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Les deux versions de « Nantes-La Rochelle sur un nuage »

Publié le par Eric Bertrand

Maison Simenon (2) [1600x1200]

 

            Sur le beau mot de Simenon dans l’article précédent, j’achève cette série consacrée à La Rochelle qui sert de cadre majeur à mon prochain roman. De l’article à la fiction, il y a une distance, mais j’ai trouvé intéressant pour le lecteur de les découvrir afin de voir la ville autrement.

            Intégrés à la fiction, ces articles obéiront à une logique interne et ne pourront pas être lus de la même façon. Peut-être vais-je être amené à les dissocier du point de vue de l’édition. C’est une affaire à suivre. En tout cas, je n’ai pas encore fini de parcourir les rues de La Rochelle et il n’est pas exclu que d’autres articles viennent enrichir la base...

             Et pour terminer, en ce début de mois, retour demain sur l’un des articles de balades qui a le plus suscité de visites...

 

 

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Simenon au café de la Paix : Balades à La Rochelle (33)

Publié le par Eric Bertrand

 

Rues le 21 (2) [1600x1200]

             Il est possible de rejoindre le centre ville de La Rochelle en longeant la mer depuis le nord par exemple, comme le faisait volontiers l’écrivain Simenon qui a habité la commune de Nieul sur Mer puis, tout près de Marsilly, le manoir de la Richardière... Il venait à la Rochelle sur son cheval qu’il attachait à l’anneau qu’on voit encore sur la façade du café de la Paix. Simenon avait été très sensible à cette ville qui sert de cadre à quelques uns de ses romans comme Le Testament Donnadieu (dont le cadre est celui du domaine de la Richardière), Le Voyageur de la Toussaint (roman sombre écrit en 1941 et dans lequel le lecteur perçoit l’ombre nazie), ou Les Fantômes du Chapelier.

              Ecoutons cette confidence qu’il a notée dans un carnet : « J’ai découvert La Rochelle par la mer quand je faisais mon tour de France en bateau. Il y avait une lumière extraordinaire sur les deux tours qui fermaient le port. J’ai dit à ma femme : si un jour nous devons nous fixer quelque part, ce sera ici. »

              Le lecteur de Simenon peut mettre ses pas dans ceux de ses personnages qui déambulent au gré d’une ville sombre, inquiétante et peuplée de notables souvent peu intègres. Le décor brumeux de La Rochelle fournit en effet un cadre idéal au roman noir. Impasses du côté de la Rue du Minage, impasse « Tout-y-Faut » où se situe la maison de l’assassin dans Les Fantômes du Chapelier, impasse du Capricorne, impasse des Poissons, Impasse de l’Ecrevisse. Le ciel est décrit « comme une immense écaille d’huitre, avec les mêmes tons irisés qui se fondaient comme une nacre », le temps s’écoule étrangement, « ce temps ouaté, cet univers blanc et gris dans lequel les sons, particulièrement les sirènes des navires, devenaient plus aigus, sinon déchirants... Cela rappelait Trondheim, cela rappelait à Gilles tant de villes du Nord ».

               Et pourtant, un jour contraint de quitter la ville, le romancier d’origine belge conclura : « La Rochelle, une des villes au monde que j’ai le plus aimées »

 

Les rues de La Rochelle (12)

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Quai Noémie et Ernest Durand : Balades à La Rochelle (32)

Publié le par Eric Bertrand

Rues le 8 (14) [1600x1200]

 

                Ils se sont bien trouvé ces deux êtres unis par un même idéal communiste et farouchement militants, même sous l’occupation. Arrêté en 1941, Ernest part le premier, abattu en représailles d’un acte de résistance. Noémie poursuit son activité avec la même flamme mais elle est arrêtée à son tour en 1942 par la police française. Elle meurt gazée à Birkenau.

                 Cet héroïsme dans une ville occupée rappelle la bravoure de Léonce Vieljeux, maire en place depuis 1930 et refusant obstinément d’obéir aux nazis qui lui ordonnent par exemple de hisser le drapeau hitlérien sur l’hôtel de ville ou d’afficher des images de propagande. Il est destitué de ses fonctions et abattu d’une balle dans la nuque.

 

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

 

René Guy Cadou (1920-1951), « les Fusillés de Chateaubriant ».

 

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Rue de la Maréchale : Balades à La Rochelle (35)

Publié le par Eric Bertrand

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                  Les princes ont leurs favorites et leur témoignent de galantes attentions plus ou moins tapageuses. Dans la proximité de la modeste rue de la Maréchale, pas de villa de la Favorite comme à Palerme, pas de splendide palais, mais une simple fontaine que le mari, très amoureux, avait fait ériger à son épouse pour qu’elle pût, au moment de la promenade, y laisser souffler son cheval.

                  La délicatesse et la galanterie de ce maréchal de Chamilly avaient sans doute inspiré des passions puisque pour ironiser sur son manque d’esprit et de conversation, le célèbre mémorialiste Saint-Simon avait fait courir le bruit que la malheureuse épistolière des célèbres « Lettres portugaises », religieuse affolée rencontrée dans sa jeunesse au Portugal, aurait envoyé au beau militaire ces lettres d’amour éperdues restées sans réponses.

Asseyons-nous près de la fontaine et lisons-en un extrait :

 

On est beaucoup plus heureux, et on sent quelque chose de bien plus touchant, quand on aime violemment, que lorsqu'on est aimé.

 

Je ne sais pourquoi je vous écris, je vois bien que vous aurez seulement pitié de moi, et je ne veux point de votre pitié ; j'ai bien du dépit contre moi-même, quand je fais réflexion sur tout ce que je vous ai sacrifié : j'ai perdu ma réputation, je me suis exposée à la fureur de mes parents, à la sévérité des lois de ce Pays contre les Religieuses, et à votre ingratitude, qui me paraît le plus grand de tous les malheurs : cependant je sens bien que mes remords ne sont pas véritables, que je voudrais du meilleur de mon coeur, avoir couru pour l'amour de vous de plus grands dangers, et que j'ai un plaisir funeste d'avoir hasardé ma vie et mon honneur ; tout ce que j'ai de plus précieux, ne devait-il pas être en votre disposition ? Et ne dois-je pas être bien aise de l'avoir employé comme j'ai fait : il me semble même que je ne suis guère contente ni de mes douleurs, ni de l'excès de mon amour, quoique je ne puisse, hélas ! me flatter assez pour être contente de vous ; je vis, infidèle que je suis, et je fais autant de choses pour conserver ma vie, que pour la perdre. Ah ! j'en meurs de honte : mon désespoir n'est donc que dans mes Lettres ? Si je vous aimais autant que je vous l'ai dit mille fois, ne serais-je pas morte, il y a longtemps ? Je vous ai trompé, c'est à vous à vous plaindre de moi : Hélas ! pourquoi ne vous en plaignez-vous pas ? Je vous ai vu partir, je ne puis espérer de vous voir jamais de retour, et je respire cependant : je vous ai trahi, je vous en demande pardon : mais ne me l'accordez pas ? Traitez-moi sévèrement ? Ne trouvez point que mes sentiments soient assez violents ? Soyez plus difficile à contenter ? Mandez-moi que vous voulez que je meure d'amour pour vous ? Et je vous conjure de me donner ce secours, afin que je surmonte la faiblesse de mon sexe, et que je finisse toutes mes irrésolutions par un véritable désespoir

 

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Rue de l’Escale : Balades à La Rochelle (34)

Publié le par Eric Bertrand

Rue le 31 (8) [1600x1200]

 

 

           La mer n’est pas le seul miroir du voyage. Les navires semaient partout de l’exotisme et ne ramenaient pas dans leur cale que des fruits ou des épices. Pour lester davantage le navire, il était courant de charger des pavés ronds et pesants qu’on retrouve par exemple dans cette belle rue de l’Escale mais aussi à Saint-Martin de Ré dans la toute proche ile de Ré.

                Ces pavés viennent du Canada, ils portent un petit accent québécois, comme celui par exemple d’Albert Lozeau :

                           
                                         J'ai des rêves d'azur, d'eau calme et d'arbres verts,

                           Fleuris de lys, ailés d'oiseaux, apaisés d'ombre,

                           Des rêves étoilés de beau firmament sombre,-

                           Des rêves adoucis, délicats et divers.

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