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L’albatros (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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Présentation

Dans l’édition de 1861, ce poème précède naturellement celui qui porte le nom de « Elévation ». Il célèbre la liberté du poète lorsque celui-ci parvient à se libérer des contraintes terrestres. Quatre quatrains à rimes croisées dont le dernier est destiné à fournir la clé de l’interprétation du poème.

 

Le poète est un majestueux oiseau de mer (voir « l’homme et la mer ») : le poème est fondé sur une comparaison explicitée dans la quatrième strophe. Toute la description de l’albatros est donc à décrypter à travers le rapprochement avec le poète. La personnification de l’oiseau se construit à travers les trois premières strophes : « roi de l’Azur », « voyageur ailé ». La noblesse de ces images est en lien avec la périphrase  du vers 13 : «  prince des nuées « . L’envergure signalée à travers l’hyperbole «  ailes de géant «  au vers 16 confirme l’impression majestueuse qu’exprime l’oiseau en plein vol.

Le poète connaît la plénitude au moment du vol : le ciel est à comprendre comme ce que Baudelaire appelle l’Idéal. Le poète et l’oiseau parfaitement à leur aise dans « la tempête » : le verbe « rire » indique le « jeu » auquel il se livre par la grâce de son talent. Le mot « archer » connote la violence et confirme l’impression de légèreté du poète, capable de faire ce qu’il veut tout comme l’albatros qui joue avec les courants ascensionnels. Au Q1, l’albatros est décrit dans un mouvement d’élévation qui lui est rendu possible par le biais de ses ailes comme le souligne le choix de l’adjectif « vaste oiseau des mers ». On peut reconnaître là comme un glissement de sens (un hypallage) du mot océan au mot oiseau. (C’est l’océan qui est vaste...) Par ailleurs, cette élévation est marquée dans le rythme des vers (enjambement des vers 2 et 3). Cette grâce du vol est d’autant plus nette qu’elle s’harmonise avec le mouvement du navire, tout en douceur et en fluidité comme le signalent les allitérations en « s » et en « f » du vers 4. Cette euphorie est d’autant plus nette qu’elle est fondée sur un système antithétique qui oppose la grâce au ridicule, la noblesse au grotesque, le ciel à la terre (le pont du navire).

 

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Les poèmes expliqués

Publié le par Eric Bertrand

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L’albatros


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.


A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!


Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


L’Ennemi


Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

- O douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

LXXVIII - Spleen 

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. 

 

 

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

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Quelques cours sur des poèmes de Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

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Maintenant que les cours sont terminés, je publie à partir de mercredi pour les amateurs de Baudelaire des « cours plus sérieux », basés sur les lectures préparées pour mes élèves dans le but de l’exercice périlleux de l’oral.

                Comment, en l’espace de dix minutes, parler correctement d’un poème en y mêlant des remarques sur « le fond » : (développer les idées qui entourent le poème, le contexte qui l’a généré...) et sur « la forme » : (montrer qu’on sait des choses sur le fonctionnement du poème et qu’on est capable d’utiliser des outils pertinents...)

                Ces cours sont « des notes » et mériteraient une explication, mais je fais confiance à la perspicacité de mes lecteurs ! Au programme « l’albatros », « Spleen », « l’Ennemi » et « Parfum Exotique » ! Alors pour commencer, relecture ! Je vous fournis demain les textes !

 

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Dernière semaine déterminante

Publié le par Eric Bertrand

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               J’aborde une semaine déterminante puisqu’elle marque un tournant. Des oraux de français qui s’achèvent, puis une série de « bilans » souvent sous leur « forme apéritive » ! Les quartiers d’été vont commencer. Le blog va continuer un peu... Plus très longtemps avant la pause estivale.

                Comme je l’ai dit, l’été sera littéraire. Un certain nombre de lectures à effectuer dans la perspective de la rentrée (marquée par de nombreux projets ambitieux sur lesquels je reviendrai)... Et puis il me faut continuer la promo de mes deux livres et j’ai indiqué précédemment les nombreux lieux de rendez-vous où je serai présent pour des signatures. Le premier d’entre eux est à Cultura samedi prochain à partir de 14h00.

 

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Article du mois : Proust et les coffres-forts

Publié le par Eric Bertrand

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Beaucoup d’écrivains depuis Rousseau l’ont brillamment montré : le travail de la mémoire peut enchanter les souvenirs. Dans ce domaine de « la vraie vie », Proust est une cathédrale ! Sur l’immense ban de sable de la Mémoire, A la recherche du Temps perdu érige un sanctuaire, une sorte de Mont Saint-Michel scintillant.

                Sitôt qu’il s’est attablé devant sa tasse de thé, comme une lady sur une terrasse de Balbec, sitôt qu’il a commencé de grignoter sa précieuse madeleine, le narrateur de la Recherche s’enfonce dans une mer intérieure. Le goût de la madeleine ne ravit pas simplement l’estomac creux de la gourmande et maniérée amatrice de tea time, il sollicite aussi le courageux aventurier de la mémoire, le conduit à une plongée délicieuse... Loin le présent, loin les petites cuillères à thé qui tintent, les mandibules de carpe des vieilles dames qui mâchonnent et qui tintent.

                C’est une cité fabuleuse qui émerge peu à peu. L’émeraude du Souvenir, polie par le travail de la Mémoire et de l’Ecriture... Les formes et les couleurs, les visages et les voix se recomposent, se cristallisent derrière la paroi de ce gigantesque aquarium de la vie reparcourue à coups de palmes subtils. Il faut considérer l’un des passages de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » comme la mise en abyme de toute la démarche du romancier.

                Proust y observe astucieusement le phénomène : au moment des vacances, les paysans et les pêcheurs de Balbec en quête de rêve et d’étrange spectacle, défilent devant la baie vitrée du Grand Hôtel pour voir les aristocrates et les bourgeois attablés. L’écrivain évoque alors la métaphore de l’aquarium et assimile le travail de l’écriture à celui qu’accomplirait un « amateur d’ichtyologie humaine », à savoir un spécialiste des poissons et de la faune subaquatique.

                Œil vif, geste précis, méticuleux, gants noirs, micro perceuse, montre de plongée au poignet, notre homme est un artiste, un orfèvre en la matière ! Un peu à la façon de l’un des experts du film « Ocean’s eleven », il commet LE hold-up du siècle ! Mais son « hold-up » se situe à des profondeurs où la caméra de surveillance ne va pas. L’ouverture du coffre ouvre un filon. Il s’en empare, le remonte à la surface. Le lecteur complice est là qui attend. Il n’hésite pas, prend le risque de saisir à son tour le butin dans la camionnette et de l’échanger contre les espèces sonnantes et trébuchantes de la Mémoire intime.

 

 

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