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« Paroles de Lecteurs » (3/21) : Le Testament Français : voix d’homme, voix de femme

Publié le par Eric Bertrand

Loudéac

           1995 : « Le Testament français » d’Andréï Makine. Prix Goncourt des lycéens. Un écrivain dont le patronyme indique qu’il est de la patrie du Prince André de Tolstoï et qu’il nourrit à l’égard du français un rapport de fascination, tant pour la langue que pour la civilisation qu’il décrit, pour le plaisir du lecteur.

           Du fond de la Sibérie, le narrateur convoque l’image d’une femme, sa grand-mère Charlotte, dont il découvre à travers une photo le passé attaché à la France. Et c’est à ce moment que se lève ce qu’il appelle « son Atlantide »... Je suis, tout autant que vous je le présume qui vivez aux marges du pays breton, amateur de mythes celtiques, (en l’occurrence celui de la ville d’Ys sur lequel j’ai passé une partie de ma thèse et qui m’a fait quitter les campagnes d’Isère pour venir chercher et rêver du côté des terres celtes)... Son « Atlantide », c'est-à-dire un continent submergé prêt à ressurgir, grâce au discours de celle qu’il appelle « la petite baboutchka »... « La France de notre grand-mère, telle une Atlantide brumeuse, sortait des flots. » Commence alors de page en page, ce va et vient permanent entre les steppes de Sibérie et la Seine, entre Saranza (petite ville où vit la grand-mère) et Paris.

             « Le Testament français » est un livre doublement à deux voix, celle de la grand-mère et celle de l’écrivain, celle de la langue russe et de la langue française. Subtil entrelacs entre masculin-féminin, éblouissement progressif qui emprunte le corridor de la mémoire, la mémoire qui, comme chacun sait, se dissout dans une tasse de thé ou le goût d’une madeleine... (à suivre)

 

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« Paroles de Lecteurs » (2/21) : Masculin et féminin aux Goncourt des lycéens.

Publié le par Eric Bertrand

              Comment parler de livres quand on est prof de lettres et qu’on veut faire autre chose qu’un cours ? Ne pas parler de classiques ? Rejeter la tentation des Hugo, Flaubert (qui ont livré un tel tribut au thème, maîtres vers lesquels je retourne toujours) et choisir davantage les livres dont on parle dans l’actualité, et par exemple ceux qui circulent peut-être encore entre les mains des Loudéaciens et qui ont marqué mon séjour à Loudéac...

              C’est en effet au lycée Fulgence Bienvenue que j’ai découvert certains auteurs dans le cadre d’opérations à caractère littéraire et selon le mot de Michel Le Bris véhiculant l’idée d’une littérature monde : Goncourt des lycéens et Etonnants Voyageurs... Et comme je m’exprime aujourd’hui à Loudéac j’ai le plaisir de vous parler de certains d’entre eux qui sont devenus des compagnons de travail. Dans le désordre, Gérard de Cortanze, Andréï Makine, Olivier Rolin, René Frégni, François Valléjo...

               J’aurais pu ajouter Laurent Gaudé, mais il fallait imposer des limites. Vous me pardonnerez si je lis un peu mes notes, il faut brider le cheval pour éviter le brouillard. Je constate au quotidien que le refuge de l’écrit fournit un enclos à la matière. C’est l’une des leçons de Flaubert... Bride les mots, bride l’imaginaire, mets le mors aux mots, surtout quand ils s’envolent !

 

Loudéac1

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Conférence : « Paroles de Lecteurs » Médiathèque de Loudéac (1/21)

Publié le par Eric Bertrand

Loudéac2

Masculin / Féminin

 

             Plaisir de retrouver certains d’entre vous, un petit peu comme c’était le cas sur la scène du Moulin à sons lors de la dernière du Ponton qui peut se lire, sous maints aspects comme une fable sur le départ, mais c’est là une autre question et puisque nous sommes ici comme sur l’espace limité et privilégié d’une sorte de ponton du Livre, un îlot sur lequel on serait environné de livres, partageons une réflexion commune.

             Pour ces retrouvailles et dans l’optique du prochain printemps des Livres de Loudéac, nous aborderons ce soir le thème choisi par le salon : « Masculin-Féminin »... Un angle d’approche particulier qui présente l’intérêt de renvoyer à des personnages et à un moteur de la fiction. La relation homme-femme ou les vecteurs du féminin ou du masculin, ce qui « fait courir les hommes ou courir les femmes », ce qui fait que le lecteur se plonge avec délectation, fascination, répulsion dans ce miroir tendu du destin de personnage.               

             Mon intervention sera menée en deux temps, celui des livres que je lis, et celui des livres que j’ai écrits et qui ne sont pas derrière mais toujours autour de moi. La problématique m’amènera à aborder de façon inédite et plaisante ces ouvrages et à décomposer le spectre de l’écriture selon trois faisceaux : ateliers d’écriture, théâtre, réalité et fiction.

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Article du mois

Publié le par Eric Bertrand

                 Avant la version écrite de la conférence (il serait temps, depuis que je l’ai annoncée !) qui sera publiée en 21 épisodes sur ce blog (sans doute en alternance avec d’autres actualités) le traditionnel article du mois...

 

Brassens et « le Grand chêne »

 

              On commémore Brassens comme on vient de commémorer Gainsbourg en fonction de deux dates qui se suivent à dix ans d’intervalle. En 81, j’ai perdu l’une de mes idoles dont je savais le répertoire par cœur, en 91, j’en perdais une autre dont je découvrais avec passion l’étrangeté et la modernité...

               J’ai beaucoup « revisité », exploré, réécrit l’univers de Serge et, curieusement, je n’ai pratiquement rien fait par rapport à celui de Georges. A peine abordé quelques chansons en cours de lettres... Je lui consacre avec plaisir aujourd’hui un article, à l’occasion d’une question posée dans un forum « quelle est votre chanson favorite de Brassens ? »...

               Pas facile de faire un tri... Immédiatement me viennent à l’esprit « Oncle Archibald », « La Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » ou encore « la fille à cent sous ». Peut-être me déciderai-je finalement pour « le Grand chêne ». C’est une chanson qui reconte une histoire, comme souvent chez Brassens. C’est un apologue, d’une simplicité et d’une évidence dignes des plus beaux contes.

               Tout commence « en dehors des chemins forestiers ». Des amoureux se mettent à dialoguer avec le chêne sous lequel ils ont vidé « leur grand sac de baiser ». On sympathise, on refait le monde et on s’invite ! Le chêne accepte de sortir « ses grands pieds de son trou » et de suivre ses nouveaux amis. Brassens a chanté les bancs publics. Il chante le destin du chêne. C’est un peu comme si l’un de ces bancs avait suivi « ces petits gueules bien sympathiques » avant « les gros nuages lourds ». A la fin de l’histoire, « amère destinée », le malheureux finit dans la cheminée comme du « bois de caisse ».

               La chanson est menée sur un rythme allègre et le chêne, vite abandonné dans le jardin se retrouve en compagnie de « roseaux mal pensants » et de chiens « levant la patte sur lui ». Autour de lui tourne alors la ronde des saisons... Tout Brassens est là-dedans, le grand Pan, le temps qui passe, l’amour, la chair, le flétrissement. On se souvient encore des « Bancs publics » et de la déroute du grand ciel bleu et des projets. Les mêmes nuages roulent dans le ciel, au-dessus de la cime du grand chêne, et ce n’est pas l’orage qui le déracine mais la méchanceté de « l’horrible mégère » qui le fait « vieillir prématurément ».

               Avec le regard incrédule des amoureux de Penais, les éléments de la nature ne peuvent que s’interroger tristement et regretter la compagnie si charmante et si délicate des éphémères humains. Tiens, héritier de Brassens, Renaud s’en est souvenu dans sa chanson « mal barrés ».

 

 

 

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« Paroles de lecteurs » à Loudéac : mon regard (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

 

                L’intervention se fait de manière décontractée, je suis assis devant un cercle d’une vingtaine de lecteurs installés sur des sièges confortables. Le vidéo projecteur est posé au milieu du cercle et me permet par moments de venir lancer un extrait vidéo en illustration à mes propos.

                L’atmosphère est recueillie. Le public de choix. Le temps court, les univers se succèdent à un rythme soutenu, changement de paysages, changement de tarmac, changement d’avion. On change d’époque, de pays, d’univers... La feuille de notes que j’ai sous les yeux est devenue presque inutile, ou bien alors elle n’est plus qu’un « plan de vol ».

                Je propose à partir de demain de livrer cette matière aux lecteurs et aux auditeurs de la conférence qui m’ont réclamé à la fin un récapitulatif des références et des thèmes abordés...

 

Loudéac2

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