou sait que le texte est à double tranchant puisqu’elle est la maîtresse secrète de Ronald et qu’elle sait que toute la pièce est une sombre machination qui prépare le drame final.

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