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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (5/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Cette représentation de la Vérité poétique fournit une sorte de toile de fond à toute la poésie de Baudelaire. Il y a toujours pour lui moyen d’accéder à la Vérité : le sonnet des « Correspondances » l’explique assez bien : « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laisse parfois sortir de confuses paroles ». Baudelaire y insiste notamment sur le rôle des parfums, des couleurs et des sons. Ils fournissent aux sens une sorte d’élixir capable d’ouvrir pour un instant éphémère, la porte de la « ténébreuse et profonde unité ».

En cela, dans les Fleurs du Mal, la femme est « un flacon », et c’est ce qu’illustre assez bien le sonnet « parfum exotique ». L’érotisme et l’exotisme y sont profondément liés. Dans la scène initiale que relate le poète, « l’odeur du sein chaleureux qu’il respire » lui communique une sorte d’ivresse. Il n’aime pas véritablement sa maitresse (la mulâtresse Jeanne Duval), il la respire. Peu à peu, par la magie de l’imaginaire et des sens en éveil, le voilà transporté vers « une île paresseuse ». Dans un autre poème (« la chevelure »), il écrit « fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte ». Cette île « correspond » à « la caverne », à « la grotte basaltique » de « la vie antérieure ». « Voiles et mâts », « vague marine » et « verts tamariniers » font écho aux « houles » et « images des cieux » et la partenaire amoureuse du poète, qui aiguise les sens du paresseux, rappelle les « esclaves nus, tout imprégnés d’odeur ». Ce qui compte pour Baudelaire, ce n’est pas le partage d’un plaisir érotique, c’est la consommation d’un produit d’excitation des sens.

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (4/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Ainsi, ces trois documents d’origines diverses permettent d’analyser la pensée de Platon et d’en montrer les différentes étapes en variant les approches. Etant donné le caractère récent de ces documents, le lecteur peut prendre conscience de la modernité de cette pensée ancienne et en percevoir la présence dans deux œuvres bien distinctes : celle du poète Charles Baudelaire et celle des frères Wachowski, réalisateurs de la trilogie des « Matrix ».

 

Trois sonnets extraits des Fleurs du mal rendent assez bien compte à eux seuls de la mélancolie que le poète appelle ailleurs « le spleen ». Cette mélancolie qui travaille l’esprit et le cœur de Baudelaire au point de le désespérer dans le monde réel, génère une rêverie sur un ailleurs que le poème « la vie antérieure » définit comme un milieu marin, une sorte de « grotte basaltique » où le poète vivait autrement, « sous de vastes portiques ». Les sensations y sont présentées comme la source d’un bonheur intense et durable. Les sons, les parfums, les visions ont une expansion à l’image des « houles roulant les images des cieux »... Le lecteur reconnaît là, de façon légèrement basculée, l’allégorie de la caverne. La Vérité, les Idées, le soleil se sont réfugiés au sein de la caverne et la vie réelle, riche en illusions et en « langueurs » (« le secret douloureux qui me faisait languir ») est cause de la mélancolie du poète.

 

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (3/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Dans le Monde de Sophie, le philosophe qui s’adresse à Sophie (la « sage »), essaie de lui expliquer simplement les choses. La petite n’a pas dix ans mais se pose les vraies questions. Alors, le philosophe lui répond... Il lui fait par exemple remarquer que lorsqu’elle voit une ombre et se dit « que quelque chose projette cette ombre », elle a une démarche philosophique qui rappelle celle de Platon. Et pour mieux expliquer cette référence, il lui explique « avec ses mots à lui », l’allégorie de la caverne. Dans ce « théâtre d’ombres », les hommes croient que les ombres « sont la seule réalité du monde ». Celui qui se libère est par conséquent ébloui de voir les choses « en vrai » et comprend par étapes ce que cette beauté doit au soleil. Mais comment en convaincre les autres ? Le philosophe est décidément un homme courageux qui n’hésite pas à déranger les autres, à les déstabiliser au point de se faire « tuer » comme Socrate l’a été.

Les éléments épars de cette allégorie sont réunis dans la planche de BD intitulée « Capitaine Caverne ». Il y est question de l’ouverture d’une boite de nuit dont « le boss est grec », une boite de nuit mythique dans laquelle les danseurs trouveront toute une société de contemporains de Platon, épicuriens, stoïciens, Pythagore. Le thème de la boite de nuit, parce qu’il renvoie à l’idée d’ombres et de lumières, de lieux clos, de silhouettes dansantes et d’illusions convient bien à l’image de la caverne. L’une des bulles correspondant aux paroles du personnage y fait explicitement écho : « des boules à facettes qui projettent des ombres sur le mur du fond ». C’est l’un des secrets d’ambiance de la boite et aussi un clin d’œil au lecteur...

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (2/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Qu’est-ce que « l’allégorie de la caverne » ? Sous la forme d’un dialogue philosophique, Platon explique d’abord que les hommes sont comme ligotés dans une grotte et que, dans cette situation, ils ne peuvent ni bouger, ni tourner la tête, éternellement condamnés à « subir » la réalité qui leur est imposée, celle de projections qui passent sur le mur auquel ils font face. Dans cet état d’asservissement qu’ils ne peuvent comprendre, ils ne connaissent rien de l’origine véritable de ces faux-semblants : « la lumière d’un feu qui brûle sur une hauteur loin derrière eux », « des hommes qui portent toutes sortes d’objets fabriqués qui dépassent le muret »...

Cette situation d’aveuglement ne pourra leur apparaître « au grand jour » que si l’un d’entre eux rompt les liens et se retourne « vers ce qui est réellement ». Ce prisonnier libéré, qui comprend soudain « qu’il ne voyait que des lubies » souffre immédiatement de l’intensité de lumière au point d’en avoir « mal aux yeux » et de vouloir s’en retourner « vers ces choses qu’il est en mesure de distinguer ». Il lui faut le temps de s’habituer à ce changement de perspective s’il veut aller plus loin et contempler le ciel et ses astres. Alors, « se remémorant sa première habitation », il finit par se réjouir et par plaindre les autres. Mais à ce moment, l’ex-prisonnier n’est plus comme les autres hommes, il est un marginal qui s’est, par l’audace de sa démarche, mis en danger.

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (1/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Le corpus que j’ai proposé aux étudiants est constitué de documents tous relatifs à l’évocation d’un autre monde, celui que, dans « l’Allégorie de la Caverne », le philosophe Platon appelle « la Vérité » ou « les Idées ». Ce texte, le plus ancien de tous puisqu’il s’agit d’une traduction du grec ancien, est extrait du chapitre 7 de la République et sert de référence explicite ou implicite à l’ensemble des autres documents beaucoup plus récents : un extrait de l’ouvrage de vulgarisation de J. Gaarder, le Monde de Sophie (dans lequel l’auteur entreprend d’expliquer à une petite fille les grands concepts philosophiques), une planche de BD extraite de l’ouvrage la Planète des Sages, intitulée « Capitaine Caverne », illustrant l’allégorie de la caverne, un article extrait de l’ouvrage Matrix, Machine philosophique, et trois sonnets des Fleurs du mal de Baudelaire, Baudelaire dont la poésie passe pour être « d’essence platonicienne ».

Nous verrons dans un premier temps comment cette vieille allégorie continue d’éclairer notre époque grâce à ceux dont le métier consiste à rendre accessibles des concepts un peu complexes et puis, dans un second temps, comment elle travaille en profondeur la pensée d’artistes de natures diverses.

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