Je demande aux élèves de travailler sur le motif de la panne et des moyens
un peu burlesques pour réparer l’avion !
Imaginons un aviateur un peu furieux, qui s’escrime à réparer avec les moyens du
bord et qui se laisse aller à quelques jurons (triés sur le volet !) et envisageons l’approche du petit Prince qui lui demande insatiablement de « dessiner un
mouton » !
A l’aide des groupes nominaux que
j’avais demandé à mes sixièmes d’écrire sur le thème : « un drôle de dessin », j’ai écrit une scène entre l’aviateur et le Petit Prince (ils seront plusieurs à jouer ce
rôle), scène dans laquelle l’aviateur, pour amadouer son compagnon qu’il a au préalable rudoyé, lui raconte comment il a raté sa vocation de dessinateur pour devenir « un mauvais
pilote », seulement capable de tomber en panne dans le désert et de ne pas savoir réparer...
Il a gardé les drôles de dessins qu’il faisait et il charge son nouvel ami de les
identifier. Le Petit Prince déballe tout et se livre de bonne grâce au jeu ! Scène assez jubilatoire et très visuelle qui devrait donner du grain à moudre à la collègue d’arts
plastiques.
L’un de mes collègues constate avec compassion que c’est « moi qui me tape tout le boulot » dans l’atelier...
Dans ce genre
d’aventure qui mêle une équipe et l’ensemble des élèves, si on veut aboutir à quelque chose (et compte tenu du fait que le temps manque à chacun,
qu’il faut « faire le programme », que les élèves ne sont pas disponibles en dehors des heures de cours...) il me paraît difficile de faire
autrement.
Le texte, le décor,
le fond général doivent être fixés pour le second trimestre de façon à ce que l’intervenante théâtre puisse faire travailler les apprentis comédiens.
Par conséquent, oui, « je me tape le boulot » à partir de fragments que me rendent les élèves, fragments bien imparfaits pour faire un texte il faut le reconnaitre... mais fragments qui
ont le mérite d’exister et de servir de fils rouges à l’écriture. Ainsi, ils ont bien le sentiment d’être associés à l’aventure de création !
Retour sur une série d’articles qui
vont concerner la progression de l’écriture autour du Petit Prince. Et je les dédie particulièrement à Ania, nouvelle lectrice intéressée par le
projet et qui m’a demandé si j’acceptais de partager l’expérience avec elle qui travaille avec une classe en Pologne. C’est avec plaisir que j’accepte ce genre d’échange...
J’aime quand un projet
rebondit et quand des collègues l’empoignent avec enthousiasme. Je l’avais signalé dans les semaines précédentes, le collègue de musique avait proposé sa collaboration à notre atelier. De
naturel très discret, il avait simplement annoncé qu’il aimait ce genre de travail qui lui permettait de déboucher sur des créations plus personnelles à
partir d’un travail informatique.
Et depuis, l’idée a fait son chemin. Je le retrouve vendredi dernier
en salle des profs et il m’annonce qu’il compte créer un CD sur le Petit Prince et qu’il est en train de penser à la musique et aux arrangements d’une chanson autour de « Dessine-moi un mouton ».
Bien évidemment, je vais sauter sur l’occasion et relayer cette
entreprise qui colle parfaitement aux idées que j’ai déjà creusées en atelier d’écriture... Il me demande aussi de façon urgente un titre pour l’ensemble du spectacle : je propose « le
grand amour du Petit Prince ».
On comprendra mieux pourquoi si on lit les pistes du projet à paraitre
dans les onze articles à suivre.
Le lecteur sait que j’ai pour habitude de proposer parfois à
mes élèves des exercicesd’écriture « formatés » en fonction de ce que nous faisons en cours
et de me livrer également à l’épreuve. A l’issue d’un travail sur un extrait de Germinal où Zola décrit la descente dans la mine de deux chevaux dont l’un ne survit pas, nostalgique du soleil de l’extérieur, des « herbes vertes » et « des routes
blanches », je demande aux élèves de raconter l’un des « souvenirs de route blanche » en adoptant le point de vue du cheval.
L’exercice permettait également de réviser l’emploi de l’imparfait. Je donne en dictée le texte suivant qui est de ma composition :
Ce matin-là, j’avais quitté mon
enclos et je me promenais joyeusement le long du sentier qu’empruntaient d’habitude les enfants qui venaient jouer avec moi. Il faisait beau, le ciel était tout bleu
et léger, des abeilles butinaient les fleurs et je me sentais aussi enivré qu’elles sous le bon soleil
qui me chauffait le corps. Un petit vent ébouriffait ma crinière et me rafraichissait les naseaux, l’air tiède qui me courait sur le dos me donnait presque l’envie de danser comme la petite fille que je voyais parfois s’amuser dans la ferme d’à côté.
Mais je me retenais, j’avais ma fierté de jeune cheval et je me
contentais de gambader, le regard droit, le buste luisant, dans l’espoir de rencontrer une pouliche en liberté comme moi, et comme moi grisée par les sensations du printemps.
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/