C’est dans ce contexte de passion que Roberto
rencontre Diodata, poétesse sulfureuse et elle aussi pilote de voitures écervelée. Au fil des victoires cette silhouette l’accompagne jusqu’à devenir la femme pour laquelle il décide de vivre.
Rien ne doit passer avant le bonheur de l’amour. C’est le message que lui transmet, avant de mourir, le vieil Ercole Tomasso qui lui confie
avoir regretté toute sa vie son seul amour, la Sarde Tessa. Le livre accomplit ainsi une boucle et permet au lecteur de retrouver, après 600 pages, comme un écho des premières
pages.
C’est l’un des charmes de cet ouvrage qui fait
parcourir deux époques et permet, à travers l’esprit de deux aristocrates atypiques, de sonder le temps des chemises rouges de Garibaldi
puis celui des chemises noires de Mussolini. Au fil de l’Histoire et des événements économiques et politiques, le château et les terres de Cortanze, si chères au cœur du père et du fils
deviennent des lieux fantômes habités de souvenirs et soumis à la convoitise des nouveaux riches. Par mains côtés, « les
Vice-rois » rappelle « le Guépard » de Lampedusa.
Un roman saga qui met en lumière les membres d’une
même famille. D’abord Ercole Tommaso, envoyé en mission en Sardaigne au nom de l’unité italienne. Ercole est un homme raffiné, de la caste des aristocrates. Il est aussi un homme de guerre, fin
stratège plongé dans les tourments de son pays. Cet homme est un célibataire endurci qui connaît des femmes au charme particulier :
Tessa, opposante politique en Sardaigne puis Luisa qui lui donne un fils, Roberto. La silhouette de Tessa, la Sarde, m’a particulièrement plu car elle évoque pour moi ces figures siciliennes qu’on trouve dans « le Ponton » et les contes de Pirandello.
L’histoire s’intéresse au fils d’Ercole Tommasso qui
devient mécanicien et pilote automobiles et qui acquiert son surnom de « vice-roi » pour le caractère chevaleresque de ses
victoires. Le père et le fils ne partagent pourtant pas les mêmes valeurs d’autant que le sport automobile est dangereux et que chaque course cause un drame. (A suivre)
On commémore Brassens comme on vient de
commémorer Gainsbourg en fonction de deux dates qui se suivent à dix ans
d’intervalle. En 81, j’ai perdu l’une de mes idoles dont je savais le répertoire par cœur, en 91, j’en perdais une autre dont je découvrais avec passion l’étrangeté et la
modernité...
J’ai beaucoup « revisité », exploré, réécrit l’univers de Serge et,
curieusement, je n’ai pratiquement rien fait par rapport à celui de Georges. A peine abordé quelques chansons en cours de lettres... Je lui consacre avec plaisir aujourd’hui un article, à
l’occasion d’une question posée dans un forum « quelle est votre chanson favorite de Brassens ? »...
Pas facile de faire un tri... Immédiatement me viennent à l’esprit « Oncle
Archibald », « La Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » ou encore « la fille à cent sous ». Peut-être me déciderai-je finalement pour « le Grand chêne ». C’est une chanson qui reconte une histoire, comme souvent chez Brassens. C’est un apologue, d’une simplicité et d’une
évidence dignes des plus beaux contes.
Tout commence « en dehors des chemins forestiers ». Des amoureux se
mettent à dialoguer avec le chêne sous lequel ils ont vidé « leur grand sac de baiser ». On sympathise, on refait le monde et on
s’invite ! Le chêne accepte de sortir « ses grands pieds de son trou » et de suivre ses nouveaux amis. Brassens a chanté les bancs publics. Il chante le destin du chêne. C’est un
peu comme si l’un de ces bancs avait suivi « ces petits gueules bien sympathiques » avant « les gros nuages lourds ». A la fin de l’histoire, « amère destinée », le
malheureux finit dans la cheminée comme du « bois de caisse ».
La chanson est menée sur un rythme
allègre et le chêne, vite abandonné dans le jardin se retrouve en compagnie de « roseaux mal pensants » et de chiens « levant la patte sur lui ». Autour de lui tourne
alors la ronde des saisons... Tout Brassens est là-dedans, le grand Pan, le temps qui passe, l’amour, la chair, le flétrissement. On se
souvient encore des « Bancs publics » et de la déroute du grand ciel bleu et des projets. Les mêmes nuages roulent dans le ciel, au-dessus de la cime du grand chêne, et ce n’est pas
l’orage qui le déracine mais la méchanceté de « l’horrible mégère » qui le fait « vieillir
prématurément ».
Avec le regard incrédule des amoureux de Penais, les éléments de la nature ne
peuvent que s’interroger tristement et regretter la compagnie si charmante et si délicate des éphémères humains. Tiens, héritier de Brassens, Renaud s’en est souvenu dans sa chanson « mal
barrés ».
« L’esprit grande prairie » ressemble à « Rio
Grande » ou à « Quelque chose de Tennessee »... Cette chanson interprétée par Eddy Mitchell et écrite par Alain Souchon ne pouvait que me plaire. J’aime la mélodie et j’aime le
titre. Il résonne de toute la légende américaine, convoque en moi le souvenir des plaines du Far-West et des Etats de Névada, Big Wyoming ou Montana parcourus dans « La
Route, la Poussière et le Sable ».
Il résonne encore de ce « Wilderness » que j’ai
cherché dans le grand nord de l’Ecosse et dans les romans de Jack London, les aventures et la mémoire affective du chien Buck dans « the call of the Wild », (l’Appel
de la Forêt)... Je lisais ce récit à 10 ans dans une collection pour enfants, et je l’ai redécouvert après, à trente ans, dans toute sa subtilité humaine...
Un jour, dans une petite ville du sud de l’Ecosse, juste
après mes aventures aux Etats-Unis, je suis tombé sur une réserve naturelle dédiée à l’homme qui avait « inventé » les grands parcs américains, John Muir... Lui aussi
avait « l’esprit grande prairie » ! Et, au cœur de l’aventure de « la Route, la poussière et le sable », « le petit Eric s’appelle John, et le petit Pascal
s’appelle Lucky !
Le printemps a toujours été une
période de germination. C’est un lieu commun que j’appliquerai volontiers au domaine du livre. Voici les perspectives qui s’annoncent prochainement et qui accompagnent un
mouvement de création dont j’ai déjà donné des indications.
Je prépare depuis quelques
semaines une intervention autour des livres à la médiathèque de Loudéac, ville dans laquelle j’ai vécu et garde des attaches. Bon nombre de mes livres sont sortis dans ce milieu
particulier du lieudit « le Rocher » dont j’aimais la force symbolique. Un côté St Malo ou Guernesey...
C’est en tout cas au
« Rocher » que j’ai écrit et surtout réalisé toutes mes pièces et mes récits, jusqu’au « Ponton ». Je retourne avec plaisir dans ce fief de Loudéac en qualité d’invité de
« Paroles de lecteurs » : la première partie sera consacrée à mon travail d’écriture et la seconde à des lectures coups de coeur. Ce sera le 22
avril, à partir de 18h30 et dès le 23 je dois être de retour à Nieul où la bibliothèque organise une journée consacrée aux écrivains nieulais dont je suis depuis quatre ans.
Quant au contenu de mon
intervention, je le proposerai sur ce blog dans les semaines qui suivront la conférence afin de ne rien déflorer.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/