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« Suite à l’hôtel Crystal » d’Olivier Rolin (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

                 Chaque chambre est d’abord rituellement décrite (c’est la partie un peu fastidieuse de ce qui ressemble fort à un exercice de style) puis le reste de la page (chaque « chambrée » comporte entre deux et trois pages) laisse place à l’une des ces anecdotes souvent humoristiques, parfois scabreuses, toujours stimulantes pour l’esprit.

                  A travers ces anecdotes, l’auteur se livre notamment à quelques uns de ces autoportraits caustiques dont il a le secret. Et je retrouve au fil des pages, ce visage que je connais bien, et, sous la plume sagace, de plus en plus chahuté par le temps qui passe. Cependant, il ne faudrait pas pour autant commettre l’erreur qui consiste à confondre auteur et narrateur.

                  Rolin, à l’intérieur de cet ouvrage, me semble agir comme en un laboratoire de l’écriture. Ses personnages y sont « expérimentaux » et sous les « je » (qu’on se souvienne du « je est un autre » de Rimbaud, défilent des consciences très diverses, peut être des tentations du « je » Rolin... car, pour qui connaît le bonhomme, le « boxeur trafiquant d’armes », « le poète syrien alcoolique », « le séducteur de bonnes »... ne sont pas éloignés du portrait nature de l’écrivain voyageur ! Qu’on relise cette formule de Paul Valéry figurant en exergue : « Si chaque homme ne pouvait pas vivre une quantité d’autres vies que la sienne, il ne pourrait pas vivre la sienne »

 

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« Suite à l’hôtel Crystal » d’Olivier Rolin (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

                Dans l’ouvrage que je découvre, intitulé « Suite à l’hôtel Crystal », Rolin se met à nouveau en scène à travers une série de chambres d’hôtels qu’il a fréquentées au cours de ses nombreux voyages de par le monde. (Pas toujours forcément des chambres d’hôtels, d’ailleurs, ni de voyages non plus...) Ainsi présente-t-il son travail comme une déambulation consentie à travers divers lieux d’inspiration : « Je me souviens toujours, dans ses moindres détails, « comme si j’y étais », de la petite chambre que nous avons partagée, un mois durant : j’y ai gagné non seulement d’émouvants souvenirs, mais aussi, je puis le dire, mon fonds de commerce pour une bonne partie de ma vie. »

                Il indique qu’il doit ce projet en partie à l’ouvrage non réalisé de George Pérec qui annonçait dans « Espèces d’espaces » qu’il avait dans l’idée de consacrer tout un livre aux endroits dans lesquels il avait dormi, en en jouant un peu à la manière de la madeleine de Proust, chaque chambre étant, en quelque sorte, un réservoir à sensations. Qu’on pense aux plumes de l’oreiller ! L’encrier n’est jamais loin de la joue...

 

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« Suite à l’hôtel Crystal » d’Olivier Rolin (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

Rolin (Olivier) car il y a Jean (le frère, que je connais moins mais qui s’est fait, lui aussi, dans le milieu des écrivains qui comptent pour notre époque, une solide réputation), est un de ces contemporains dont la lecture me ravit parce que ses livres offrent en même temps qu’une grande érudition et qu’un beau talent, des moments de distraction.

                 En outre, j’ai l’impression de connaître Olivier pour plusieurs raisons. D’abord, parce que je l’ai rencontré en chair et en os lors des rencontres Goncourt des lycéens, à Rennes, il y a une dizaine d’années à propos du splendide « Méroé ». Ensuite, parce que j’ai lu un certain nombre de ses livres. On ne connaît vraiment un écrivain que par ce qu’il écrit... 

                 De fait, Olivier Rolin écrit surtout des récits autobiographiques. J’ai consacré dans ce blog plusieurs articles à cet ouvrage savoureux dans lequel il évoque son militantisme de mai 68 : « Tigre en papier ». Il a un sens particulier de l’auto-dérision qui m’amuse beaucoup. Il incarne un personnage sorti tout droit du « bal des têtes » de Proust, un personnage comme les autres livré à l’épreuve du Temps (l’une des angoisses de l’écrivain)... mais pas un quelconque aristocrate de la Recherche, plutôt un petit nerveux, oint d’une cire populaire et syndicaliste...

 

http://www.dailymotion.com/video/xf28tu_olivier-rolin-tigre-en-papier_news

 

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« Elémentaire, mon cher Watson ! » : les Smith dans « Matrix »

Publié le par Eric Bertrand

Comme le fait judicieusement remarquer Jenny en commentaire de l’un de ces deux articles, des personnages inquiétants issus de la Matrice et nommés les « Smith » font écho à une œuvre que tout cinéaste cultivé connaît et a sans doute « fréquentée » au théâtre de la Huchette à Paris : « la Cantatrice chauve », jouée tous les soirs à la même heure devant un public souvent étranger et toujours conquis.

                Ionesco y met en scène le fameux concept de l’absurde que j’avais eu l’occasion il y a quelques années de revisiter à travers la pièce parodique du creux Loft Story : « Loft Historry 2084 ». Dans la pièce de Ionesco, deux couples (dont les Smith !) sont arrivés « au bout du rouleau » de la communication et dévident des propos tellement creux qu’ils n’ont aucun sens.

                Ce que Ionesco décrypte à travers les dialogues et les situations c’est l’effet pervers de l’usure du temps sur les relations de couple : à force de banalité, d’habitude, de lieux communs, la communication a perdu tout son contenu si bien qu’aucun des personnages n’écoute ce que lui dit l’autre, ce qui crée une suite décousue de propos cocasses. Le famuex « absurde » de théâtre. Le monde n’a plus de sens, les humains comme chez Beckett, sont devenus des ombres qui causent pour ne rien dire... Et quant on écoute les Smith qui se démultiplient et se clonent dans « Matrix » et qui « échangent » des remarques, on a l’impression que le dialogue frise le ridicule. C’est un dialogue cloné, un assemblage de paroles gelées qu’administrent ces machines à tuer, agents policiers de la dictature matricienne ! Il ne leur manque que le chapeau melon de l’inspecteur Watson ou la baguette du bobby !

  

-M.SMITH : Il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi à la rubrique de l'état civil, dans le journal, donne-t-on toujours l'âge des personnes décédées et jamais celui des nouveau-nés? C'est un non-sens.
-MME SMITH : Je ne me le suis jamais demandé !
-
M.SMITH : Tiens, c'est écrit que Bobby Watson est mort.
-MME SMITH : Mon Dieu, le pauvre, quand est-ce qu'il est mort?
-M.SMITH : Pourquoi prends-tu cet air étonné? Tu le savais bien. Il est mort il y a deux ans. Tu te rappelles, on a été à son enterrement, il y a un an et demi.
-MME SMITH : Bien sûr que je me rappelle. Je me suis rappelé tout de suite, mais je ne comprensd pas pourquoi toi-même tu as été si étonné de voir ça sur le journal.
-M.SMITH : Ca n'y était pas sur le journal. Il y a déjà trois ans qu'on a parlé de son décès. Je m'en suis souvenu par associations d'idées !
-MME SMITH : Dommage ! Il était si bien conservé.
-M.SMITH : C'était le plus joli cadavre de Grande-Bretagne ! Il ne paraissait pas son âge. Pauvre Bobby, il y avait quatre ans qu'il était mort et il était encore chaud. Un véritable cadavre vivant. Et comme il était gai !
-MME SMITH : La pauvre Bobby.
-M.SMITH : Tu veux dire "le" pauvre Bobby.
-MME SMITH : Non, c'est à sa femme que je pense. Elle s'appelait comme lui, Bobby, Bobby Watson. Comme ils avaient le même nom, on ne pouvait pas les distinguer l'un de l'autre quand on les voyait ensemble. Ce n'est qu'après sa mort à lui, qu'on a pu vraiment savoir qui était l'un et qui était l'autre. Pourtant, aujourd'hui encore, il y a des gens qui la confondent avec le mort et lui présentent des condoléances. Tu la connais?
-M.SMITH : Je ne l'ai vue qu'une fois, par hasard, à l'enterrement de Bobby...

 

 

 

 

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Du carton et du talent avec Macchiato

Publié le par Eric Bertrand

 

                 Ayant l’habitude de travailler dans le cadre d’ateliers théâtre avec un minimum de moyens, j’ai toujours encouragé mes élèves à puiser un maximum dans leurs réserves de façon à combler le manque par la magie du jeu et les ressources du corps, voix, gestes, envie de jouer...

                 Quant au décor, beaucoup de débrouille... et de « petites mains » ! Pour cette raison, je suis très sensible aux performances du type de celles que le lecteur pourra apprécier dans la vidéo qui suit. Notez à quel point le comédien joue avec son corps et avec le carton qu’il recycle à toute vitesse au cours d’un spectacle vertigineux !

 

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