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Rue de la Maréchale : Balades à La Rochelle (35)

Publié le par Eric Bertrand

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                  Les princes ont leurs favorites et leur témoignent de galantes attentions plus ou moins tapageuses. Dans la proximité de la modeste rue de la Maréchale, pas de villa de la Favorite comme à Palerme, pas de splendide palais, mais une simple fontaine que le mari, très amoureux, avait fait ériger à son épouse pour qu’elle pût, au moment de la promenade, y laisser souffler son cheval.

                  La délicatesse et la galanterie de ce maréchal de Chamilly avaient sans doute inspiré des passions puisque pour ironiser sur son manque d’esprit et de conversation, le célèbre mémorialiste Saint-Simon avait fait courir le bruit que la malheureuse épistolière des célèbres « Lettres portugaises », religieuse affolée rencontrée dans sa jeunesse au Portugal, aurait envoyé au beau militaire ces lettres d’amour éperdues restées sans réponses.

Asseyons-nous près de la fontaine et lisons-en un extrait :

 

On est beaucoup plus heureux, et on sent quelque chose de bien plus touchant, quand on aime violemment, que lorsqu'on est aimé.

 

Je ne sais pourquoi je vous écris, je vois bien que vous aurez seulement pitié de moi, et je ne veux point de votre pitié ; j'ai bien du dépit contre moi-même, quand je fais réflexion sur tout ce que je vous ai sacrifié : j'ai perdu ma réputation, je me suis exposée à la fureur de mes parents, à la sévérité des lois de ce Pays contre les Religieuses, et à votre ingratitude, qui me paraît le plus grand de tous les malheurs : cependant je sens bien que mes remords ne sont pas véritables, que je voudrais du meilleur de mon coeur, avoir couru pour l'amour de vous de plus grands dangers, et que j'ai un plaisir funeste d'avoir hasardé ma vie et mon honneur ; tout ce que j'ai de plus précieux, ne devait-il pas être en votre disposition ? Et ne dois-je pas être bien aise de l'avoir employé comme j'ai fait : il me semble même que je ne suis guère contente ni de mes douleurs, ni de l'excès de mon amour, quoique je ne puisse, hélas ! me flatter assez pour être contente de vous ; je vis, infidèle que je suis, et je fais autant de choses pour conserver ma vie, que pour la perdre. Ah ! j'en meurs de honte : mon désespoir n'est donc que dans mes Lettres ? Si je vous aimais autant que je vous l'ai dit mille fois, ne serais-je pas morte, il y a longtemps ? Je vous ai trompé, c'est à vous à vous plaindre de moi : Hélas ! pourquoi ne vous en plaignez-vous pas ? Je vous ai vu partir, je ne puis espérer de vous voir jamais de retour, et je respire cependant : je vous ai trahi, je vous en demande pardon : mais ne me l'accordez pas ? Traitez-moi sévèrement ? Ne trouvez point que mes sentiments soient assez violents ? Soyez plus difficile à contenter ? Mandez-moi que vous voulez que je meure d'amour pour vous ? Et je vous conjure de me donner ce secours, afin que je surmonte la faiblesse de mon sexe, et que je finisse toutes mes irrésolutions par un véritable désespoir

 

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Rue de l’Escale : Balades à La Rochelle (34)

Publié le par Eric Bertrand

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           La mer n’est pas le seul miroir du voyage. Les navires semaient partout de l’exotisme et ne ramenaient pas dans leur cale que des fruits ou des épices. Pour lester davantage le navire, il était courant de charger des pavés ronds et pesants qu’on retrouve par exemple dans cette belle rue de l’Escale mais aussi à Saint-Martin de Ré dans la toute proche ile de Ré.

                Ces pavés viennent du Canada, ils portent un petit accent québécois, comme celui par exemple d’Albert Lozeau :

                           
                                         J'ai des rêves d'azur, d'eau calme et d'arbres verts,

                           Fleuris de lys, ailés d'oiseaux, apaisés d'ombre,

                           Des rêves étoilés de beau firmament sombre,-

                           Des rêves adoucis, délicats et divers.

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Rue de la Désirée : Balades à La Rochelle (33)

Publié le par Eric Bertrand

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         On est tout près du port et on pense encore aux bateaux quand on est dans le quartier de la Ville en Bois ou dans celui du musée maritime, face à l’Encan. La grande artère qui longe la mer, en face des deux tours, porte le nom du fameux Vespucci, navigateur qui, mieux que Colomb, avait « deviné » l’Amérique.

         Dans ce secteur, on tombe sur la Rue de la Désirée et, indication supplémentaire, « navire rochelais ». Comme l’écrit Baudelaire, Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.

         La Rochelle est un port fabuleux, qui ne cesse de parler de navires. L’océan est un écran à navires, un filet aux alouettes qui porte dans son ventre le présent et la mémoire. La force de l’océan, c’est en effet de contenir dans sa mémoire, à la fois le « scintillement des phares », « les formes élancées des navires » et les tempêtes et les naufrages...

          Au bord de l’océan, les rues qu’empruntent les hommes peuvent parfois se souvenir.  A l’époque où des bateaux transportaient des prisonniers vers le bagne, la gabarre « la Désirée » avait fait naufrage sur les côtes de la proche ile de Ré, au large de St Clément des Baleines. 51 corps avaient été retrouvés.

          La mer est le bagne ultime.

 

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Rue le Saphir : Balades à La Rochelle (32)

Publié le par Eric Bertrand

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              Les bateaux quittent le port de La Rochelle et s’en vont sur le vaste océan pour des missions qui ne sont pas toujours heureuses. Avec le développement économique du pays, la ville s’est engagée dans le commerce de « bois d’ébène », c’est ainsi qu’on désignait le trafic d’esclaves par exemple entre les côtes africaines et Saint-Domingue pour cette goélette nommée « le Saphir" et dont on trouve un ex-voto dans la cathédrale Saint-Louis.

              Trafic juteux comme chacun sait et qui impliquait côté occidental, un stock de pacotilles à échanger... C’est dans ce sens qu’il faut lire la « chute » de la chanson interprétée par Julien Clerc, extrait du long poème « l’Horizon chimérique » de Jean de la Ville de Mirmont. Ce dernier, ami de François Mauriac, a connu un destin tragique aux champs d’honneur, frappé par un obus sur le Chemin des Dames.

 

Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

À vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux...
Ô ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée?

Voilà ! Je suis parti plus loin que les Antilles,
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils.
Je n’emporte avec moi, pour toute pacotille,
Que mon cœur... Mais les sauvages, en voudront-ils ?

 

 

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Les éléphants de la rue de la Noue : Balades à La Rochelle (31)

Publié le par Eric Bertrand

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Au détour de deux grandes artères, avenue Général Leclerc d’un côté et Chemin des Remparts de l’autre, ils avancent la grâcieuse « molesse » d’un jeune éléphant » comme l’écrit Baudelaire. La Rochelle n’est pas une de ces villes comptoirs de l’Inde où le commerce s’affiche dans la diversité de ses moyens de transport. Les oreilles sculptées de ces éléphants de pierre ne balancent pas au milieu de la foule cosmopolite, mais elles affichent dans la mémoire de la cité, ce souvenir des liens entre La Rochelle et la Côte d’Ivoire.

                 Le capitaine au long cours Arthur Verdier (dont le nom figure sur le monument aux côtés de ses deux associés Amédée Brétignère et Marcel Treich-Laplène) débarque en 1863 dans la ville de Grand-Bassam à bord d’une goélette chargée de pacotilles. Il crée des relations avec des tribus locales et jette ainsi les bases d’un comptoir d’échange avec la Côte d’ivoire...

                 Les effluves de café flottent encore au-dessus de la petite place aux palmiers où les éléphants sont désormais pétrifiés, gardiens jaloux des trois négociants dont les noms restent gravés. Rêvons un moment de paresse en écoutant ce poème de Leconte de l’Isle intitulé « Les Eléphants »

 

Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu'importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent.

 

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