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Article du mois. Hommages à Gainsbourg

Publié le par Eric Bertrand

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                Alors que les différents médias rendent un hommage appuyé à Gainsbourg, je ressens une joie intérieure face à ce déferlement... Emissions, films, disques trouvés dans « les tiroirs », rééditions...

               J’ai commencé à aimer Gainsbourg en 1977 précisément, à une époque où il était souvent mal perçu. J’aimais en lui non seulement le musicien mais aussi le poéte, l’artisan des mots. Et à chaque fois qu’en face de moi on ironisait : « l’ami caouette » ou « sea, sex and sun », tu appelles ça de la poésie, j’opposais les deux albums concepts : « L’Homme à la tête de chou » et « Histoire de Mélody Nelson ».

               Et c’est apparemment ces deux albums qui forcent aujourd’hui le respect dans l’œuvre de Gainsbourg. En 2001, j’ai voulu rendre un hommage personnel à cet artiste hors norme à l’époque où, dans le cadre de mon atelier d’écriture et de théâtre, je choisissais de mettre en scène les « œuvres » d’auteurs-carrefours. Serge en était un, à la confluence de Nabokov, Lautréamont, lewis Caroll et Baudelaire.

               La pièce s’est appelée « l’Homme à la tête de chou et au cœur d’artichaut », elle n’a pas été éditée pour cause de droits d’auteur, elle a été jouée trois fois en quinze jours et a remporté un vif succès dans les campagnes loudéaciennes. Depuis, elle est « dans les cartons » et sur « you tube », morcelée... Le son n’est pas bon, mais on en perçoit la folle ambiance et la jubilation de la troupe à jouer des textes violents, humoristiques, érotiques, oniriques et souvent décapants réinjectés au hasard des répliques et du scénario, dans le discours de personnages inattendus. C’est déjà beaucoup.

 

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« Balade La Rochelle » favorite : Cimetière Saint-Maurice : Norma Tessum onda

Publié le par Eric Bertrand

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               Alcofribas Nasier, (Rabelais), Marguerite de Crayencour, (Marguerite Yourcenar), Bison ravi (Boris Vian), Avida dollars, (Salvatore Dali), Lord R’hoone, (Honoré de Balzac), Pauvre Lélian (Paul Verlaine), plus près de nous Pascal Obispo (Pablo Picasso)... Et à La Rochelle, un autre anagramme, celui de Norma Tessum onda...

                Dans l’une de ces grandes avenues qui mènent à la mer, les pancartes indiquent « ile de Ré ». Sur la droite, un tout petit cimetière, celui de Saint-Maurice, et, à l’entrée, une stèle imposante qui ressemble étonnamment à celle de Musset au Père-Lachaise. Joséphine-Marie Ménard. Penchons-nous un instant sur l’énigmatique créature, orpheline de naissance. Réputation d’une éblouissante beauté, enlevée à la vie dans la fleur des ses vingt ans par la phtisie. C’était en 1875 à Port Neuf, dans la rue du Bois l’Epine. La légende court au sujet de cette ombre qui passe : était-elle la fille de George Sand et d’Alfred de Musset ?

              Peut être avez-vous un soir aperçu cette « ombre noire qui (lui) ressemblait comme un frère »... Lisez bien : Norma Tessum onda... les lettres entremêlées de Musset et de Sand voltigent parmi les feuilles et ressuscitent les deux amants terribles du romantisme. Norma  ou simplement Joséphine inspire l’amour à un peintre, Charles Louis Muller, qui en fait une figure de l’Annonciation. La voilà madone. Cœur tendre, elle s’amourache du marquis Henri de Rochefort-Luçay, journaliste qui prend la plume contre le régime de « Napoléon le petit » et est emprisonné à la forteresse de Saint-Martin de Ré puis déporté en Nouvelle Calédonie.

               La santé de Joséphine décline et Françoise Coras, la vieille tutrice excentrique qui l’accompagne depuis l’âge de huit ans, n’est sans doute pas étrangère à la légende qui entoure sa protégée. Sous la lame, dans le cimetière de Saint-Maurice, repose désormais une fille de haute naissance, comme semble l’attester la stèle commandée par les soins de Françoise et sur laquelle elle a fait inscrire le fameux nom. Comme l’attestent aussi les livres de Musset trouvés dans la chambre de Joséphine, ouverts sur les dédicaces du poète : « A ma fille bien aimée », « A ma petite Norma »...

               De la main de qui sont ces faux ? De la délicate Joséphine qui avait rencontré Paul, le frère de Musset, et qui rêvait d’obtenir une reconnaissance de la part du prestigieux Alfred ? « Poète prends ton luth et me donne un baiser ! »... Ou bien de la diligente Françoise qui, avec ses petits moyens, écrivait dans la douleur et dans la pierre le petit roman de sa Joséphine ?

 

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert.
C'est une dure loi, mais une loi suprême,
Vieille comme le monde et la fatalité,
Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême,
Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.
Les moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;
Pour vivre et pour sentir l'homme a besoin des pleurs ;
La joie a pour symbole une plante brisée,
Humide encor de pluie et couverte de fleurs. (Nuit d’octobre)

 

 

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Les deux versions de « Nantes-La Rochelle sur un nuage »

Publié le par Eric Bertrand

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            Sur le beau mot de Simenon dans l’article précédent, j’achève cette série consacrée à La Rochelle qui sert de cadre majeur à mon prochain roman. De l’article à la fiction, il y a une distance, mais j’ai trouvé intéressant pour le lecteur de les découvrir afin de voir la ville autrement.

            Intégrés à la fiction, ces articles obéiront à une logique interne et ne pourront pas être lus de la même façon. Peut-être vais-je être amené à les dissocier du point de vue de l’édition. C’est une affaire à suivre. En tout cas, je n’ai pas encore fini de parcourir les rues de La Rochelle et il n’est pas exclu que d’autres articles viennent enrichir la base...

             Et pour terminer, en ce début de mois, retour demain sur l’un des articles de balades qui a le plus suscité de visites...

 

 

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Simenon au café de la Paix : Balades à La Rochelle (33)

Publié le par Eric Bertrand

 

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             Il est possible de rejoindre le centre ville de La Rochelle en longeant la mer depuis le nord par exemple, comme le faisait volontiers l’écrivain Simenon qui a habité la commune de Nieul sur Mer puis, tout près de Marsilly, le manoir de la Richardière... Il venait à la Rochelle sur son cheval qu’il attachait à l’anneau qu’on voit encore sur la façade du café de la Paix. Simenon avait été très sensible à cette ville qui sert de cadre à quelques uns de ses romans comme Le Testament Donnadieu (dont le cadre est celui du domaine de la Richardière), Le Voyageur de la Toussaint (roman sombre écrit en 1941 et dans lequel le lecteur perçoit l’ombre nazie), ou Les Fantômes du Chapelier.

              Ecoutons cette confidence qu’il a notée dans un carnet : « J’ai découvert La Rochelle par la mer quand je faisais mon tour de France en bateau. Il y avait une lumière extraordinaire sur les deux tours qui fermaient le port. J’ai dit à ma femme : si un jour nous devons nous fixer quelque part, ce sera ici. »

              Le lecteur de Simenon peut mettre ses pas dans ceux de ses personnages qui déambulent au gré d’une ville sombre, inquiétante et peuplée de notables souvent peu intègres. Le décor brumeux de La Rochelle fournit en effet un cadre idéal au roman noir. Impasses du côté de la Rue du Minage, impasse « Tout-y-Faut » où se situe la maison de l’assassin dans Les Fantômes du Chapelier, impasse du Capricorne, impasse des Poissons, Impasse de l’Ecrevisse. Le ciel est décrit « comme une immense écaille d’huitre, avec les mêmes tons irisés qui se fondaient comme une nacre », le temps s’écoule étrangement, « ce temps ouaté, cet univers blanc et gris dans lequel les sons, particulièrement les sirènes des navires, devenaient plus aigus, sinon déchirants... Cela rappelait Trondheim, cela rappelait à Gilles tant de villes du Nord ».

               Et pourtant, un jour contraint de quitter la ville, le romancier d’origine belge conclura : « La Rochelle, une des villes au monde que j’ai le plus aimées »

 

Les rues de La Rochelle (12)

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Quai Noémie et Ernest Durand : Balades à La Rochelle (32)

Publié le par Eric Bertrand

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                Ils se sont bien trouvé ces deux êtres unis par un même idéal communiste et farouchement militants, même sous l’occupation. Arrêté en 1941, Ernest part le premier, abattu en représailles d’un acte de résistance. Noémie poursuit son activité avec la même flamme mais elle est arrêtée à son tour en 1942 par la police française. Elle meurt gazée à Birkenau.

                 Cet héroïsme dans une ville occupée rappelle la bravoure de Léonce Vieljeux, maire en place depuis 1930 et refusant obstinément d’obéir aux nazis qui lui ordonnent par exemple de hisser le drapeau hitlérien sur l’hôtel de ville ou d’afficher des images de propagande. Il est destitué de ses fonctions et abattu d’une balle dans la nuque.

 

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

 

René Guy Cadou (1920-1951), « les Fusillés de Chateaubriant ».

 

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