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« Molière » de Laurent Tirard (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

 

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Pour parvenir à ses fins, il souhaite, comme le vrai Mr Jourdain, acquérir une éducation et pratiquer le beau langage, apprendre à bien parler à la fameuse « belle marquise » ! Belle marquise, beaux vos yeux me font d’amour mourir... Toute une cour de profiteurs fréquente sa maison : maître de musique (un certain Valère qui, comme dans « l’Avare », courtise sa fille Henriette), maître de danse, maître de philosophie, maître de peinture et maître chanteur...

                Car, pour l’introduire auprès de l’inaccessible Célimène qui tient un salon de précieuses, Mr Jourdain compte sur les bons soins d’un certain Dorante (imposteur qui utilise pour son propre compte les présents dont le galant honore sa dame !). Dans cette société de flatteurs, Poquelin est embauché pour apprendre le théâtre à Mr Jourdain.

                Il fait son entrée dans la splendide propriété sous l’identité de Mr Tartuffe et sous l’habit de l’ecclésiastique. Elmire n’est pas très longtemps dupe de la mascarade. Elle est même sensible au charme de ce faux-Tartuffe avec qui elle rejoue autrement (et pour son propre compte !) la scène d’Orgon sous la table... Malgré la différence de statuts et la différence d’âge, Jean-Baptiste et Elmire deviennent amants. Elmire apprécie en particulier le talent de l’écrivain et le brio dont il témoigne face à toutes les situations les plus inattendues. Comme son mari, cette femme libre et intelligente, s’autorise une amourette dont elle sait qu’elle ne durera pas.

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« Molière » de Laurent Tirard (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

« L’épisode Jourdain » est encadré par deux autres moments dans le film. Le premier, au tout début, renvoie à l’année 1658 où, après treize ans de « voyage », la troupe de Molière devenue célèbre, revient à Paris, invitée par Monsieur, frère du Roi, à donner des spectacles dans le cadre du théâtre du Petit-Bourbon, en alternance avec « les Italiens ». Molière voudrait hausser le niveau des farces et des comédies qu’il a données au cours de sa longue tournée... mais il doit se résigner, Monsieur, comme le reste de la troupe du reste, exige qu’on lui donne du rire.

                Le second moment (après l’épisode Jourdain) ramène le spectateur au moment du triomphe de Molière à la cour. L’artiste a suivi les conseils de Mme Jourdain et a su « inventer un nouveau type de comédie », fondé sur l’exploitation de ses années d’apprentissage et d’observation de la nature humaine. Les pièces qui défilent alors, « les Fourberies de Scapin », « le Bourgeois gentilhomme », « le Misanthrope », « Tartuffe », « les Femmes savantes », font écho à des situations, des répliques, des dialogues entendus au cours de l’épisode Jourdain, sur lequel repose donc l’essentiel de la trame.

                En cachette de son épouse Elmire (le nom de la femme d’Orgon dans « Tartuffe »), Mr Jourdain est un bourgeois cousu d’or (admirablement interprété par Fabrice Lucchini) qui s’est mis en tête de séduire une précieuse, une certaine Célimène, dont le nom renvoie aussi au fameux « Misanthrope ». Ainsi ce Jourdain là emprunte-t-il notamment ses traits à la fois à Alceste (le misanthrope), à Orgon, à Harpagon (il a une armoire rempli d’or) et au bourgeois gentilhomme.

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« Molière » de Laurent Tirard (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

                          Ce film de 2007 de Laurent Tirard, explore astucieusement à la fois l’œuvre et la vie du célèbre Jean-Baptiste Poquelin dont le nom est souvent cité par les personnages du film... Car le fait est que Jean-Baptiste n’a pas tout de suite été Molière... Le film est fondé, pour l’essentiel, sur un flash-back qui ramène aux premières années de la carrière de l’artiste. Période où, suite aux difficultés rencontrées à Paris, il décide de s’en aller avec sa troupe, « l’Illustre théâtre », et sa jeune femme, la comédienne Madeleine Béjart, sur les routes de province.

                Pour les amateurs de dates, on dira que cette partie se situe autour de 1644. Jean-Baptiste à 22 ans, il est passionné par la tragédie, genre qu’il juge supérieur à tous les autres. Il n’est pourtant pas doué du tout pour jouer dans ce registre et réussit beaucoup mieux sitôt qu’il s’exprime dans le domaine du comique. Son sens de l’observation et ses audaces lui valent aussitôt le cul de basse-fosse et son père renie le garnement qui déshonore son nom (rappelons que le sieur Poquelin est tapissier du roi). C’est alors que Laurent Tirard a l’idée de faire intervenir par miracle un certain Mr Jourdain... Poquelin est emmené dans le grand domaine de ce Mr Jourdain, loin de Paris où il va contre contrat, séjourner deux ans.

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Article du mois : « Tartuffe » à la Coursive (Mise en scène d’Eric Lacascade)

Publié le par Eric Bertrand

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Fin de la pièce. Avant le salut. Tous les comédiens sont sur scène. Tous, ou presque. Dans la mise en scène d’Eric Lacascade, la dernière image ressemble un peu à une photo qu’on va ranger dans un album familial à la page des bons souvenirs. Ils sont venus, ils sont tous là, ils se tiennent proches les uns des autres, la mamma (intraitable Mme Pernelle), le père, la mère, l’oncle, le fils, la fille, le futur gendre, la servante, ils sourient au photographe, Orgon en l’occurrence... qui s’empresse de rejoindre le cadre avant le déclanchement : cheese ! Cheese, parce que Tartuffe n’est pas sur la photo... envolé l’oiseau ! Plumé juste à temps par les soins de la justice du Prince, le Prince à qui, soit dit en passant, on a « lissé les plumes ». Molière savait ménager ses soutiens.

               Ouf, ils ont raison de sourire car ils ont eu chaud ...  Par obstination et légèreté, le fanatique Orgon s’était en effet mis en tête de récompenser le « pauvre homme » en lui accordant la main de sa fille et en le désignant comme unique héritier de ses biens. Et à l’acte 5, le « pied-plat » a si bien manœuvré qu’il a mis « son bienfaiteur » à genoux, au propre comme au figuré ! Flash back sur cette folle aventure...

 

                Quand commence la pièce, une grande agitation règne dans la maison d’Orgon que Mme Pernelle désigne comme « la tour de Babylone » avec « ces carrosses sans cesse à la porte plantés » et  sa bru « vêtue ainsi qu’une princesse » : elle lui oppose le souvenir raisonnable de la défunte épouse de son fils qui a fait l’erreur de se remarier. Rebecca de Winter dans le manoir d’Orgon ! Dans la mise en scène d’Eric Lacascade, Orgon a des allures de gamin incontrôlable : il rappelle Louis de Funès ou Buster Keaton. Nerveux, imprévisible, violent, il n’en fait qu’à sa tête et la multiplication de ses pas électrise les planches. Le décor surprend, c’est une sorte de maison de poupée branlante, ce qui a pour effet de confiner l’espace domestique. On accède à l’étage par le biais d’un escalier roulant que poussent les personnages. Orgon prend son bain dans l’une des pièces du haut à son retour de voyage. De sa baignoire, il devise et, à la scène 5 de l’acte 1, met la tête sous l’eau à son beau frère Cléante, pour le châtier d’oser mal parler de Tartuffe.  

               A côté de la salle de bain, une série de portes qui s’ouvrent et qui se ferment. Chambres, bureaux, boudoirs, balcon, portes à double fond ? Le diable est dans la boite... quelque part au fond des corridors... car ce Tartuffe, dont on parle beaucoup jusqu’au troisième acte, ne montre pas facilement le bout de sa bure. Sournoisement, il se recueille, attend son heure pour « tartuffier » les gens et s’emparer enfin du pouvoir... En bas, en fond de scène, derrière un fin rideau de gaze, trône un petit autel sur lequel clignotent des bougies. L’ambiance est à la repentance ou à la machination.

                Depuis quelque temps, un air de « débauche » et de libertinage s’est infiltré dans la maison « et c’est tout simplement la cour du Roi Pétaut » déplore Mme Pernelle, appuyée par son fils qui lui court dans les jupes et fait peser le rideau de la bigoterie. Il faut décidément y remettre de l’ordre, régler les consciences selon la norme morale et religieuse, et c’est tout justement l’office du maitre de conscience, « Mr Tartuffe ». Cet austère dévot qu’on dirait sorti tout droit des réseaux de l’opus dei d’un roman de Dan Brown, fait si bien pénitence en maniant sa « haire » et sa « discipline » qu’il saura bien aussi redresser les conduites.

               Madame est une épouse un peu volage, une Célimène dont il faut contrôler les visites et étouffer la coquetterie... Cela tombe bien, la servante Dorine, fine mouche, a flairé en Tartuffe le mâle « bien tendre à la tentation ». Puisque « la chair sur ses sens fait grande impression » le sein qu’il « ne saurait voir » est sans doute de la même étoffe que l’habit d’Elmire. Et le mufle ne pourra évidemment pas s’empêcher de venir « tâter le tissu »... La ligue anti-Tartuffe avait déjà jugé suspects son goût du vin, de la viande et de la sieste, mais n’avait pas encore levé le drap sur son goût de la luxure. Telle est l’hypothèse de l’inspecteur Dorine, experte en affaire de moeurs ! Comme dans un film de Bertrand Tavernier, Elmire, qu’on imagine assez bien sous la chair de Marie Gillain, devient « un appât ».

              Une première fois victime des avances de Tartuffe, elle l’a d’abord repoussé. Mais elle comprend elle aussi qu’elle a touché au point névralgique du personnage. Alors, très adroitement, elle y revient. Ne serait-ce d’abord que pour annuler l’odieux mariage prévu avec sa fille... Comment faire ? Le vieux lion naguère éconduit se méfie... La mise en scène de Lacascade exploite astucieusement le langage du corps qu’autorise le texte à cet endroit de la pièce (acte 4, scène 5). « On a des secrets à vous y révéler »... Daria Lippi, comédienne au charmant accent italien, ne ménage pas les moyens... Elle dégrafe son soutien-gorge, retrousse sa jupe, défait son chignon, ébouriffe sa chevelure. Sous « l’étoffe moelleuse de la robe et le velours de la voix, elle sort les griffes, elle devient femme fauve.

           Alors la bête se déchaîne. Orgon, stoïque, abruti, transparent, reste installé sous la table, table ronde qui devient un ring sur laquelle saute la furie de l’Amour. Va-t-il enfin admettre ses erreurs et reconnaitre l’imposteur ? Va-t-il enfin sortir de sa cachette et libérer sa jeune épouse de l’étreinte animale du fringant défroqué ? Tous les beaux discours de vertu, les prétextes célestes et les appels à Dieu sont jetés en boule sous la table, la table divan, la table clic clac, qui s’est mise à tourner dans tous les sens. C’est le sommet de la pièce. Les trépidations de la folie et les abois du criminel assoiffé de vengeance... Orgon ne sort pas vainqueur de l’embuscade : il s’égare, comprend brutalement qu’il a tout perdu, que les choses lui échappent et que plus rien ne peut désormais arrêter la fureur du scélérat. Il tourbillonne dans l’escalier, va, vient, monte et descend, menace de se pendre d’en haut du balcon. Personne ne sort plus de cette maison dont les portes se sont fermées. Ils n’y a plus qu’à attendre la détonation finale.

             Le diable a pris le contrôle. Il sait tout de chacun. Dans son grand habit noir, crâne chauve, épaules carrées, souvent de dos, Eric Lacascade dans le rôle de Tartuffe a des airs de Méphistophélès. Les petites lumières rouges de sa chapelle s’insinuent dans l’espace comme les flammes de l’enfer. Avant Lacascade, Ariane Mnouchkine avait insisté sur les dangers de toute forme d’intégrisme. Tartuffe se sent si impeccable dans son costume rigide qu’il court faire son rapport au roi... Facteur aggravant, il a en effet trouvé chez Orgon des papiers compromettants indiquant que ce dernier a, par amitié, couvert la fuite d’un « criminel d’état ». Tartuffe revient en maitre absolu, flanqué d’un exempt aux airs de toréador, costume blanc, qui portera l’estocade : deus ex macchina ! Ou happy end... On est chez Molière, les choses finissent toujours par s’arranger. Mais on a eu chaud, et derrière la famille recomposée, réunie, heureuse, riant de toutes ses dents, le mari sans doute trompé, la grand-mère détraquée, la fille et son fiancé du moment, la servante qui monte en grade, se tient la grande silhouette du condamné dont le visage, comme sur un gibet, disparait dans un sac.

 

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Retour sur le net et le blog !

Publié le par Eric Bertrand

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                  Comme à chaque retour de vacances désormais le blog fait aussi sa rentrée ! Au programme de celui-ci : après l’article du mois, l’examen de quelques films, un certain nombre d’articles consacrés à une réflexion sur le film « Matrix » que j’ai proposé aux BTS en relation avec d’autres documents (j’ai déjà écrit dans ce blog deux articles sur le film), une série consacrée aux lectures que j’ai pu faire ces derniers temps...

                Egalement des nouvelles des livres en attente... Il devrait se passer des choses prochainement et j’en tiendrai bien entendu au courant le lecteur de ce blog habitué depuis l’origine de tout connaître des coulisses de l’écriture et de la publication ! Promis, je ne vous cache rien !

 

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