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Commentaire d’images : la chute d’Icare (Bruegel).

Publié le par Eric Bertrand

Rappel de la méthode:

- L’image présentée est identifiée.

- L’observation s’attache d’abord au décor général, couleurs, cadrage.

- Les détails et le sens de l’image sont enfin abordés : l’observateur s’efforce de proposer une interprétation et d’insérer l’image en contexte.

 

            Le tableau du peintre Bruegel est intitulé « la Chute d’Icare » et s’appuie explicitement sur le célèbre mythe qui raconte la tentative de l’homme à s’élever vers le ciel.

            A une extrémité de la toile, dans une zone d’obscurité, le « plongeon » d’Icare passe pratiquement inaperçu. En revanche, l’attention est attirée par les trois plans successifs du tableau qui baignent dans une lumière douce produite par le lever de soleil en fond. Ce sont les activités humaines qui s’imposent, le laboureur qui creuse son sillon (et dont la chemise rouge contraste avec le vert de la mer), le berger qui médite auprès de son chien et de ses moutons, le pêcheur qui lance son filet.

            Au-delà de cette zone paisible et rassurante des activités humaines, la mer ouvre un vaste horizon dont le point de fuite est marqué par le soleil. Les bateaux au port ont les voiles gonflées et semblent prêts à l’aventure comme l’indique le gonflement des voiles. Il ne faut pas oublier qu’on est en pleine période de la Renaissance. Le monde est neuf, divers, passionnant à explorer... Ainsi, le regard du peintre est en surplomb et souligne la beauté et les promesses de cet univers en pleine transformation et riche encore d’espérances... A condition que les hommes continuent de prospérer en se détournant des utopies et en fructifiant les richesses qui sont à leur portée. Chose que n’a pas su faire le malheureux marginal Icare !

 

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Parler de Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

             « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! », « Fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte », « Quand les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne... Je vois se dérouler des rivages heureux qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone... »

             Pas un cours de poésie sans une référence à l’un de mes trois maîtres : Hugo, Baudelaire, Rimbaud. Une évidence à mes yeux : quand on parle de poésie, un seul texte de l’un des trois suffit pour appréhender ce que poétiser veut dire... Et lequel des trois convient le mieux à des adolescents, ou à des étudiants ? Ou, plus exactement, lequel choisir pour « transmettre le message » et donner envie d’aller plus loin ?

             J’ai écrit deux essais sur Hugo, un roman dont le personnage principal est baptisé « Bateau ivre » du fait de son goût pour la poésie de Rimbaud... mais je n’ai écrit qu’une nouvelle et un petit article sur Baudelaire : cf « Baudelaire champion de surf ».

             C’est pourtant celui des trois qui me paraît aller le plus loin dans l’expérience poétique... Oui, Charles, malgré sa raideur de dandy et ses humeurs de cormoran, est à mes yeux le plus compréhensible et le plus viscéralement humain. Baudelaire est avant tout un sensuel. Le poète en lui respire, voit, écoute, savoure, « mange des cheveux bleus » pour quitter « le port » et s’en aller « vers de charmants climats ».

             Au lieu de fermer les yeux et de s’abandonner à la langueur d’un plaisir égoïste, Baudelaire est un virtuose de l’observation et de l’analyse, toujours attentif à ce qui se produit en lui quand il cultive les sensations. Les sens en éveil, il entreprend dans les poémes de « l’Idéal » une quête obstinée qui lui permet de creuser et de dévoiler les ressources de l’imagination. Que ce soit auprès de l’une de ses maîtresses, au fond d’un verre de vin ou sur le culot de sa pipe de hachish, il parvient à faire résonner son vers à 100000 watts. Il est un amplificateur de sensations. Et il tend au lecteur cette magique enceinte... Comme il l’écrit dans « le poème du hachish » :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer...


 

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Analyse de tableaux

Publié le par Eric Bertrand

Une nouvelle matière est proposée cette année aux élèves de collège : il s’agit de « l’histoire de l’art ». Le concept est encore au stade expérimental, mais il concerne tout particulièrement les arts plastiques, l’histoire géo et bien entendu les lettres et c’est tant mieux puisque tout amateur de littérature sait à quel point elle « cohabite » avec d’autres formes d’expression          artistiques.

C’est en tout cas l’occasion pour moi de proposer à mes élèves pour commencer des études de tableaux. J’ai toujours aimé cette approche... Mais il en va de cette démarche comme de celle de l’approche des textes... Dans quelle mesure les élèves de collège seront-ils réceptifs à cette matière qui requiert curiosité, perspicacité et savoir ?

En tout cas, je publie dans les jours qui viennent deux études de tableaux que j’ai proposées à différents niveaux : sixièmes et troisièmes.

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Extrait de « Terre des hommes » (3/3) : la lumière de l’homme bleu

Publié le par Eric Bertrand

            L’un des grands passages de « Terre des hommes » c’est l’évocation de l’aventure dans le désert de Lybie où l’aviateur et son co-pilote, victimes d’un accident en plein désert, ont failli mourir de soif.

            Les limites de la résistance humaine sont poussées à l’extrême et Saint-Exupéry livre un récit bouleversant et palpitant dont voici un extrait, le moment où un bédouin les sauve in extremis :

 

           Et voici que, sans hâte, il a amorcé un quart de tour. A la seconde même où il se présentera de face, tout sera accompli. A la seconde même où il regardera vers nous, il aura effacé en nous la soif, la mort et les mirages. Il a amorcé un quart de tour qui, déjà, change le monde. Par un mouvement de son seul buste, par la promenade de son seul regard il crée la vie, et il me parait semblable à un dieu.

           C’est un miracle... Il marche vers nous sur le sable, comme un dieu sur la mer... Il n’y a plus ici ni races, ni langages, ni divisions... Il y a ce nomade pauvre qui a posé sur nos épaules des mains d’archange.

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Extrait de « Terre des hommes » (2/3) : ce que l’homme amène avec lui...

Publié le par Eric Bertrand

              Restons du côté des belles réflexions de « Terre des Hommes » et écoutons ce second extrait, plein de sagesse et d’enseignement, méditation auprès du cadavre d’un anonyme esclave de Mauritanie :

 

« Dans la mort d’un homme, un monde inconnu meurt et je me demandais quelles étaient les images qui mouraient en lui. Je ne pouvaiis conniatre si dans cette masse noire s’éteignaient simplement des soucis misérables : le thé à préparer, les bêtes à conduire au puits... si s’endormait une âme d’esclave, ou si, ressuscité par une remontée de souvenirs, l’homme mourait dans sa grandeur. L’os dur du crâne était pour moi pareil à la vieille caisse aux trésors. Je ne savais quelles soies de couleur, quelles images de fêtes, quels vestiges tellement désuets ici, tellement inutiles dans ce désert y avaient échappé au naufrage. Cette caisse était là, bouclée et lourde. »


 

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