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« Souvenir de route blanche »

Publié le par Eric Bertrand

             Le lecteur sait que j’ai pour habitude de proposer parfois à mes élèves des exercices  d’écriture « formatés » en fonction de ce que nous faisons en cours et de me livrer également à l’épreuve. A l’issue d’un travail sur un extrait de Germinal où Zola décrit la descente dans la mine de deux chevaux dont l’un ne survit pas, nostalgique du soleil de l’extérieur, des « herbes vertes » et « des routes blanches », je demande aux élèves de raconter l’un des « souvenirs de route blanche » en adoptant le point de vue du cheval.

             L’exercice permettait également de réviser l’emploi de l’imparfait. Je donne en dictée le texte suivant qui est de ma composition :

 

Ce matin-là, j’avais quitté mon enclos et je me promenais joyeusement le long du sentier qu’empruntaient d’habitude les enfants qui venaient jouer avec moi. Il faisait beau, le ciel était tout bleu et léger, des abeilles butinaient les fleurs et je me sentais aussi enivré qu’elles sous le bon soleil qui me chauffait le corps. Un petit vent ébouriffait ma crinière et me rafraichissait les naseaux, l’air tiède qui me courait sur le dos me donnait presque l’envie de danser comme la petite fille que je voyais parfois s’amuser dans la ferme d’à côté. Mais je me retenais, j’avais ma fierté de jeune cheval et je me contentais de gambader, le regard droit, le buste luisant, dans l’espoir de rencontrer une pouliche en liberté comme moi, et comme moi grisée par les sensations du printemps.


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Commentaire d’images : Circé parmi ses amants changés en animaux.

Publié le par Eric Bertrand

            Ce tableau a été réalisé par le peintre italien Dossi Dosso en 1521, époque où la mythologie servait de base à l’inspiration des artistes. Le titre du tableau l’indique bien : Circé parmi ses amants changés en animaux.

             Il représente un paysage de campagne sous un ciel bleu céleste. Au centre du tableau, à l’ombre d’un arbre, en face d’une étendue d’eau, Circé l’enchanteresse tient un grand livre et semble dispenser un enseignement aux animaux qui l’entourent, chiens, biche, cerf, oiseaux variés, tous attentifs et impliqués.

             La figure de la déesse correspond aux canons esthétiques de la représentation de la femme à l’époque. Le corps féminin est sacralisé, la chair est rose, opulente, le geste gracieux. Par ailleurs, outre la retenue de la silhouette, le regard de la chouette, oiseau de Minerve, déesse de la sagesse, confère au tableau une dignité et une pudeur toute relative car, derrière l’apparente tranquillité de la « classe buissonnière », le lecteur érudit songe aux malheureux amants, prisonniers sous le pelage ou le poil !

 

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Commentaire d’images : la chute d’Icare (Bruegel).

Publié le par Eric Bertrand

Rappel de la méthode:

- L’image présentée est identifiée.

- L’observation s’attache d’abord au décor général, couleurs, cadrage.

- Les détails et le sens de l’image sont enfin abordés : l’observateur s’efforce de proposer une interprétation et d’insérer l’image en contexte.

 

            Le tableau du peintre Bruegel est intitulé « la Chute d’Icare » et s’appuie explicitement sur le célèbre mythe qui raconte la tentative de l’homme à s’élever vers le ciel.

            A une extrémité de la toile, dans une zone d’obscurité, le « plongeon » d’Icare passe pratiquement inaperçu. En revanche, l’attention est attirée par les trois plans successifs du tableau qui baignent dans une lumière douce produite par le lever de soleil en fond. Ce sont les activités humaines qui s’imposent, le laboureur qui creuse son sillon (et dont la chemise rouge contraste avec le vert de la mer), le berger qui médite auprès de son chien et de ses moutons, le pêcheur qui lance son filet.

            Au-delà de cette zone paisible et rassurante des activités humaines, la mer ouvre un vaste horizon dont le point de fuite est marqué par le soleil. Les bateaux au port ont les voiles gonflées et semblent prêts à l’aventure comme l’indique le gonflement des voiles. Il ne faut pas oublier qu’on est en pleine période de la Renaissance. Le monde est neuf, divers, passionnant à explorer... Ainsi, le regard du peintre est en surplomb et souligne la beauté et les promesses de cet univers en pleine transformation et riche encore d’espérances... A condition que les hommes continuent de prospérer en se détournant des utopies et en fructifiant les richesses qui sont à leur portée. Chose que n’a pas su faire le malheureux marginal Icare !

 

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Parler de Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

             « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », « Fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte », « Quand les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne... Je vois se dérouler des rivages heureux qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone... »

             Pas un cours de poésie sans une référence à l’un de mes trois maîtres : Hugo, Baudelaire, Rimbaud. Une évidence à mes yeux : quand on parle de poésie, un seul texte de l’un des trois suffit pour appréhender ce que poétiser veut dire... Et lequel des trois convient le mieux à des adolescents, ou à des étudiants ? Ou, plus exactement, lequel choisir pour « transmettre le message » et donner envie d’aller plus loin ?

             J’ai écrit deux essais sur Hugo, un roman dont le personnage principal est baptisé « Bateau ivre » du fait de son goût pour la poésie de Rimbaud... mais je n’ai écrit qu’une nouvelle et un petit article sur Baudelaire : cf « Baudelaire champion de surf ».

             C’est pourtant celui des trois qui me paraît aller le plus loin dans l’expérience poétique... Oui, Charles, malgré sa raideur de dandy et ses humeurs de cormoran, est à mes yeux le plus compréhensible et le plus viscéralement humain. Baudelaire est avant tout un sensuel. Le poète en lui respire, voit, écoute, savoure, « mange des cheveux bleus » pour quitter « le port » et s’en aller « vers de charmants climats ».

             Au lieu de fermer les yeux et de s’abandonner à la langueur d’un plaisir égoïste, Baudelaire est un virtuose de l’observation et de l’analyse, toujours attentif à ce qui se produit en lui quand il cultive les sensations. Les sens en éveil, il entreprend dans les poémes de « l’Idéal » une quête obstinée qui lui permet de creuser et de dévoiler les ressources de l’imagination. Que ce soit auprès de l’une de ses maîtresses, au fond d’un verre de vin ou sur le culot de sa pipe de hachish, il parvient à faire résonner son vers à 100000 watts. Il est un amplificateur de sensations. Et il tend au lecteur cette magique enceinte... Comme il l’écrit dans « le poème du hachish » :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer...


 

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Analyse de tableaux

Publié le par Eric Bertrand

Une nouvelle matière est proposée cette année aux élèves de collège : il s’agit de « l’histoire de l’art ». Le concept est encore au stade expérimental, mais il concerne tout particulièrement les arts plastiques, l’histoire géo et bien entendu les lettres et c’est tant mieux puisque tout amateur de littérature sait à quel point elle « cohabite » avec d’autres formes d’expression          artistiques.

C’est en tout cas l’occasion pour moi de proposer à mes élèves pour commencer des études de tableaux. J’ai toujours aimé cette approche... Mais il en va de cette démarche comme de celle de l’approche des textes... Dans quelle mesure les élèves de collège seront-ils réceptifs à cette matière qui requiert curiosité, perspicacité et savoir ?

En tout cas, je publie dans les jours qui viennent deux études de tableaux que j’ai proposées à différents niveaux : sixièmes et troisièmes.

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