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« Britannicus » : la rage au corps au Vélodrome de La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

                J’évoquais hier le « corps à corps » mis en scène par la troupe qui jouait « Britannicus », et c’était sans évoquer le parti-pris du décor. Pas de grande pompe pour ce palais impérial, mais une simple structure métallique figurant une sorte de terrasse en surplomb et un escalier en fer descendant vers l’estrade de plain-pied avec les spectateurs.

                Tout ce métal était propice à l’exercice de barre-fixe... Le cœur tourmenté et le corps gymnase trouve un espace de déchainement tout au long de ce parcours du combattant qu’est le piège tragique... Qu’on écoute en illustration à cette « rage au corps », la merveilleuse tirade de la passion naissante de Néron pour Junie : c’est au début de la pièce lrosque Néron évoque le coup de foudre qu’il a ressenti en présence de la fiancée de Britannicus qu’il a ravie...

Excité d'un désir curieux,
Cette nuit je l'ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornement, dans le simple appareil
D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,
Relevaient de ses yeux les timides douceurs.
Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue,
J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue :
Immobile, saisi d'un long étonnement,
Je l'ai laissée passer dans son appartement.
J'ai passé dans le mien. C'est là que solitaire,
De son image en vain j'ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler,
J'aimais jusqu'à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;
J'employais les soupirs, et même la menace.
Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,
Mes yeux sans se fermer, ont attendu le jour.


 
 

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« Britannicus » : la rage au corps au Vélodrome de La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

 

               La Fabrique du Vélodrome, petit théâtre intimiste de La Rochelle, présentait vendredi soir la pièce « Britannicus » dans une mise en scène de Laurence Andreini. La pièce part en tournée dans la région à partir de la semaine prochaine et donne ce soir une ultime représentation à La Rochelle.

               On n’a pas souvent l’occasion d’assister à un spectacle tragique et, qui plus est, à une pièce de Racine. C’est un plaisir auditif. Auditif et visuel. Plaisir des sens et de l’intelligence aussi.

               Les comédiens mettent un soin particulier à dire les alexandrins et à respecter ce rythme particulier de la parole chez Racine qui fait sonner la rime et la diérèse. Par ailleurs, ils jouent avec force ces personnages déchirés sur le théâtre, ivres de leur monstruosité ou fondamentalement troublés par ce que Roland Barthes appelle la révélation de leur « secret ».

               Monstruosité ?... Agrippine, mère autoritaire de Néron qui tâche en vain de soumettre son fils, fils devenu empereur grâce à ses bons soins et qui tourne soudain le dos à la Vertu (et à sa mère) Il a osé, le diable !

               Monstruosité ? Néron imprévisible, enveloppé dans un grand manteau rouge, et qui fait brutalement le choix de la tyrannie et du cynisme en donnant ordre d’empoisonner son frère.

                Pourquoi ce revirement dans la pièce alors qu’on le sent vaciller après une ultime rencontre avec sa mère et son droit conseiller Burrhus ? Peut-être à cause de la passion que sa captive Junie a allumée en lui. Après son entrevue avec la charmante et « aimable » Junie, Néron s’est enragé.

                Néron se venge, parce qu’il ne supporte pas de voir Junie continuer à aimer Britannicus. Parce que Narcisse, le perfide Narcisse, fait auprès de lui son œuvre de traitre et réussit à mettre en doute les bienfaits de la Vertu. Le metteur en scène a forcé les traits de Narcisse en lui donnant l’allure d’une sorte de Méphistophéles, (ou disons Edouard dans « Twilight » !) ricanement machiavélique, cheveux souples, laqués, canine acérée, ivre du pouvoir qu’il prend sur Néron.

               Par la direction des jeux de scènes (baisers, caresses, rapprochements des corps), il met en valeur la rage de la chair embrasée : tout le tremblement du texte de Racine se manifeste à travers ce ballet quasi érotique qui rapproche et sépare dans un brûlant corps à corps Junie, Britannicus, Néron et même Agrippine. La passion écorchée vive pousse aux étreintes et aux pulsions les plus troubles et, quand le rideau tombe, les personnages de la tragédie tombent pantelants sur un coin du théâtre.

               En conclusion, je mettrai en ligne demain une tirade extraite de la pièce et qui illustre très bien cette dimension du texte de Racine.

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Goncourt des Lycéens

Publié le par Eric Bertrand

                Petit clin d’œil discret de l’actualité littéraire qui me ramène cycliquement à la grande période de la préparation du Goncourt des Lycéens que j’ai préparé deux ans avec mes élèves.

                Grands moments d’intensité littéraire vécus avec des élèves pas toujours motivés mais qui en gardent tous un excellent souvenir. Moi-même, j’ai fait grâce à cette préparation de belles découvertes en matière de littérature contemporaine...

                J’ai en tout cas consacré sur ce blog de larges articles écrits dans le feu de l’action, que le lecteur un peu curieux se mette en quête ! Et en attendant, la parole au prix Goncourt de cette année !

 

http://www.evene.fr/livres/livre/jean-michel-guenassia-le-club-des-incorrigibles-optimistes-40776.php?video


 

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« Twilight au nom commun »

Publié le par Eric Bertrand

Petite fable en complément au travail sur le fantastique

 

             Présentation : l’étude du groupe nominal a permis de rappeler certains éléments importants. Pour proposer une synthèse, et suite à la recherche effectuée dans le cadre du nouveau chapitre sur le fantastique, voici une petite fable qui va nous permettre de travailler sur les deux tableaux :

- Définir le fantastique.

- Réviser le groupe nominal.

 

           Un petit mot tout frileux avançait en se dissimulant derrière un pauvre déterminant aussi terrorisé que lui sous un ciel menaçant d’adjectifs qualificatifs qui dessinaient un spectre mouvant dans le crépuscule de la phrase. Derrière la ligne des nuages noirs et sanguinolents des épithètes, gonflait une vague de propositions subordonnées relatives dont les pronoms, aux serres aiguisées,  aux crocs acérés, cherchaient avidement un antécédent.

            Quand le vent de la description souffle sur la phrase, quand les couleurs du jour pâlissent, les adjectifs qualificatifs et les propositions relatives ont soif. Ils s’abattent sur les mots isolés et sucent le sang et la substance des noms communs. Les déterminants ne suffisent pas pour les défendre et les malheureux s’abandonnent au vertige de la passion fugitive.

            La main de l’expansion nominale s’est emparée du foulard de déterminant, a découvert la gorge du nom commun. La victime s’abandonne. Elle frémit sous la fièvre du baiser. Elle sent en elle un long frisson. Et le déterminant épouvanté voit alors se dresser devant lui une créature nerveuse qu’il n’a pas pu contenir : un groupe nominal aux lèvres encore tâchées de sang.

 

Exercice :

- Identifiez les éléments qui appartiennent au genre fantastique.

- Identifiez les éléments qui appartiennent à la grammaire.

- Soulignez les adjectifs épithètes.  

  

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Grammaire et écriture

Publié le par Eric Bertrand

                 Je termine en quatrième une leçon sur le groupe nominal. Toujours un peu austère, la grammaire ne soulève pas en général la passion dans les rangs. De mon côté, je n’y vais pas non plus avec grand enthousiasme. Sauf lorsque la grammaire devient objet d’écriture... Et c’est cela qu’il faut expliquer aux élèves... La grammaire fournit une matière, un outil qui permet de prendre plaisir à l’opération d’écriture.

                 Voyons les faits... A l’occasion du nouveau chapitre qu’on commence cette semaine sur le genre fantastique, je les ai invités à définir précisément ce qui identifie ce genre. Et en complément à la leçon de grammaire, j’ai écrit une petite fable intitulée « Twilight au nom commun ». A lire demain.

 

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