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Proust : le bal des têtes (20 / 25)

Publié le par Eric Bertrand

                   Il faut cependant faire cette réserve que les mesures du temps lui-même peuvent être pour certaines personnes accélérées ou ralenties. Par hasard j'avais rencontré dans la rue, il y avait quatre ou cinq ans, la vicomtesse de Saint-Fiacre (belle-fille de l'amie des Guermantes). Ses traits sculpturaux semblaient lui assurer une jeunesse éternelle. D'ailleurs elle était encore jeune.

                  Or je ne pus, malgré ses sourires et ses bonjours, la reconnaître en une dame aux traits tellement déchiquetés que la ligne du visage n'était pas restituable. C'est que depuis trois ans elle prenait de la cocaïne et d'autres drogues. Ses yeux profondément cernés de noir étaient presque hagards. Sa bouche avait un rictus étrange. Elle s'était levée, me dit-on, pour cette matinée, restant des mois sans quitter son lit ou sa chaise longue.

                  Le Temps a ainsi des trains express et spéciaux qui mènent vite à une vieillesse prématurée. Mais sur la voie parallèle circulent des trains de retour, presque aussi rapides. Je pris M. de Courgivaux pour son fils, car il avait l'air plus jeune (il devait avoir dépassé la cinquantaine et semblait plus jeune qu'à trente ans). Il avait trouvé un médecin intelligent, supprimé l'alcool et le sel ; il était revenu à la trentaine et semblait même ce jour-là ne pas l'avoir atteinte. C'est qu'il s'était, le matin même, fait couper les cheveux.Chose curieuse, le phénomène de la vieillesse semblait, dans ses modalités, tenir compte de quelques habitudes sociales.

                  Certains grands seigneurs, mais qui avaient toujours été revêtus du plus simple alpaga, coiffés de vieux chapeaux de paille que de petits bourgeois n'auraient pas voulu porter, avaient vieilli de la même façon que les jardiniers, que les paysans au milieu desquels ils avaient vécu. Des taches brunes avaient envahi leurs joues, et leur figure avait jauni, s'était foncée comme un livre.



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Proust, suite et fin...

Publié le par Eric Bertrand

          Les familiers de ce blog ont eu l’habitude de lire pendant un certain temps des extraits de la Recherche et savent que, dans la suite de la lecture de Tigre en papier, d’Olivier Rolin, j’avais commencé une rubrique consacrée au fameux « bal des têtes ».

          Que ceux qui le réclament se rassurent, je vais terminer la série (19 articles sur les 25 sont parus) dans les jours qui viennent afin de ne pas laisser inaboutie cette lecture délicieuse de l’orfêvre des lettres qui est aussi fin connaisseur et analyste de la nature humaine !

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Récit de métamorphose

Publié le par Eric Bertrand

              Un petit divertissement littéraire ce matin à partir d’un exercice proposé à mes sixièmes dans le cadre de l’étude des éléments merveilleux du conte.

 

Exercice : raconter la métamorphose d’un animal ou d’une plante en humain.

 

Méthode : choisir un animal ou une plante et trouver quelque chose de cette origine qui subsistera dans l’humain. Raconter la scène en suivant le modèle suivant :

- La rencontre.

- La description de la métamorphose en choisissant des détails qui appartiennent aux deux « créatures » (mots soulignés)

 

« La jeune femme rencontra soudain un serpent au regard intelligent qui lui adressa aussitôt la parole. Mais comme la princesse ne parvenait pas à se rassurer, ce dernier se métamorphosa. Son corps visqueux glissa jusqu’au dernier anneau pour découvrir de longues jambes de jeune homme. Ses pieds rentrèrent dans une paire de chaussures en croco. Son ventre disparut dans la ceinture d’un pantalon imitation lézard. En un mot, le vilain serpent était devenu un gracieux prince dont le visage aux yeux pers rappelait vaguement son origine première ! »


 

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Retour en grâce de Tennessee Williams

Publié le par Eric Bertrand

             En écoutant une émission consacrée à Tennessee Williams qui disait la vogue que connaît le théâtre de ce dernier, je revivais de mon côté l’aventure du « Tennessee Club » ménée sur scène en 2002 aux côtés de certains de mes meilleurs comédiens...

              Le metteur en scène interrogé déroulait un à un les thèmes relatifs à cet auteur et cela m’a permis de vérifier la pertinence de cette pièce que j’aime particulièrement parmi celles que j’ai écrites, peut-être aussi parce qu’elle me ramène à mon « éternel rêve américain ». Voici donc le relevé de ces fameux thèmes et l’éclairage que j’y apporte dans la pièce :

- Des pièces à scénario (et la mienne était une espèce de « road movie théâtral »), mais aussi des pièces où le psychisme ronge les caractères et les mène à un état de crise.

- La sexualité brûlant sur la scène : mes comédiens étaient globalement les héritiers des « Indécents » du Loft History écrit l’année précédente, c’est dire...

- Le départ du père : le personnage de Charlie a abandonné sa famille dans son domaine de Louisiane...

- Le viol de la belle-sœur : l’attirance malsaine de Tom envers Louise, en dépit de la présence de Thelma, son épouse.

- La violence et l’alcool : ce qui exaspère en partie les gesticulations de Tom sur la scène...

- La perte des repères et l’inquiétude pour l’avenir... cette thématique très contemporaine renvoie en partie à la nostalgie de « l’âge d’or de Louisiane » en tout cas pour la famille décomposée de Charlie...

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Pas de fumée sans feu autour du film « Gainsbourg »

Publié le par Eric Bertrand

             La fumée de cigarette dérange. Elle a vécu. Exit la nicotine. Exit les airs à la Gary Cooper. La fumée n’est pas en odeur de sainteté. Elle doit se faire oublier et rejoindre les nuages, les merveilleux nuages, là-bas ! D’ailleurs, bien fait pour lui ! Il a assez chanté les cigarillos et Dieu fumeur de Gitanes...

             C’est un juste retour de flamme. Eteignez les briquets dans les mains, cachez le verre de bourbon, la nicotine et la Gauloise ! L’affiche du film « Gainsbourg », qui sort en janvier déclenche une polémique, parce que justement, c’est de la fumée qu’on voit. Et pour cause !

             Certes, l’aura de Serge n’a pas besoin du renfort des volutes pour s’élever au-dessus de nos têtes, mais tout de même... Enlever la cigarette de la main du dandy c’est lui enlever le mot de la bouche et c’est lui retirer son masque. « Gainsbourg » chasse Gainsbarre... Tout cela paraît bien dérisoire ! Le cinéma rend enfin hommage au « Poinçonneur des Lilas » et on se pince le nez dans le métro. On voudrait lui retirer le mégot, lui décoller la peau et arracher la citrouille !

              C’est un fait à notre époque, il faut faire couler de l’eau de rose sur les mythes, allonger le légume dans le lit de Procuste et vider l’Homme à la tête de chou dans le panier de la ménagère !

              Préférera-t-on à l’affiche cigarette un tableau d’Arcimboldo pour les cœurs d’artichaut ? Ecce homo !

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