Un grand bond vers la zone de falaises en face d’Holborn Head, environ vingt
kilomètres à l’est de Thurso, c’est le fameux John o’Groat’s qui passe pour « le bout des iles britanniques » : « land’s end ». Les cars de touristes
s’arrêtent là, parfois prennent le ferry pour constater qu’il y a, au-delà du Pentland Firth, un archipel de terres qui sont encore britanniques...
En attendant, à l’écart des quelques magasins de cartes
postales et de pulls shetland, si on a le courage d’avancer sur quelques kilomètres, le long d’une route qui sinue, c’est le fantastique paysage des « Stacks » :
les « molaires », ces immenses rochers dressés face à l’horizon.
Dans le chœur des mouettes et des goélands vient s’ajouter le vibrato des moutons particulièrement
appliqués dans cette symphonie du grand horizon. Dessine-moi un mouton aurait dit le Petit Prince pour tisser un supplément de rêve au sable du désert. Cette vue est toujours du côté d’Holborn
Head et on entrevoit toujours les hautes falaises des iles Orcades en face du Caithness.
Le Caithness constitue avec les iles Orcades et
Shetland l’extrémité nord de l’Ecosse dont la culture est largement marquée par le passage des vikings. Et beaucoup de filles en ont gardé la blondeur.
L’un des plus forts moments qu’offrent ces hautes falaises de Holborn Head
comme quelques autres du Caithness (Dunnet Head, Duncansbay, Noss Head, Old Wick...) ce sont ces vacarmes d’oiseaux de mer, « oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds » comme dit
Rimbaud...
Sur ce bord extrême de la prairie, « planche
folle, escorté des hippocampes noirs » le promeneur égaré s’embarque sur ce « bateau ivre ». La ville, la route, même le sentier sont
loin, l’herbe meurt sur la rocaille, il n’y a plus que les fientes de probables albatros, derniers marquages à ne pas dépasser avant la ligne jaune de la haute mer.
Deux petites villes distantes d’environ trente kilomètres l’une de l’autre composent les pôles du Caithness : Wick (du norvégien « vik » =
baie) et Thurso (du dieu nordique « Thor »). J’habitais Wick mais je donnais aussi des cours à Thurso, ce qui me faisait un dépaysement car les paysages sont d’une grande
variété dans cette petite région.
Ainsi, Thurso plus à l’ouest, est marqué par l’influence du
Sutherland et la culture gaélique. Quand on quitte la ville, on passe le petit port de Scrabster qui mène aux Orcades et un sentier côtier s’engage le long des grandes falaises en
direction des collines et des monts de Sutherland. Cet endroit est d’une beauté romantique que, jeune lecteur des sœurs Bronte, j’associais aux Hauts de Hurlevent.
Les jours de printemps, il est d’une infini délicatesse, les oiseaux de mer, macareux et goélands participent à cette magie, mais en certains jours
d’hiver le havre où l’on peut venir observer la faune sauvage (et espérer voir aussi des dauphins ou même des orques) se transforme en gouffre sauvage et on se dirige vers le « devil
bridge » (le pont du diable).
C’est bien évidemment « la star »
de la région. Mon « fief » puisque dès que je me suis installé dans la région, dans la petite ville de Wick, c’est devant ce château que je suis venu rêver.
C’était un soir de septembre. Grand ciel de nuages déchirés dans le beau ciel du Caithness... Je m’installais dans cette nouvelle vie pour une année.
Et ce château situé à environ trois kilomètres à
pied de ma maison m’a aussitôt fasciné. J’y suis retourné tant de fois. J’y allais seul, au moins une fois par semaine. J’y amenais mes visiteurs, je venais à pied, à vélo, une fois en
taxi avec des amis qui voulaient y passer la nuit... Je faisais des recherches inlassables sur son histoire, ses légendes et surtout son fantôme : John Sinclair...
Par ironie, je me suis vite laissé baptiser le « Master of
Caithness », par référence à John Sinclair que j’avais un peu remplacé dans la fréquentation du château ! Pour cette raison, Girnigoe, devenu « Sinclair Girnigoe » est
inévitablement le « héros » du « Ceilidh » !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/