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Critique de "l'Organisme"

Publié le par Eric Bertrand

couverture Orga

Revoilà « l’Organisme »... Ce roman en prise directe avec les établissements scolaires et les milieux enseignants ne pouvait qu’éveiller l’intérêt de certains collègues. C’est ainsi que dernièrement, sous l’impulsion de la CASDEN (branche de la Banque populaire destinée aux profs), cet article a vu le jour sur le site dédié aux enseignants.

                La critique formulée me paraît assez juste même si les mots de la fin sont un peu « caricaturaux ».

http://www.vousnousils.fr/2012/03/27/le-college-raconte-a-la-maniere-de-kafka-524388

 


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Article du mois : rencontre de l’écrivain Lyonel Trouillot

Publié le par Eric Bertrand

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                        Un écrivain, fût-il célèbre, n’a pas le succès d’une rock-star et ne produit pas d’émeute dans les couloirs des lycées. Jeudi matin 15 mars, Lyonel Trouillot est arrivé au lycée Vieljeux de La Rochelle, « par la petite porte ». Nous l’avons rejoint au CDI, les documentalistes, les professeurs, les deux classes de secondes associées. Les sièges en demi-cercle devant le Siège de l’écrivain, juste devant la baie vitrée, sorte de Palais du Grand large de Saint-Malo pour un festival Etonnants Voyageurs en version domestique.

                     Peu à peu, les élèves s’installent, certains munis d’une petite feuille griffonnée de questions, d’autres renâclant à ouvrir les sacs, l’œil sournois, contrariés de constater que la petite silhouette de l’écrivain coiffé d’un chapeau noir, s’appuyant sur une canne, ne correspond pas exactement au héros qu’ils ont imaginé derrière le Livre ou derrière l’Ecran. Mais tout de même, ça leur fait quelque chose, ce cérémonial. Lyonel Trouillot est là, en chair et en os, pour la première fois dans les murs de leur lycée. Et puis il vient de si loin... et puis ses livres se dressent là, tout autour, dans les rayons de la bibliothèque... Et puis les profs l’écoutent et n’osent même plus faire cours ! Tout de même, ça en impose !

                     Silence contenu, silence de début d’année pour jauger le discours de l’adulte qui vient d’ailleurs, d’une terre de séisme et de dictature, d’une terre d’esclavage et de révolte... Toussaint Louverture, Saint-Domingue, le sucre. Ça creuse son sillage dans les esprits de lycéens d’une cité tournée vers la mer et patrie des Fleuriau et des Rastaud...  Exposés sur Haïti en vent arrière, l’adulte qui sait de quoi il cause, il a le vent en poupe devant la flotille des caboteurs. Et pourtant, en début de séance, rien n’est encore acquis et le vent peut tourner !

                     Eux, les optimistes, ils ont le nombre, la jeunesse, l’excitation, l’impatience, l’esprit qui volette. Lui, il se sent fatigué. Sa voix éraillée, sourde, peine à suivre les tirants d’eau de l’esprit. Le fauteuil (il a du mal à trouver sa position) grince, couine, pépie. Mais il a derrière lui l’armada de ses livres, et ce destin que les élèves ont parcouru sur internet. Etudes de droit, journalisme, poésie, romans, engagement, émissions de télé, de radio, ça vous pose un homme et ça en jette, à défaut d’éblouir.

                     Les questions ni ne fusent, ni n’affluent. Elles viennent simplement. Pas spontanées, pas vraiment curieuses au début. Seulement préparées. Presque guindées, polies, conventionnelles. Mais le propre d’un écrivain n’est-ce pas, c’est de jouer avec les conventions et de leur casser le cou ! C’est ce que répètera Trouillot dans son discours. Comment trouvez-vous l’inspiration ? Tous les lieux sont-ils réels dans vos romans ? Combien de temps prenez-vous pour écrire un roman ? Pourquoi avez-vous arrêté vos études de droit ? Quel rôle la musique joue-t-elle dans vos écrits ? Quelle place accordez-vous au football ? Un étudiant peut-il se rendre utile s’il va à Haïti pour aider la population ?... 

                     Couinement du siège. Ecrire, c’est prendre un grand cahier relié, marquer la phrase de fin, trouver le bon titre et élaborer la première phrase. Celle qui servira de charnière, celle à partir de laquelle tout le reste de la charpente va s’édifier. Il ne faudra pas longtemps (peut-être deux ou trois mois) pour parcourir l’espace vide du cahier, jusqu’à son terme attendu... L’essentiel a eu lieu avant, dans les longs moments de réflexion, de maturation passés dans les cafés, à écouter, observer, échanger avec des gens.

                     Nouveau couinement. L’inspiration est un mythe romantique ! Il n’y a que le réel qu’il faut interpréter. L’écrivain est un « prédateur » : il se nourrit de ce qu’il entend, de ce qu’il enregistre, de ce qu’il constate. Regard sur l’assistance. Les élèves sentent passer le papillon. Pépiement du siège. L’écrivain se nourrit, réfléchit, théorise. Mais il s’amuse également. Il a beaucoup lu de théories littéraires qui lui donnent toujours l’envie de créer des formes nouvelles. De même qu’aucun livre ne se conçoit sans un message, une opinion à poser, aucun livre ne se conçoit sans la forme qu’il porte. La forme est le filet au fond duquel glisse l’engagement de l’écrivain. Nouveau pépiement.

                     Dans un pays comme Haïti, longtemps marqué par la dictature, Lyonel Trouillot a dû se « camoufler » pour préserver son droit de parole. Grincement du siège. Non, il n’a pas « arrêté » ses études de droit ! Au contraire, cette qualification lui a fourni un « camouflage ». Cela valait sans doute mieux de le prendre de cette façon que de se rendre complice d’un système fondé sur l’exploitation des pauvres. Nouveau grincement. Plutôt que de vouloir à tout prix aider les Haïtiens, la chose la plus importante est de se rendre utile à ceux qui en ont besoin et qui sont parfois tout près de chez soi. Le territoire de Haïti est un territoire meurtri. De ce fait, et depuis très longtemps, les occidentaux ont souvent tendance à porter un regard paternaliste sur les Haïtiens. Si on a vraiment l’envie d’aider cette partie du monde, alors il faut d’abord essayer de comprendre la situation. Il faut aller sur place, et rencontrer les gens, les écouter, et leur parler d’égal à égal. Lyonel Trouillot parle d’égal à égal aux jeunes élèves qui sont venus l’écouter. La sonnerie retentit. Il faut arrêter. L’échange peut se prolonger autrement désormais.

                     Et lorsque nous faisons un petit bilan de la rencontre, il termine ainsi : « Est-ce qu’ils écrivent ? » C’est une belle question, que je laisse ouverte.

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Mise à jour du site "Eric Bertrand"

Publié le par Eric Bertrand

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Logiquement, comme après chaque étape importante dans les publications de mes livres, il y a eu refonte du site. C’est ce qui vient de se produire sur http://www.ericbertrand.fr.

                Il est d’ailleurs en bonne place sur le site des éditions Alter évoqué hier. Hommages à Jenny que l’éditeur a félicitée pour « la sobriété », « l’efficacité » de son travail !

 

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Le site Alter éditions

Publié le par Eric Bertrand

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http://alteredition.net/

                En peu de temps, me voici devenu familier de ce site qui me fait l’honneur de sa première page. Je laisse le lecteur prendre le temps de lire la présentation de l’esprit dans lequel travaille cet éditeur.

                Aléas, c’est terminé et Alter reprend la succession. Beaucoup d’autres livres vont faire leur apparition à la suite de cette petite dizaine d’ouvrages d’ores et déjà accessibles via le site.

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Trail des vignes dans l’ile de Ré ou le petit vin doux de la mémoire (version intégrale)

Publié le par Eric Bertrand

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10h00, dans ce petit matin où la montre joue des tours, il n’est pas 9h00 mais 10h00. Ceux qui n’ont pas pensé à régler leurs montres ne pourront pas s’aligner pour le départ de cette belle course qui s’élance de la commune de Sainte-Marie de Ré. Village où tu venais, chaque été, passer des vacances familiales. C’était à l’époque des bacs, des ânes en culottes et des tours de France sans dopage.

                La course s’annonce aussi délicieuse qu’un grand cru : « trail des vignes »... Coupe de vin pour griser le coureur et lui offrir autre chose qu’un simple parcours de course. Environ 500 coureurs égayés dans les vignes. Mais pas d’esprit fouacier ! « Comme c’est beau ! » s’exclamera l’une des concurrentes au moment d’arriver sur la plage.

                10h00. C’est parti ! Direction la Noue, puis les Grenettes. Plage de ton enfance... Odeurs de varech, cris de goélands. Coopératives viticoles, vin de chais, pineau... « Rendez-vous à l’apéro ! ». Dernières plaisanteries. A présent, concentration ! « C’est dur un trail ! », il faut « gérer sa course » comme le rappellent ceux d’entre vous qui courent en club. Volets verts encore clos, « debout les pyjamas ! » Jardins clos, piscines brillant derrière oliviers et pins maritimes. Claquement et impatience des baskets sur le bitume, foulée encore souple et légère. Mollets luisants. Odeur de crème décontractante sur les cuisses.

                Ciel clair et bleu du matin. Ruelles tortueuses, usées. Dentelles de venelles effritées, blanches en quichenottes sous la figure voutée du soleil... Mais les quichenottes ont disparu et les premiers touristes en bigoudis sortent effarés dans le jardin, regardent passer à toute vitesse les quêteurs de plage et les chercheurs d’or...  « Mais vers où courent-ils donc ? »... La plage est encore loin, tout au bout, après le Bois-Plage, au lieu-dit « le Gouillaud ».

                Le chemin s’engage dans le bois. Pénombre. Les groupes se disloquent. « On suit, on suit, mais où on va ? » te souffle une voix qui remonte de l’arrière... Panurge est devant ! De l’autre côté de la dune, avec les moutons de la mer. Tout ce que tu sais, c’est que tu ne plongeras pas.

                Ensablement sous les pieds. Maintenant, tu te souviens... Du côté des Grenettes, les pneus des voitures enfonçaient à l’époque. Dérapage contrôlé sur ton vieux biclou, celui de l’arrière-grand-mère. Tu finissais par rattraper l’auto de tes parents et le panier de pique-nique avec son chocolat fondu sous le soleil. Les rouleaux de la mer et les embruns qui remontaient jusqu’à la dune en même temps que les clameurs de la plage. Vieux blockhaus et munitions d’été, mitraillette de sable blanc et assaut des puces de mer. Tu portes comme les autres une puce à la cheville gauche, bracelet électronique : dossard 303.

                Course échevelée jusqu’au bas de la dune, les bras écartés. Odeur forte de marée. Défilé de toutes les plages. Plage, sable, horizon, plage, sable, horizon... Phare de Chauveau où ton arrière-grand-père allait pêcher le crabe, de l’autre côté des écluses. 11h00. Marée basse, sable humide. Par delà Oléron, un immense treillis de soleil monte lentement, fait vibrer l’espace de la plage, chauffe le sable et les coins d’eau entre les rochers. Crevettes rosissant dans les flaques. Tu passais des heures à la pêche à pied.

                Les baskets sur les cailloux font désormais un bruit de coquillage. Il monte à ton oreille et tu entends la mer. Coques, berniques, coquilles d’huitres, couteaux tirés au ras du sable. Derrière toi, une fille gracile voltige entre les galets. Tu as toujours admiré la dextérité des filles à la pêche à pied. Elles ne mouillaient jamais leurs chevilles.

                Slalom entre les galets. La plage, c’est fini. Jeunes filles en fleurs sous les parasols. Tu reprends ton vélo à regret... Tu dois rentrer à toute vitesse. A l’heure du souper, les aïeux assis près de la grande horloge n’aiment pas attendre trop longtemps. Déjà l’odeur de la soupe aux crustacés remplit l’espace de la maison rue du 14 juillet.

                Pistes de sable où le pied s’enfonce. Route blanche entre les vignes, piste cyclable. Le pignon rouillé de ton biclou tourne comme une vieille horloge. 11h15, le pas s’est alourdi. Tu n’a plus dix-sept ans ! Dans les courses à pied, à l’inscription, si tu as au-delà de trente cinq ans, tu es un « vétéran ». Cher clocher de Sainte-Marie posé sur l’horizon. Clocher de Tansonville de Marcel Proust... Méandres de mémoire tout autour de ce repère sacré qui sonnait bon les vacances d’été. Après le bac et le phare de Chauveau, c’était lui le gardien.

                Petit sentier malaisé devant la thalasso. Robes de chambres blanches devant l’hôtel de Balbec. C’est le même océan que celui d’Elstir. Coups de pinceaux dans le bleu de la mer. Les Charlus et les Guermantes vous regardent passer. Les cuillères tintent au fond des tasses. Du thé, un nuage de lait, peut-être un bout de madeleine ? Souvenir d’un repas de noces d’or, phare de Chauveau, pêche au crabe. L’arrière-grand-père a quitté son île. Il a emprunté le pont pour la première fois. Il n’est plus revenu promener sa gourbeuille du côté des rochers.

                Retour à travers les vignes, le bon petit vin de l’ile et le sable d’or qu’il dépose sur le palais de la mémoire.

 

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