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« La Loi du Silence » d’Alfred Hitchcock ou la réécriture du chemin de croix

Publié le par Eric Bertrand

 


La loi du silence - Trailer par enricogay

 

Jusqu’à quel point d’héroïsme la conscience d’un prêtre peut-elle aller lorsqu’il est tenu par le secret de la confession ? C’est tout l’intérêt dramatique de ce film de Hitchcock dont le héros, le père Logan, a entendu en confession le crime crapuleux commis par Otto Keller, son sacristain. Pour dissimuler son délit, l’assassin  s’est vêtu de la soutane du prêtre et deux écolières ont vu « le prêtre » sortir du logement de la victime, un dénommé Vilette, indirectement lié à l’intrigue amoureuse sous-jacente.

                Logiquement, les soupçons se portent sur l’abbé Logan, d’autant que la déposition de la femme qu’il aime encore joue contre lui : quand il était jeune, avant la guerre, il avait une relation avec Ruth, filmée comme un ange, tout en blanc au début. La guerre les sépare et quand Logan revient, décidé d’entrer dans les ordres, elle s’est mariée. La relation reste ambiguë, arbitrée par le sieur Vilette qui interprète à sa manière un incident compromettant dont il a été témoin. Le couple « d’amants maudits » a-t-il cherché à éliminer cet adversaire gênant qui se livre au chantage ? Odieuse hypothèse qui fait basculer le vertueux prêtre au rang de canaille.

                L’un des intérêts du film consiste notamment dans la réécriture du fameux épisode de l’Evangile, celui du chemin de croix. Tout au long des rues de Québec et de cette muraille qui rappelle un peu celle de Jérusalem, Logan est un christ mis au calvaire. Les stations sont marquées par l’intensité de souffrance qu’endure la conscience du prêtre irréprochable, admirablement interprété par Montgomery Clift de l’Actors Studio. Pour composer son personnage, l’acteur s’est enfermé dans un monastère pour observer les moines, leur démarche, comprendre leur droiture et parfois leur degré d’égarement. Quand il s’arrête une première fois, c’est sous un monument reproduisant l’une des étapes du chemin de croix. Au terme de son itinéraire, il remonte à son église, ultime protection.

                Le sacristain joue le rôle de Juda. Il ment pour s’innocenter aux yeux de la police. Il trahit celui qui l’a aidé en spéculant sur la conscience de l’homme d’église. A l’issue du procès, mené par le procureur Robertson, autre Ponce Pilate qui se lave les mains de l’énormité de son erreur, le prêtre retrouve la foule farouche et haineuse, prête à lapider le traitre. Visage de la mégère qui croque une pomme, gestes menaçants, cohue autour du « larron », encadré par les policiers légionnaires. Et « deus ex macchina », le visage implorant de Marie Madeleine, la femme du sacristain rongée par le remords et qui se jette au pied du prêtre pour avouer le crime et sauver la figure du supplicié.

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« Les Cent tours de la Lanterne magique » sur France Inter

Publié le par Eric Bertrand

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Le jour ne sera pas encore levé vendredi 20 avril prochain à 5h10 précises mais, déjà debout, je répondrai aux questions qui me seront posées sur France inter dans la bonne émission de Brigitte Patient dont titre « un jour tout neuf » évoque un peu la jolie proposition du philosophe Alain : « se réveiller, c’est aller à la découverte du jour ».

                    En l’occurrence, votre veilleur d’aube sera, espérons-le, frais et dispo pour évoquer à l’oral l’ouvrage à peine sorti que les mots ont contourné et peu à peu élaboré. Pour « préparer » l’émission, j’ai eu l’occasion d’échanger dans un premier temps hors antenne afin d’expliquer « la genèse » du projet et la façon dont ce travail correspondait particulièrement je crois à l’esprit de l’émission... Pas facile de résumer en quelques minutes une idée complexe qu’il a fallu deux livres pour « dénouer » (et encore, le second n’est pas encore sorti...)

                    Mais c’est le charme de la radio : le direct, la rencontre inattendue d’une journaliste et un coin de conversation comme sur un coin de bar, un quai de gare, un bout de belvédère, à propos de choses qui tiennent à cœur en attendant l’aurore, le premier train, ou la marée.  Je ne sais dans quelle direction nous mènera l’interview, l’intérêt n’est-il pas avant tout de parcourir, dans le silence du matin, quelques-unes des rues les plus étranges de La Rochelle ?

http://www.franceinter.fr/emission-un-jour-tout-neuf-un-jour-tout-neuf-171

 

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« Lanterne à la main » : le point de vue d’Anne-Marie

Publié le par Eric Bertrand

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              J’attache une grande importance aux retours que m’offrent les lecteurs, et l’un des avantages de notre époque « hyper connectée », c’est cette possibilité que l’on a de découvrir presque en direct les impressions des lecteurs et de partager les différents avis.

                L’une de mes lectrices devenue amie m’a même proposé la semaine dernière de livrer ses impressions dans son blog. Je lui rends hommage ce matin à travers ce clin d’œil !

http://www.antigone55.fr/article-j-ai-lu-les-cent-tours-de-la-lanterne-magique-d-eric-bertrand-103253372.html

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Interview de Didier Daeninckx

Publié le par Eric Bertrand

 

 

                  En illustration à mon article d’hier au sujet de « Cannibales », livre qui a l’air d’intéresser un certain nombre de mes lecteurs, je propose aujourd’hui un arrêt sur deux documents : une vidéo et des photos qui apporteront un complément aux lignes écrites.

                D’abord une interview de l’auteur qui explique son roman à une classe de collégiens... Ce qui a le mérite de présenter simplement des éléments parfois complexes.

                Par ailleurs, le roman se déroulant pendant une période historique donnée (celle de l’exposition universelle de 1931) on regardera avec intérêt ces photos en noir et blanc...

 

http://www.google.de/search?q=exposition+universelle+de+1931&hl=fr&rlz=1T4GFRD_en&prmd=ivns&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=Q3S2TfPPF5G3hAes2KT-Dg&ved=0CEIQsAQ&biw=1131&bih=601 

 

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« Cannibale » de Didier Daeninckx

Publié le par Eric Bertrand

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            Dans le prolongement du travail sur le bidonville, je fais étudier à mes élèves le roman « Cannibales » de Didier Daeninckx. Il est court et pose les bonnes questions mais certains ont du mal à « entrer » dans le livre du fait de la situation d’énonciation un peu particulière... Voici l’aide que je leur ai fournie suite à leurs remarques.

 

              En 1931, Paris organise l’exposition colonialiste universelle. C’est l’occasion de montrer, dans un périmètre parisien bien délimité et « bien administré » l’immensité d’un territoire conquis dans lequel la puissance impérialiste française a imposé ses normes.

              Telle est la toile de fond sur laquelle se déploie le récit du vieux Gocéné… Le lecteur se trouve en effet dans un récit qui enchâsse deux espaces et deux temps : à la fois la forêt de Nouvelle-Calédonie au moment de la révolte kanak et l’exposition universelle qui s’est tenue à Paris du temps de la jeunesse de Gocéné... Au début du roman, la voiture de ce dernier (accompagné de son chauffeur Francis Caroz) est arrêtée par des révolutionnaires kanaks.

               Le vieux sage leur explique alors que Caroz fait partie de ces « Blancs » qu’il faut respecter pour ce qu’ils ont fait... Cela l’amène à raconter son histoire, celle des hommes de son pays, emportés loin de chez eux sous des prétextes fallacieux et désignés comme des « cannibales ».

                En effet, à cette époque, les organisateurs (les « G.O ») ont tout fait pour « épater la galerie » et montrer du doigt des « sauvages anthropophages » à qui ils ont confié, entre autres missions, celle de se comporter comme des animaux, de se battre, de montrer les dents à travers les cages ou de manger la viande crue. Les femmes se contenteront de danser les seins nus ou de faire risette.

              Les rôles sont clairement définis. Sauvages grotesques. Grands seigneurs riches et bedonnants. Capitale triomphante et obscène…  Sous le masque des souvenirs de Gocéné, ce petit livre invite surtout le lecteur à une promenade « philosophique » dans « le zoo » et la folie parisienne. Dans le cercle dérisoire de la fête universelle, officiels et visiteurs s’ébouriffent et chantent les airs de, « Nénufar », « la Tonkinoise » ou de « la fille du bédoin »… Le bon Parisien « civilisé » se tord de rire et montre du doigt Gocéné et les siens, « ces autres hommes »... Mais le lecteur comprend, chemin faisant, que ceux qu’on qualifie de « cannibales » sont finalement, et de loin, les plus dignes représentants de l’humanité. Les textes fondateurs de l’humanisme, ceux de Montaigne, Rousseau, Diderot et de Claude Lévi-Strauss ne sont tout compte fait pas loin de cette petite fable exemplaire.

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