J’évoquais hier, entre autres réjouissances culinaires, le « Fish and chips », écoutons d’abord le texte : Heather et Max sont au pied de Girnigoe
et ils font des projet à courte échéance !
« Max : Mais il nous reste plein de choses plus amusantes à faire avant ce soir…J’ai faim. Pas toi ? Que dirais-tu d’un petit fish and chips !
Heather : Oh oui, un bon fish and chips dans du papier journal ! Je sais où il faut qu’on aille ! »
Pour comprendre cet échange, il faut préciser certaines évidences (qui ne le sont qu’aux yeux d’un initié !) Ce
traditionnel repas à la sauvette attire beaucoup les jeunes qui ont pris leur repas du soir peu après cinq heures, rappelons-le, et qui commencent à avoir un creux… Le fish
and chips enduit les doigts de graisse et « fluidifie » les relations… On en déguste assis sur un banc, dans l’un de ces établissements take away aux
enseignes bleues, ou devant ces camions ambulants qui, dés 20h00, dans les rues des petites villes, font carillonner une petite musique de kermesse.
Sans doute par mesure de salubrité publique, on mange de moins en moins le fish and chips dans du
papier journal comme en requiert Heather. Et pourtant, c’est là qu’il est le meilleur et qu’il dégage ce fumet si particulier de graisse mélangée au papier et au vinaigre. Car on
assaisonne copieusement les frites de vinaigre et de sel. On prendra soin toutefois de ne pas accepter le supplément de « beans » que propose sournoisement le
marchand. Là, ça devient vraiment trop lourd, surtout quand on opte pour le « haggis and chips » !
Je reviens demain sur des choses sucrées sans doute un peu plus légères qu’on consomme de préférence à l’heure du
thé… Elles occupent une bonne place dans la version narrative du Ceilidh
Fish and chips time ...
gastronomie élémentaire écossaise
Traditionnellement dans la tragédie, on ne mange pas ! L’heure est trop grave et le théâtre classique nous l’a assez montré, ce qui justifie un peu
l’impression d’ennui qu’ont proclamé haut et fort au XIX° siècle des gens comme Hugo et Dumas qui réclamaient de la vie, de la truculence et ne juraient que par Shakespeare et le mélange
des genres !
Oatcake with jam and cream.
Il faut rendre à César ce qui appartient à César ! Honneur à Shakespeare ! On prend le temps de manger
dans le Ceilidh ! Fish and chips, shortbread et fudge au programme ! C’est l’occasion d’évoquer un peu de gastronomie élémentaire… Le Fish and chips
est mentionné dans la version théâtrale. Les deux autres éléments cités figurent en bonne place dans la version narrative.
Au chapitre de cette « gastronomie élémentaire », je rajouterais bien ce qui nourrit mes
« fantasmes » les plus grossiers quand je me rends en Ecosse, le « haggis », panse de brebis farcie, à savourer avec un accompagnement de rutabaga et de purée
(quand je disais que c’était élémentaire !), les « oatcakes » ou biscuits à l’avoine (généralement accompagnés du fromage orange : le
cheddar), le « smoked maquereau » au poivre, servi chez tous les poissonniers, excellent à consommer le midi mais difficile à digérer et enfin
« le porridge », mais un porridge à l’eau salée, avec un nuage de lait froid… Dit comme cela, ça n’a pas l’air appétissant et pourtant, c’est bon ! Je
l’ai découvert chez un vieux paysan du Caithness qui m’avait ouvert la porte de sa cuisine et m’avait invité, un matin, à me reconstituer après un bon coup de vent essuyé en vélo…
Je reviens dans les jours qui viennent sur certains de ces produits qui occupent leur place dans
le Ceilidh…
Oatcake with jam and cream.
La tourbe
Revenons après ce détour par la mise en scène à des généralités sur l’Ecosse. Parmi tous les ingrédients qui
nourissent le récit et la pièce, la tourbe figure en bonne place. La tourbe est un combustible intimement attaché à l’Ecosse. S’il y a une odeur qui définit à mon sens l’hiver
écossais, quand je rentrais le soir chez moi, du côté de la Glamis Road, c’est bien celle de la fumée de tourbe conjuguée à celle, moins noble, du fish and
ships ! La tourbe ajoute à l’atmosphère une touche magique. Toutes les distilleries conviendront de la même chose : pour faire du bon whisky, il faut chauffer les cuves au
feu de tourbe. Ainsi « l’eau de vie » : « uisge bhata » en gaélique prend-elle tout son arôme...
La tourbe est toujours exploitée dans le nord de l’Ecosse, et les paysans s’attèlent encore à cette corvée dont
l’origine remonte à des temps immémoriaux. Quand on circule dans les endroits les plus sauvages et les landes, on voit des tas de matière noire, découpée en rectangles. Parfois
amassés près des fermes ou anciennes « croft houses » et parfois en plein champ, rangés dans des sacs.
Dans le Caithness, prenez par exemple la route qui passe par les Camster Cairns
(http://www.geo.ed.ac.uk/scotgaz/features/moregpix10097.html) et qui permet de rallier Thurso par l’intérieur. La tourbe est un bon combustible, plus noble et meilleur marché que le charbon. Elle
produit une flamme violacée et jaune. Surtout, elle diffuse dans les maisons et dans le périmètre extérieur une odeur sucrée particulière qui agit sur celui qui la retrouve un
peu à la manière de la madeleine de Proust. Mais une madeleine trempée non dans une tisane, mais dans le ciel immense et velouté du Caithness.
C’est pourquoi dans le Ceilidh, Heather (personnage originaire du Caithness)
s’exclame-t-elle, lorsqu’elle retrouve son pays :
« Quel plaisir de revoir le pays ! Quand je suis revenue là avec Ronald, ce n’était pas si bien et ça n’a duré que quelques heures! C’est le ciel des Highlands, c’est la lande
du Caithness et les odeurs de tourbe qui voltigent dans l’air ! Je suis chez moi, Max ! »
Les comédiens dans les classes
Outre le résumé et la question du théâtre dans le théâtre qu’il faut clarifier, je crois que les élèves ont tout intérêt à programmer lors de leurs passages dans les classes, des
choses simples : choisir un extrait, le jouer après l’avoir situé. Pour le théâtre dans le théâtre, il est plus concret de présenter tout simplement les deux
personnages que chacun d’eux joue et d’effectuer en même temps une petite analyse de personnalité. Quand j’ai écrit ce texte, je m’intéressais à la question de la
distribution au sein d’une troupe : il y a donc une secrète correspondance entre ce que les comédiens sont dans le réel et ce qu’ils sont quand ils jouent (à la fois dans
Macbeth et le Ceilidh) Voilà donc le genre de présentation qu’on peut proposer :
- Je suis Ronald Mac Donald et je suis
ambitieux, sadique, jouisseur. Un peu faible aussi, j’ai besoin des femmes pour me réaliser, comme mon personnage Macbeth, et je suis diabolique, comme
Sinclair qui est un tyran sans pitié puisqu’il tue son fils.
- Je suis Sheumas et je suis le bras droit de Ronald. Je suis
fourbe, manipulateur, comme mon personnage de Georges, le frère de John. Je voudrais le pouvoir et, comme je le dis dans la pièce, « quand
on veut le pouvoir, on avance masqué »
- Je suis Max, je suis idéaliste et romantique.
J’aime Heather et je suis sur mon petit nuage. Comme mon personnage dans le Ceilidh, John Sinclair, qui espérait renverser la tyrannie de son père et réaliser un idéal de
justice avec sa fiancée Fiona, je suis tendre et naîf.
- Je suis Heather. Je suis écossaise. J’ai accompagné Ronald dans
sa visite du Caithness et j’ai eu une aventure amoureuse avec lui. Mais je découvre le grand amour aux côtés de Max qui joue, comme un fait exprès, mon fiancé dans la pièce. Je
suis en effet Fiona, l’unique amour de John. Nous sommes un couple romantique.
- Je suis Rebecca, je suis la maîtresse de
Ronald et j’ai joué Lady Macbeth dans la pièce. Je suis, comme mon personnage, exaltée et j’ai de la démesure en moi. Notamment, je soupçonne Heather d’avoir
couché avec Ronald, ce qui justifie ma jalousie et ma haine, d’autant que je n’ai pas de rôle dans la nouvelle pièce.
- Nous sommes les trois sorcières et nous jouons les muses du
Destin dans le Ceilidh après avoir joué les sorcières dans Macbeth. Nous disons simplement le texte qu’a écrit pour nous Ronald. Seule Lou sait que le texte est à
double tranchant puisqu’elle est la maîtresse secrète de Ronald et qu’elle sait que toute la pièce est une sombre machination qui prépare le drame final.
Interdisciplinarité pour préparer le ceilidh
A l’approche de la représentation, nous souhaitons réaliser comme à chaque fois que nous proposons un spectacle au lycée, une action de sensibilisation auprès des élèves, et ceci
peut se faire de différentes façons. Le mieux serait de consacrer une séance à la pièce, à ses personnages et à quelques extraits… J’ai distribué des indications dans les casiers des collègues,
mais cela ne suffit pas et il est beaucoup plus stimulant d’avoir l’occasion d’échanger de vive voix avec les gens les plus motivés. Inutile de forcer ceux qui n’y voient aucun intérêt.
Certains collègues ont déjà proposé spontanément quelques idées d’exploitation. J’aime quand
l’occasion réveille (chez des gens que je ne connais pas toujours bien) des passions enfouies… En tout cas, c’est très appréciable de ne pas se sentir seul face à la masse de travail à accomplir.
Car, malgré son caractère plaisant, le Ceilidh n’est pas une pièce facile d’accès. C’était le cas du Tennessee, du Loft, de Gainsbourg, de Jack :
à chaque fois, il s’est trouvé quelqu’un pour me faire remarquer qu’il « fallait s’accrocher ». La facilité ne m’intéresse pas. Il faut tirer les élèves vers le haut et
exiger un effort de leur part.
Une collègue de français a intégré le Ceilidh dans sa liste de bac en première L, dans
la catégorie : « écriture et réécriture » : en effet, le Ceilidh offre à la fois, une réécriture de Macbeth et une réécriture interne (de la pièce au
récit). Je programme une intervention dans la classe en mai prochain.
Une collègue d’anglais me propose également d’aborder à cette occasion le théâtre de
Shakespeare, les thèmes, les personnages, les sorcières… Et puis les comédiens envisagent une tournée dans les classes (quelques pistes demain) Ainsi, en amont, la
sensibilisation à la référence shakespearienne constitue une excellente approche du Ceilidh. Les élèves ne pourront être que réceptifs.