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Quelques cours sur le blog

Publié le par Eric Bertrand

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En cette fin d’année, alors que mes élèves vont « voler de leurs propres ailes », et que je vais partir pendant environ trois semaines faire passer des oraux, je propose de publier dans les jours qui viennent certains éléments de cours que j’ai pris plaisir à faire. D’abord un cours de BTS sur le film Matrix puis un cours sur un choix de textes de Baudelaire...

J’ai évoqué dans un autre article ce film d’action philosophique (j’aime ce genre d’oxymore). L’un de mes étudiants étant intéressé par « Matrix », j’ai construit ce cours afin de travailler la partie « Culture générale » !

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Les purs chez Balzac (2/2) : Eugénie Grandet

Publié le par Eric Bertrand

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Dans une certaine mesure, la jeune Eugénie Grandet, originaire de Saumur est « cousine » de Rastignac. Elle n’a vécu que dans l’ombre et le sillage de l’odieux Grandet, avare tonnelier occupé simplement à augmenter sa fortune par des spéculations à n’en plus finir sur ses bouteilles de vin, sur ses peupliers, et... sur la mort de son frère dont il reçoit le fils chez lui. L’apparition de cet enfant pur et élégant révèle à l’innocente Eugénie la noirceur de son père et la grandeur de la passion.

                Un passage du roman artistement écrit révèle, à travers la description du jardin vu à travers la fenêtre de la chambre d’Eugénie, les ravages du trouble amoureux qui l’inonde. Les fleurs, les plantes, les arbres, cessent d’être un décor figé comme les paires de chaussettes que ravaudait la jeune fille pour son père. Elle entrevoit l’immensité du Sentiment. Elle rappelle dans un autre genre l’Agnès de l’Ecole des Femmes et annonce la frénésie libérée de Jeanne dans une Vie. Mais Jeanne n’a pas à subir la tyrannie d’un père qui lui impose ses vues et l’empêche d’exercer la générosité dont elle voudrait montrer les signes à son cousin. Pas de sucre dans le café, pas de chandelle allumée le soir, pas de feu dans la cheminée... Cet univers auquel elle s’était habituée sans l’analyser lui est soudain révélé par les feux de la passion. Elle vivait dans un monde « éteint » et Charles est une lumière qui s’allume.

                La passion est d’autant plus belle qu’elle est partagée et qu’elle contraste avec le milieu dans lequel elle se déploie. Le tempérament romantique des deux candides les verse dans un éblouissement réciproque dont la référence est trouvée dans l’œuvre de Goethe. Pour pallier aux difficultés financières de son cousin, la jeune fille sacrifie ses économies alors que son père (qui sait se faire passer pour un miséreux) tire parti de la situation. Il s’arrange aussi pour faciliter le voyage vers les Indes de son neveu et ainsi le pur Charles s’en va loin des yeux, loin du cœur et se durcit, se lance dans des commerces interlopes, vend des esclaves... Se construit une fortune et lorsqu’il revient à Paris, fait un beau mariage. Eugénie est bien loin comme en témoigne la froide lettre qu’il lui envoie !  

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Publication du roman « De Nantes à La Rochelle sous la bannière des fées »

Publié le par Eric Bertrand

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Une semaine après « les Cent Tours de la Lanterne magique », « De Nantes à la Rochelle sous la bannière des fées » est enfin arrivé et sera disponible très prochainement en librairie. Vous pouvez aussi me le commander par voie postale.

                Avec ce deuxième volet de l’ouvrage, qui, à la différence du précédent, est une fiction, le lecteur  quitte La Rochelle, ses rues, son histoire, et s’engouffre dans l’imaginaire. Tout commence dans les ténèbres du Temps, autour d’un vieux château et d’un talisman, propriété d’un chef de clan de l’ile de Skye en Ecosse...

                Et puis, bien longtemps après, en 2100 dans la ville de Nantes...      

                Par le biais de ce nouvel ouvrage qui, par le plus grand des hasards, emprunte une fois de plus les rues de La Rochelle... le lecteur des Cent Tours de la Lanterne magique aura aussi l’occasion de plonger dans les arcanes de la création.

 

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Les purs chez Balzac (1/2) : Rastignac dans le Père Goriot

Publié le par Eric Bertrand

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Dans les grands romans de Balzac, (prenons pour exemples le Père Goriot et Eugénie Grandet,) les êtres purs font la découverte douloureuse du pouvoir de l’argent et de l’esprit de prédation. Les « prédateurs » sont les héros de la modernité réaliste. Après le vague à l’âme romantique et le naufrage des idoles (Napoléon Premier, le peuple souverain, l’Amour, la Chimère...), place à l’Argent, véritable instrument du Pouvoir et clé pour tous les « bonheurs » de ce bas monde. On peut lire tout Balzac, Stendhal, Flaubert ou Maupassant de cette façon. Mais relisons surtout le premier d’entre eux, celui qui a « ouvert le bal à la Vaubyessard » du mouvement réaliste : Balzac.

                Balzac est attaché à ces créatures pures, généralement originaires de cette province où se cultivent encore des valeurs et des principes sacrés, plaisants à bousculer pour un romancier qui s’attache à « l’humble vérité » ! Dans le Père Goriot, lorsqu’Eugène de Rastignac passe de la ville d’Angoulême à Paris, il éprouve une certaine difficulté à renoncer à sa pureté. Il est le héros, sa famille fonde en lui ses espoirs de réussite. Le romancier en fait son « poisson-pilote » pour accompagner le lecteur dans la découverte des « cercles de l’enfer parisien ». Le père Goriot est sublime, mais il n’est plus qu’un Christ dont il faut laisser saigner les plaies. Mlle Victorine Taillefer, quant à elle, est une jeune fille innocente, mais en passe de recevoir une dote importante si « quelqu’un » assassine son frère... L’ancien bagnard Vautrin, inquiétant pensionnaire de la pension Vauquer, explique une première fois le monde à son voisin Rastignac qui ne veut pas l’écouter mais qui subit l’effet de la fascination diabolique que cet ancien bagnard exerce sur les pensionnaires. La comtesse de Beauséant, sa cousine éloignée rompue aux usages du monde, lui donne en d’autres termes la même leçon : « considérez les hommes et les femmes comme des chevaux de poste ». Ce cousin de « Bel-Ami » que devient Rastignac finira par retenir la leçon : « Paris, à nous deux ! » lance-t-il du haut du Père Lachaise à la fin du roman.

 

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Le film « Sur la route » de Walter Salles : voyage au bout de la route... (Intégrale)

Publié le par Eric Bertrand

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La silhouette de Dean Moriarty danse sur la route ouverte et la conquête de l’Ouest des Etats-Unis. Dean Moriarty est un phare allumé sur la calandre de la voiture dans laquelle Sal Paradise et sa troupe de déjantés s’enferment pour suivre un ange diabolique qui les entraîne jusqu’au bout de la nuit. Le film de Walter Salles montre cette fascination qu’exerce le personnage sur tous les proches du narrateur de Sur la route. Les syllabes du nom « Dean Moriarty », dont les lettres sonnent à plusieurs reprises tout au long du film, comportent sans doute, aux oreilles du réalisateur, un peu de cet enjeu qu’est le « beat »... « DEAN MORIARTY », alias Dean Cassidy, nocher infernal à bord d’une drôle d’embarcation, mène ses compagnons de l’autre côté du Fleuve Amériques.

                Autour de Dean et de Sal Paradise (comprenez Jack Kérouac), gravitent une joyeuse troupe de rêveurs, junkies, artistes fous, écrivains, poètes, musiciens, lecteurs passionnés de Rimbaud, Proust ou Céline. Tous avides d’expériences extrêmes, de « dérèglements de tous les sens », à l’image de Rimbaud dont l’image surgit au-dessus de la machine à écrire, tous dans cette « fureur de vivre » chère également à James Dean...

                Dès les premières images, c’est la route qui prend la vedette, c’est elle que tous dévalent à toute allure. La route droite qui s’enfonce vers l’ouest, la route que les sandales usées martèlent « Sandales tellement pleines de champignons que, si on les plantait, elles pourraient pousser » plaisante un autre stoppeur... Le pas de l’auto-stoppeur s’accélère, la cadence redouble, l’ombre du sac à dos gigote, la portière d’une Cadillac claque. Sal  s’installe, discute, redescend, fume un joint, lit trois pages, écrit trois mots, nouveau lift, saute à l’arrière d’un pick-up, discute avec la clique des gens de la route, « on the road ! »... Clac clac de la Remington. Le clavier saisit des mots, ce qu’ils appellent « le it », musique, rythmes, volutes, vapeur, alcool, marijuana, « substances », LSD, jazz, sexe, moteur, vitesse, tête à l’envers, jambes en l’air, noms de lieux, du côté de Denver, du côté de Frisco, Marcel Proust posé en évidence sur le tableau de bord, « Swan’s Way »...

                « My name is Sal, I’m going to Denver »... New York - Denver - San Francisco - New -Orleans - Mexico. La route accomplit une capricieuse rotation vers des lieux de promesse. Au début de l’histoire, Sal a perdu son père et Dean cherche le sien. Quête du père spirituel, quête d’une famille décomposée, sans cesse recomposée. Dans un autocar, Sal rencontre Terry, « la petite Mexicaine » et dans la voiture de Dean, c’est la vicieuse Marilou, vampire adorable (à laquelle Kristen Stewart prête ses traits et ses veines palpitantes), qui trône et impose sa loi : à bord de cet espace de fortune, un moteur entre les jambes, un volant dans les pattes et sous la jupe, tous les coups sont permis.

                Dean est un feu sur l’horizon, une figure à la fois torride et mélancolique, le « feu de croisement » de Sal qui allume, sur un coin de route, ses feux de position. Le réalisateur a choisi ce point de vue : il nous le montre captif, occupé à contempler Dean, (mauvais génie, figure idéale ?), capable de tout tenter, jusqu’au fond de l’ivresse. Finalement, Sal s’arrête au bord du précipice. Ce que Salles cherche surtout à nous montrer, c’est que Jack Kérouac veut écrire son roman à partir des expériences qu’il est en train de vivre... Que, même s’il est tenté par le bout de la route, « Au bout de l’inconnu pour trouver du Nouveau », il choisit de tout arrêter et de laisser s’évanouir Dean dans la nuit new-yorkaise.

                L’une des dernières images du film, très belle, c’est celle de Dean venu revoir son ami après une longue absence, Dean fatigué par la route, les nuits de débauche et de veille. Ce Dean là cède peu à peu la place au Dean que le papier ressuscite... Sal, bien habillé, un peu dandy à la Scott Fitzgerald, cette fois l’abandonne pour suivre des amis à un concert. Il embarque à bord d’une grosse Limousine et Dean reste là, hagard, sur le pavé de New-York. Mais dans la nuit qui suit la séparation, l’écrivain débridé s’empare enfin de ces brouillons qui ont ponctué son aventure et se met au travail, acharné, halluciné... travail non plus d’autostoppeur mais de mots stoppeur, d’images et de sons stoppeur...

                Ce qui compte pour le réalisateur comme pour l’écrivain Jack Kérouac, c’est de saisir ces instants de folie et d’insatiable transgression, c’est de filmer le vertige et ce moment presque palpable où, selon l’expression chère à Shakespeare, « la vie sort de ses gonds ». Cette trépidation de la vie qui crée de beaux délires de mots, d’idées et d’images neuves et, en fin de compte, l’essence même de Littérature... L’Ecriture comme une ligne blanche sur l’interstate, ouvre la porte du Rêve et creuse la route (de la même façon que Proust creusait la mémoire). Elle fait émerger le mythe américain. « Quelque part sur le chemin, je savais qu'il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin, on me tendrait la perle rare ».

                C’est bien là que le roman dépasse le film... « Sur la route » s’apprécie davantage à « la qualité du pneumatique ». Certes, la caméra « cire les pneus », multiplie les loopings, les têtes-à-queues, les dérapages contrôlés : plans, horizon de routes, Rocky Mountains, fleuve Colorado, lumières de Denver la nuit, visage « solaire » de Dean en contre-plongée et gracieux minois de Marilou en plongée en pamoison dans le désordre des draps, séquences cut dans les bars, hôtels, lits, siège arrière de « carlingue », cadence de la Remington qui saisit enfin l’histoire, kilomètres de feuilles collées les unes aux autres... Le film finit par tourner en rond et lasser le spectateur qui cependant n’a qu’une hâte, lorsqu’il quitte la salle obscure, dévaler la prose de Kérouac.

 


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