A propos d’arbre et de chlorophylle, il existe un petit récit de Jean Giono qui m’est resté
dans la mémoire. Tellement simple et tellement imagé qu’il vaut tous les apologues sur la vie et l’importance qu’il y a de préserver la
nature... Je l’avais lu après la découverte émerveillée de l’univers animiste de « Regain » : il s’agit de « l’Homme
qui plantait des arbres ».
Cet ouvrage illustré raconte comment la force et la
conviction d’un seul homme ont suffi pour redonner de la vie à un désert. Si vous en avez le temps, écoutez la très belle voix de Philippe Noiret qui dit le texte sur des illustrations
originales...
Puisque j’ai parlé ces derniers jours des arbres, je ne résiste pas à faire le détour dans les trois jours
à venir, par trois textes qui m’ont marqué à propos d’arbres... Le premier est un extrait d’une nouvelle de Michel Tournier, « la Fugue
du Petit Poucet »... Je cite ci-dessous un extrait de ce récit qui revisite à la façon hippie le célèbre conte de
Perrault...
« L’arbre est un être vivant, mais d’une vie toute
différente de celle de l’animal. Quand nous respitrons, nos muscles gonflent notre poitrine qui s’emplit d’air. Puis nous expirons. Aspirer, expirer, c’est une décision que nous prenons tout
seuls, solitairement, arbitrairement ; sans nous occuper du temps qu’il fait, du vent qui souffle ni du soleil ni de rien. Nous vivons coupés du reste du monde. Au contraire, regardez
l’arbre. Ses poumons, ce sont ses feuilles. Elles ne changent d’air que si l’air veut bien se déplacer. La respiration de l’arbre, c’est le vent
(...) Il n’est qu’un immense réseau de feuilles tendu dans l’attente du vent et du soleil. L’arbre est un piège à vent, un piège à
soleil... »
La fable
« l’Homme et la couleuvre » donne donc la parole à l’arbre et ce dernier, pas plus que le bœuf ni la vache n’est satisfait du comportement de l’homme... Qu’on lise cet
extrait :
L'arbre étant pris pour juge,
Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge
Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ;
Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs.
L'ombrage n'était pas le seul bien qu'il sût faire ;
Il courbait sous les fruits ; cependant pour salaire
Un rustre l'abattait, c'était là son loyer,
Quoique pendant tout l'an libéral il nous donne
Ou des fleurs au Printemps, ou du fruit en Automne ;
L'ombre l'Eté, l'Hiver les plaisirs du foyer.
Que ne l'émondait-on, sans prendre la cognée ?
De son tempérament il eût encor vécu.
Et
maintenant, qu’on veuille bien écouter la chanson de Georges qui raconte la rencontre malheureuse du chêne et de « deux
amoureux » :
Au pied de leur chaumière, ils le firent planter.
Ce fut alors qu'il commença de déchanter
Car, en fait d'arrosage, il n'eut rien que la pluie,
Des chiens levant la patt' sur lui.
On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons,
Avec sa belle écorce on a fait des bouchons,
Chaque fois qu'un arrêt de mort était rendu,
C'est lui qui héritait du pendu.
Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis,
Le coupèrent en quatre et s'en firent un lit,
Et l'horrible mégère ayant des tas d'amants,
Il vieillit prématurément.
Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu
Le passa par la hache et le mit dans le feu.
Comme du bois de caisse, amère destinée !
Il périt dans la cheminée.
J’ai beaucoup écouté Brassens
durant mon adolescence et je crois lui devoir un certain nombre de mes références littéraires. Je continue de lui rendre discrètement hommage dans la lecture que je fais des « Fables » de La Fontaine... Ainsi, j’avais en 1ère, il y a quelques années, proposé un rapprochement entre les chansons de Brassens et
certaines des fables les plus connues.
Dans cet esprit, je suis tombé récemment sur une fable moins connue du livre 8,
reprenant le thème de la férocité des hommes et du danger qu’il y a à dire la vérité à ceux qui ont le pouvoir (on se souvient des
mésaventures de l’âne dans « les animaux malades de la peste » quand tous les courtisans s’en prennent au simplet et crient « haro sur le baudet »)... Cette fable
s’intitule « l’homme et la couleuvre »... Spécialiste en questions qui fâchent, « l’homme » demande au
« serpent » de lui dire qui, de l’animal ou de lui-même, est le plus méchant.
Cette question amène à un examen de
conscience et, après avoir écouté la vache et le bœuf, le fabuliste ne tarde pas à trancher : l’ingratitude est du côté de l’homme... Toute vérité ne fait pas plaisir à entendre et le ton
monte vite entre les opposants. L’arbre, symbole de calme et de sérénité est alors convié pour témoigner... « Auprès de mon arbre, je
vivais heureux » chantait Georges. On y revient demain pour mettre en dialogue par delà les siècles, les deux défenseurs des arbres.
Le matin est frais, coloré, le soleil chauffe
le visage et l’air passe entre les deux ailes du casque : musique rythmée au creux de chaque tympan, foulée cadencée.Dido, « White flag » :But I will go down with this ship and I won't put my hands up and surrender
There will be no white flag above my door...
Le corps est souple, vigoureux, s’amuse
des caprices du goudron et de ceux du sentier, les voitures klaxonnent inutilement, les herbes et la terre remuée tendent des embuscades au pied léger. Et tout en bas de la colline, la mer fait
briller son tapis roulant. Remonte à toute vitesse du côté de l’île de Ré, plus vite que par le pont, cours, accélère sur les eaux vertes et bleues.
Et puis soudain, au détour du sentier,
la bise froide dans les oreilles, la rafale dans les mollets et dans les jambes, le ventre se tord, le muscle se crispe...
Le vent dans le dos, ça ne dure jamais
longtemps...
Mais ça finit toujours par revenir,
comme dans la vie !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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