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Robe vénitienne de Proust

Publié le par Eric Bertrand

                 On ne quitte pas Proust aussi facilement ! Avant de tourner la page, voici deux autres aspects de cette œuvre fabuleuse, le premier, consacré à l’élégance et à la ville de Venise...

                « Si je n'avais jamais vu Venise, j'en rêvais sans cesse, depuis ces vacances de pâques qu'encore enfant j'avais dû y passer, et plus anciennement encore par les gravures  de Titien et les photographies de Giotto que m'avaient jadis données Swann à combray.
La robe que portait Albertine ce soir là,  me semblait comme l'ombre tentatrice de cette invisible Venise... Elle était envahie d'ornementation arabe comme Venise,  comme les palais de Venise dissimulés à la façon des sultanes derrière un voile ajouré de pierres, comme les reliures de la bibliothèque Ambrosienne , comme les colonnes desquelles les oiseaux orientaux qui signifient alternativement la mort et la vie , se répètaient dans le miroitement de l'étoffe, d'un bleu profond qui, au fur et à mesure que mon regard s'y avançait, se changeait en or malléable par ces mêmes transmutations qui, devant la gondole qui s'avance, changent en métal flamboyant l'azur du grand canal. Et les manches étaient doublées d'un rose cerise, qui est si particulièrement vénitien qu'on l'appelle rose tiepolo »

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Le Petit Prince dans tous ses états (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

             Salle de maths qui est aussi la salle de la scène « Cramoisi-Business man » propice à l’exhibition. C’est le foirail, la fête des affaires, salle colorée, agressive, saturée de sons divers empruntés aux pubs télé, flashs d’infos et autres gimmicks de la modernité. Les comédiens devront être à la hauteur et avoir le franc-parler de camelots sur leurs paquets de marchandises.

            Salle d’histoire géo. Ambiance beaucoup plus paisible, à base d’éclairages qui figurent le passage du temps, le cycle du jour et de la nuit. Possibilité de projection pour représenter le planisphère et figurer par l’image ce qu’il y a dans le texte.

            Salle de musique : le moment de la découverte de l’amour... Attention à ne pas verser dans la grivoiserie ou l’obscénité ! Evidemment, la rose est séductrice, évidemment elle parle de la naissance du désir et du frisson des corps mais il faut amener le spectateur à autre chose... En d’autres termes, les élèves sont en sixième, pas de Bilitis ou d’ambiance Crazy Horse. Comme le souligne le metteur en scène, il est plus intéressant de tirer l’amour du côté du sublime.

             L’idée serait donc de faire sortir la fleur d’un cadre posé bien en évidence comme un grand tableau. Elle s’avancerait lentement, s’arrêterait, repartirait et finirait par retourner dans le cadre, laissant ainsi la voie libre aux accents de la spiritualité... le moment où le Petit Prince se récite des vers.  


 

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Le Petit Prince dans tous ses états (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

              Le texte de la pièce étant à peu près fixé, il nous restait à nous réunir en équipe pour redéfinir le projet. L’effort porte désormais sur les lieux de la représentation et sur la mise en scène des cinq scènes. Chaque salle étant, comme chaque scène, porteuse d’une tonalité différente, il nous reste à déployer le travail en fonction des différents relais. Voici les idées retenues :

             Dans la salle de SVT, c’est la nuit étoilée. Le silence du désert est représenté par le travail remarquable du collègue de musique qui, dans ses premières ébauches qu’il nous a fait écouter, demande aux élèves de formuler les sons du silence. Cette interrogation conduit à un résultat sonore surprenant qui convient bien à l’inquiétude du désert dans lequel le Petit Prince vient d’atterrir. Silence astral et silence de bêtes à l’affut... Rappelons que la scène fait vivre la faune du désert.

             Au-dessus de nos têtes devrait passer un petit avion éclairé, reproduction en miniature du gros avion de la salle d’Arts Plastiques. Le collègue de technologie qui a rejoint le projet suggère un effet de surprise : l’avion viendrait de la salle qui jouxte la salle de SVT et irait finir sa course dans le couloir à côté... Un ange passe.

            Salle d’Arts plastiques, présence encombrante de l’avion qui écrase l’espace et autour duquel les spectateurs et les comédiens trouveront à se placer. Le collègue de musique imagine une « ambiance mécanique », des bruitages de moteur pour créer une atmosphère en harmonie avec le thème de la panne, largement présent dans la scène (...)


 

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Sobibor, la souffrance et l’anorexie

Publié le par Eric Bertrand

            Les médias suivent ces jours-ci le procès de l’un des derniers criminels nazis ayant sévi dans le camp d’extermination de Sobibor. « Sobibor », c’est aussi le nom d’un film de Claude Lanzmann évoquant un cas unique de rébellion de prisonniers juifs contre le système qui visait à les tromper... « Sobibor », c’est aussi le nom d’un bon roman de Jean Molla que je viens de terminer.

            Le livre met en scène une adolescente, Emma, qui, consécutivement à la mort tragique de sa grand-mère, souffre d’anorexie. Mais l’anorexie n’est qu’un masque sordide... A l’occasion de la lecture d’un journal intime qu’elle ouvre de façon fortuite, elle découvre en effet, qu’inconsciemment, elle est rongée par un mal familial, en d’autres termes, elle porte en elle sans le savoir, le spectre des camps d’extermination...

            Ce que l’auteur semble indiquer surtout, à travers « la fable » de l’anorexie, c’est que le corps souffrant de l’adolescente, par sa maigreur, son rachitisme, son immense fragilité, incarne la Souffrance telle qu’elle a été vécue par les victimes du génocide... Quand il se souvient de ses semblables à son arrivée au camp d’Aushwitz, l’écrivain Primo Lévi évoque dans « Si c’est un homme » un défilé de pantins en vêtements rayés...

             J’avais été sensibilisé à cette marque de l’inconscient dans la chair à travers le beau roman de Philippe Grimbert : « un Secret » dans lequel le narrateur explique qu’il n’a pu grandir et se libérer de son corps souffrant qu’au moment où il a connu toute la vérité sur son histoire familiale.

             De la même façon, Emma peut grandir à la fin de « Sobibor ». Elle peut se faire vomir une dernière fois lorsqu’elle a enfin compris que son grand-père était l’un des bourreaux du camp et que, dans ces circonstances, il a rencontré celle qui allait devenir la grand-mère d’Emma, à l’époque jeune et jolie Polonaise, embauchée au service de SS implacables et tout puissants...


 

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Article du mois : pas de fumée sans feu autour du film « Gainsbourg »

Publié le par Eric Bertrand

 

             La fumée de cigarette dérange. Elle a vécu. Exit la nicotine. Exit les airs à la Gary Cooper. La fumée n’est pas en odeur de sainteté. Elle doit se faire oublier et rejoindre les nuages, les merveilleux nuages, là-bas ! D’ailleurs, bien fait pour lui ! Il a assez chanté les cigarillos et Dieu fumeur de Gitanes...

             C’est un juste retour de flamme. Eteignez les briquets dans les mains, cachez le verre de bourbon, la nicotine et la Gauloise ! L’affiche du film « Gainsbourg », qui sort en janvier déclenche une polémique, parce que justement, c’est de la fumée qu’on voit. Et pour cause !

             Certes, l’aura de Serge n’a pas besoin du renfort des volutes pour s’élever au-dessus de nos têtes, mais tout de même... Enlever la cigarette de la main du dandy c’est lui enlever le mot de la bouche et c’est lui retirer son masque. « Gainsbourg » chasse Gainsbarre... Tout cela paraît bien dérisoire ! Le cinéma rend enfin hommage au « Poinçonneur des Lilas » et on se pince le nez dans le métro. On voudrait lui retirer le mégot, lui décoller la peau et arracher la citrouille !

              C’est un fait à notre époque, il faut faire couler de l’eau de rose sur les mythes, allonger le légume dans le lit de Procuste et vider l’Homme à la tête de chou dans le panier de la ménagère !

              Préférera-t-on à l’affiche cigarette un tableau d’Arcimboldo pour les cœurs d’artichaut ? Ecce homo !

 

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