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Rencontre de l’écrivain Lyonel Trouillot au lycée Vieljeux (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

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                         Nouveau couinement. L’inspiration est un mythe romantique ! Il n’y a que le réel qu’il faut interpréter. L’écrivain est un « prédateur » : il se nourrit de ce qu’il entend, de ce qu’il enregistre, de ce qu’il constate. Regard sur l’assistance. Les élèves sentent passer le papillon. Pépiement du siège. L’écrivain se nourrit, réfléchit, théorise. Mais il s’amuse également. Il a beaucoup lu de théories littéraires qui lui donnent toujours l’envie de créer des formes nouvelles. De même qu’aucun livre ne se conçoit sans un message, une opinion à poser, aucun livre ne se conçoit sans la forme qu’il porte. La forme est le filet au fond duquel glisse l’engagement de l’écrivain. Nouveau pépiement.

                     Dans un pays comme Haïti, longtemps marqué par la dictature, Lyonel Trouillot a dû se « camoufler » pour préserver son droit de parole. Grincement du siège. Non, il n’a pas « arrêté » ses études de droit ! Au contraire, cette qualification lui a fourni un « camouflage ». Cela valait sans doute mieux de le prendre de cette façon que de se rendre complice d’un système fondé sur l’exploitation des pauvres. Nouveau grincement. Plutôt que de vouloir à tout prix aider les Haïtiens, la chose la plus importante est de se rendre utile à ceux qui en ont besoin et qui sont parfois tout près de chez soi. Le territoire de Haïti est un territoire meurtri. De ce fait, et depuis très longtemps, les occidentaux ont souvent tendance à porter un regard paternaliste sur les Haïtiens. Si on a vraiment l’envie d’aider cette partie du monde, alors il faut d’abord essayer de comprendre la situation. Il faut aller sur place, et rencontrer les gens, les écouter, et leur parler d’égal à égal. Lyonel Trouillot parle d’égal à égal aux jeunes élèves qui sont venus l’écouter. La sonnerie retentit. Il faut arrêter. L’échange peut se prolonger autrement désormais.

                     Et lorsque nous faisons un petit bilan de la rencontre, il termine ainsi : « Est-ce qu’ils écrivent ? » C’est une belle question, que je laisse ouverte.

 

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Rencontre de l’écrivain Lyonel Trouillot au lycée Vieljeux (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

Bretagne2012 (172) [1600x1200]

 

                       Eux, les optimistes, ils ont le nombre, la jeunesse, l’excitation, l’impatience, l’esprit qui volette. Lui, il se sent fatigué. Sa voix éraillée, sourde, peine à suivre les tirants d’eau de l’esprit. Le fauteuil (il a du mal à trouver sa position) grince, couine, pépie. Mais il a derrière lui l’armada de ses livres, et ce destin que les élèves ont parcouru sur internet. Etudes de droit, journalisme, poésie, romans, engagement, émissions de télé, de radio, ça vous pose un homme et ça en jette, à défaut d’éblouir.

                     Les questions ni ne fusent, ni n’affluent. Elles viennent simplement. Pas spontanées, pas vraiment curieuses au début. Seulement préparées. Presque guindées, polies, conventionnelles. Mais le propre d’un écrivain n’est-ce pas, c’est de jouer avec les conventions et de leur casser le cou ! C’est ce que répètera Trouillot dans son discours. Comment trouvez-vous l’inspiration ? Tous les lieux sont-ils réels dans vos romans ? Combien de temps prenez-vous pour écrire un roman ? Pourquoi avez-vous arrêté vos études de droit ? Quel rôle la musique joue-t-elle dans vos écrits ? Quelle place accordez-vous au football ? Un étudiant peut-il se rendre utile s’il va à Haïti pour aider la population ?...  

                     Couinement du siège. Ecrire, c’est prendre un grand cahier relié, marquer la phrase de fin, trouver le bon titre et élaborer la première phrase. Celle qui servira de charnière, celle à partir de laquelle tout le reste de la charpente va s’édifier. Il ne faudra pas longtemps (peut-être deux ou trois mois) pour parcourir l’espace vide du cahier, jusqu’à son terme attendu... L’essentiel a eu lieu avant, dans les longs moments de réflexion, de maturation passés dans les cafés, à écouter, observer, échanger avec des gens.

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Rencontre de l’écrivain Lyonel Trouillot au lycée Vieljeux (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

Bretagne2012 (165) [1600x1200]

                  Un écrivain, fût-il célèbre, n’a pas le succès d’une rock-star et ne produit pas d’émeute dans les couloirs des lycées. Jeudi matin 15 mars, Lyonel Trouillot est arrivé au lycée Vieljeux de La Rochelle, « par la petite porte ». Nous l’avons rejoint au CDI, les documentalistes, les professeurs, les deux classes de secondes associées. Les sièges en demi-cercle devant le Siège de l’écrivain, juste devant la baie vitrée, sorte de Palais du Grand large de Saint-Malo pour un festival Etonnants Voyageurs en version domestique.

                     Peu à peu, les élèves s’installent, certains munis d’une petite feuille griffonnée de questions, d’autres renâclant à ouvrir les sacs, l’œil sournois, contrariés de constater que la petite silhouette de l’écrivain coiffé d’un chapeau noir, s’appuyant sur une canne, ne correspond pas exactement au héros qu’ils ont imaginé derrière le Livre ou derrière l’Ecran. Mais tout de même, ça leur fait quelque chose, ce cérémonial. Lyonel Trouillot est là, en chair et en os, pour la première fois dans les murs de leur lycée. Et puis il vient de si loin... et puis ses livres se dressent là, tout autour, dans les rayons de la bibliothèque... Et puis les profs l’écoutent et n’osent même plus faire cours ! Tout de même, ça en impose !

                     Silence contenu, silence de début d’année pour jauger le discours de l’adulte qui vient d’ailleurs, d’une terre de séisme et de dictature, d’une terre d’esclavage et de révolte... Toussaint Louverture, Saint-Domingue, le sucre. Ça creuse son sillage dans les esprits de lycéens d’une cité tournée vers la mer et patrie des Fleuriau et des Rastaud...  Exposés sur Haïti en vent arrière, l’adulte qui sait de quoi il cause, il a le vent en poupe devant la flotille des caboteurs. Et pourtant, en début de séance, rien n’est encore acquis et le vent peut tourner !

 

 

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« Molière » de Laurent Tirard (intégral)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

Ce film de 2007 de Laurent Tirard, explore astucieusement à la fois l’œuvre et la vie du célèbre Jean-Baptiste Poquelin dont le nom est souvent cité par les personnages du film... Car le fait est que Jean-Baptiste n’a pas tout de suite été Molière... Le film est fondé, pour l’essentiel, sur un flash-back qui ramène aux premières années de la carrière de l’artiste. Période où, suite aux difficultés rencontrées à Paris, il décide de s’en aller avec sa troupe, « l’Illustre théâtre », et sa jeune femme, la comédienne Madeleine Béjart, sur les routes de province.

                Pour les amateurs de dates, on dira que cette partie se situe autour de 1644. Jean-Baptiste à 22 ans, il est passionné par la tragédie, genre qu’il juge supérieur à tous les autres. Il n’est pourtant pas doué du tout pour jouer dans ce registre et réussit beaucoup mieux sitôt qu’il s’exprime dans le domaine du comique. Son sens de l’observation et ses audaces lui valent aussitôt le cul de basse-fosse et son père renie le garnement qui déshonore son nom (rappelons que le sieur Poquelin est tapissier du roi). C’est alors que Laurent Tirard a l’idée de faire intervient par miracle un certain Mr Jourdain... Poquelin est emmené dans le grand domaine de ce Mr Jourdain, loin de Paris où il va contre contrat, séjourner deux ans.

                « L’épisode Jourdain » est encadré par deux autres moments dans le film. Le premier, au tout début, renvoie à l’année 1658 où, après treize ans de « voyage », la troupe de Molière devenue célèbre, revient à Paris, invitée par Monsieur, frère du Roi, à donner des spectacles dans le cadre du théâtre du Petit-Bourbon, en alternance avec « les Italiens ». Molière voudrait hausser le niveau des farces et des comédies qu’il a données au cours de sa longue tournée... mais il doit se résigner, Monsieur, comme le reste de la troupe du reste, exige qu’on lui donne du rire.

                Le second moment (après l’épisode Jourdain) ramène le spectateur au moment du triomphe de Molière à la cour. L’artiste a suivi les conseils de Mme Jourdain et a su « inventer un nouveau type de comédie », fondé sur l’exploitation de ses années d’apprentissage et d’observation de la nature humaine. Les pièces qui défilent alors, « les Fourberies de Scapin », « le Bourgeois gentilhomme », « le Misanthrope », « Tartuffe », « les Femmes savantes », font écho à des situations, des répliques, des dialogues entendus au cours de l’épisode Jourdain, sur lequel repose donc l’essentiel de la trame.

                En cachette de son épouse Elmire (le nom de la femme d’Orgon dans « Tartuffe »), Mr Jourdain est un bourgeois cousu d’or (admirablement interprété par Fabrice Lucchini) qui s’est mis en tête de séduire une précieuse, une certaine Célimène, dont le nom renvoie aussi au fameux « Misanthrope ». Ainsi ce Jourdain là emprunte-t-il notamment ses traits à la fois à Alceste (le misanthrope), à Orgon, à Harpagon (il a une armoire rempli d’or) et au bourgeois gentilhomme.

                Pour parvenir à ses fins, il souhaite, comme le vrai Mr Jourdain, acquérir une éducation et pratiquer le beau langage, apprendre à bien parler à la fameuse « belle marquise » ! Belle marquise, beaux vos yeux me font d’amour mourir... Toute une cour de profiteurs fréquente sa maison : maître de musique (un certain Valère qui, comme dans « l’Avare », courtise sa fille Henriette), maître de danse, maître de philosophie, maître de peinture et maître chanteur...  

                Car, pour l’introduire auprès de l’inaccessible Célimène qui tient un salon de précieuses, Mr Jourdain compte sur les bons soins d’un certain Dorante (imposteur qui utilise pour son propre compte les présents dont le galant honore sa dame !). Dans cette société de flatteurs, Poquelin est embauché pour apprendre le théâtre à Mr Jourdain.

                Il fait son entrée dans la splendide propriété sous l’identité de Mr Tartuffe et sous l’habit de l’ecclésiastique. Elmire n’est pas très longtemps dupe de la mascarade. Elle est même sensible au charme de ce faux-Tartuffe avec qui elle rejoue autrement (et pour son propre compte !) la scène d’Orgon sous la table... Malgré la différence de statuts et la différence d’âge, Jean-Baptiste et Elmire deviennent amants. Elmire apprécie en particulier le talent de l’écrivain et le brio dont il témoigne face à toutes les situations les plus inattendues. Comme son mari, cette femme libre et intelligente, s’autorise une amourette dont elle sait qu’elle ne durera pas.

                Le temps est en effet venu pour le jeune auteur de « se mettre au travail »... Pour venir en aide à ce maître odieusement abusé par une coquette, Poquelin propose d’abord à son « complice » de jouer une scène de théâtre afin de mettre un terme à « l’opération Célimène ». Mr Jourdain, sous le masque d’une vieille précieuse, assiste dépité au portrait caustique que la cruelle femme savante, aiguillée par un faux « marquis de Poquelin », fait de lui dans son salon. Il a recours à une autre scène pour éviter le mariage entre Henriette et Dorante, et réconcilier les époux Jourdain : il invente une histoire qui sera reprise à la base dans « les Fourberies de Scapin ». Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?

                Cette fois, c’est Elmire qui est mise à contribution et qui s’en tire brillamment. La famille recomposée, Poquelin n’a désormais plus rien à faire dans la maison Jourdain. Il peut s’en aller et rejoindre le reste de la troupe à Paris. Madame Jourdain l’y encourage... Quinze ans plus tard, à la fin du film, le spectateur la retrouve victime des saignées des médecins (autre thème ô combien moliéresque !). Elle le félicite et l’encourage toujours à écrire des comédies « qui expriment l’âme humaine » et qui se nourrissent du regard porté sur ses semblables.

 

 

 

 

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Molière » de Laurent Tirard (4/4)

Publié le par Eric Bertrand

 

Bretagne2012 (139) [1600x1200]

 

Le temps est en effet venu pour le jeune auteur de « se mettre au travail »... Pour venir en aide à ce maître odieusement abusé par une coquette, Poquelin propose d’abord à son « complice » de jouer une scène de théâtre afin de mettre un terme à « l’opération Célimène ». Mr Jourdain, sous le masque d’une vieille précieuse, assiste dépité au portrait caustique que la cruelle femme savante, aiguillée par un faux « marquis de Poquelin », fait de lui dans son salon. Il a recours à une autre scène pour éviter le mariage entre Henriette et Dorante, et réconcilier les époux Jourdain : il invente une histoire qui sera reprise à la base dans « les Fourberies de Scapin ». Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?

                Cette fois, c’est Elmire qui est mise à contribution et qui s’en tire brillamment. La famille recomposée, Poquelin n’a désormais plus rien à faire dans la maison Jourdain. Il peut s’en aller et rejoindre le reste de la troupe à Paris. Madame Jourdain l’y encourage... Quinze ans plus tard, à la fin du film, le spectateur la retrouve victime des saignées des médecins (autre thème ô combien moliéresque !). Elle le félicite et l’encourage toujours à écrire des comédies « qui expriment l’âme humaine » et qui se nourrissent du regard porté sur ses semblables.

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