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Du confinement au parfum exotique avec Baudelaire

Publié le par Eric Bertrand

Rappelez-vous ce vers de Baudelaire, « Et l’espérance comme une chauve-souris s’en va battant les murs de son aile timide en se cognant la tête à des plafonds pourris ». Tout au début de la crise, la chauve-souris a été prise comme bouc émissaire, responsable des émissions du virus, ce terrible « Ennemi », qui sévit actuellement sur notre pauvre navire au-dessus duquel « le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ».

L’univers est souvent sombre chez ce « prince des nuées », « Roi d’un pays pluvieux » qu’est Baudelaire Mais, à sa façon, en cette période de confinement, il nous montre l’exemple. La « chambre » dans laquelle il se réfugie peut être aussi bien « chambre à spleen » que « chambre à air ». Elle est de toute manière, comme le montre l’un de ses « Poèmes en prose », « double », parce que transfigurée. À la fois menacée par les spectres, et les « Angoisses despotiques », ce « peuple muet d’infâmes araignées vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux » et sublimée par les splendeurs de la Beauté et les lueurs des « Phares ».

Baudelaire a toujours été ainsi, dès son adolescence, un poète du confinement. Envoyé à dix-huit ans vers les Indes sur un cargo, ce voyageur immobile se planquait dans la soute pour laisser fleurir les fruits de son imagination. Pendant que les « hommes d’équipage » s’agitaient sur le pont du navire « glissant sur les gouffres amers », lui, dans l’indolence, contemplait le ciel. Ainsi, dans le poème qu’il a tiré de cette expérience, la « chauve-souris » se métamorphose en « albatros » aux « grandes ailes blanches ».

Il se peut bien qu’il ait ainsi voulu représenter la double aspiration qu’il y a dans l’homme, l’ange et la bête, le pire et le meilleur. Mais aussi cette double capacité à mettre à son navire, soit un « plafond pourri », soit « Ordre et beauté, luxe, calme et volupté », « musique comme une mer » et « parfum d’huile de coco, de musc et de benjouin ».

 Et au bout du voyage, lorsque ce fichu « plafond pourri » aura volé en éclats, il faudra bien espérer pour l’homme d’équipage qui ne connaît encore que les « brûle-gueule », qu’il accoste avec le poète dans une « ile paresseuse où la nature donne des arbres singuliers et des fruits savoureux ». La planète et les tableaux parisiens s’en porteront mieux.

 

Du confinement au parfum exotique avec Baudelaire

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La Liberté dans la chambre

Publié le par Eric Bertrand

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. »

Cette citation du philosophe Pascal me revient curieusement à l’esprit en ces temps de confinement non pas dans « la chambre » mais dans un périmètre dont elle reste cependant le centre.

À l’époque où je l’ai entendue pour la première fois, j’étais adolescent et je me disais que c’était bien là une pensée de vieux philosophe grincheux et avachi, incapable de comprendre l’attrait qu’il y a à sortir, à voir du monde, à multiplier les expériences et les « divertissements ». Or, le « divertissement » est, toujours d’après Pascal (mais ça, je l’ai su après), ce qui écarte l’homme de l’essentiel, en l’occurrence l’exercice de sa conscience et de sa position par rapport à Dieu…

Bref, restez dans la chambre, et comprenez votre néant !

Ce n’est pas à cette prise de conscience de nos « misères » que doit mener le séjour à la chambre. Au contraire. Profitons de ce temps de recueillement pour puiser ce que le devoir de confinement peut révéler à notre conscience de citoyen.

Livrée à l’épreuve des quatre murs, la conscience, au lieu de se lamenter et de regretter le temps de l’égoïste divertissement, peut au contraire se réveiller. Alors elle découvre une liberté dans la contrainte. Une sorte de Contrat social qui nous réunit aux autres et nous rend plus forts dans la lutte contre l’ennemi invisible.

 « La liberté, c’est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite » écrivait Rousseau.

Prescrivons le repos dans une chambre, la Liberté en ouvrira les fenêtres. 

 

Pascal

Pascal

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Les deux masques : hommage à tous les Docteur(e)s Rieux.

Publié le par Eric Bertrand

« Dans cette situation, l’essentiel était de bien faire son métier ».

Cette phrase est tirée du roman la Peste et rend hommage à tous ces soignants qui sont en première ligne et qui méritent les applaudissements, y compris ceux de Camus.

Dans ce livre terrible qui analyse les ravages de la maladie, le héros, le docteur Rieux, fait partie de celles et ceux qui font le choix de résister et de se retrousser les manches en dépit du danger de la contamination. La peste frappe la ville d’Oran aussitôt mise en quarantaine. Elle est, au début du roman, innommable et la seule mention de son nom donne des frissons à ceux qui n’osent pas encore l’identifier.

Qu’on relise le début de l’histoire d’Oedipe ou la fable de La Fontaine, « les Animaux malades de la Peste » : la peste est « un mal qui répand la terreur… ». On l’avait oubliée et elle ressurgit comme un monstre dont le nom même renvoie à des spectres abominables.

À la différence de la peste, le coronavirus n’a pas encore de définition. C’est un monstre étrange qui est en train de se faire une réputation et de se dessiner, sous le masque, une figure hideuse.

Le courage de ceux qui l’affrontent est d’autant plus remarquable qu’ils se battent contre un monstre sans contours. En 1947, Camus écrivait une œuvre à la fois cruelle et réaliste : la chronique d’une catastrophe annoncée, mais aussi un apologue sur la sombre période du nazisme. Dans ce contexte épouvantable, la ténacité et la résistance du docteur Rieux et de ses partenaires contrastent avec la lâcheté, la légèreté et la mesquinerie des autres.

La fin de la bataille raconte la victoire contre l’Ennemi informe et imprévisible mais elle ressemble aussi à la Libération de Paris. En cela, elle ouvre sur un message d’espoir et sur une pluie d’applaudissements.  « La bête immonde » (quelle que soit la forme qu’elle prenne) est toujours vaincue. Mais jusqu’à quand ? Le dernier paragraphe est ambigu et invite à une méfiance sans cesse renouvelée.

« Écoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. »

Hommage aux soignants.

Sous le masque, ils incarnent l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur.     

 

Camus, Coronavirus, soignants

Camus, Coronavirus, soignants

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Le virus du voyage à l’épreuve de l’ardente patience

Publié le par Eric Bertrand

Aller sous le ciel, Muse… Céder à l’appel du large, à l’appel de la forêt, au « call of the wild » cher à Jack London pour mettre de l’air au confinement de nos vies, de nos agendas, de nos pauvres rituels quotidiens dont nous sentions, il y a quelques jours encore, les limites et les contraintes…

Cet appel doit être aujourd’hui entendu autrement.

Au fil du temps, nous avions tous déjà cédé à cette frénésie. Trépidation des aéroports, promiscuité vibrante des décollages, proses des transsibériens ou route du Far West, « hit the road »… Et toute cette agitation dans un seul et même but : celui de conquérir la part rêvée de sauvagerie qui nous échappe, nous tente, nous malmène… Tout cela pour arriver, au terme du voyage, dans l’auberge à la Grande Ourse, la cabane dans les forêts de Sibérie, la carcasse d’un bus abandonné dans la toundra, l’habitacle éclairé d’une grosse voiture américaine sur la route 66.

Et c’est là qu’est le paradoxe : cette parcelle de « wild » enfin reconquise aboutissait à un confinement, à un moment de grâce vécu dans la claustration et l’immobilité. Cette expérience ne nous montre-t-elle pas que l’esprit du « wild » est en l’homme et que, quand nous sommes enfermés, nous devons savoir aller le rechercher en nous ?

Si notre organisme a laissé un jour entrer le virus du voyage, ce virus est aussi capable de muter et de devenir notre garde du corps et notre phare intérieur.

Et un jour futur, au bout de trois ou quatre semaines, peut-être davantage, comme le dit Arthur Rimbaud à la fin de sa Saison en enfer, nous ressortirons et, « armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes ».  

Le virus du voyage à l’épreuve de l’ardente patience

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« Couleur cafinement »

Publié le par Eric Bertrand

Gloomy Sunday. C’est le confinement, Babe alone in Babylone. Dépression au-dessus du jardin... La petite Marilou fait tinter ses bracelets et les clochettes d’argent de ses poignets. Ses illusions donnent sur la cour…

Elle a délaissé sa Remington portative, et sur son rocking chair, elle n’est plus qu’un appareil à soupirs et attend que ça se tasse. D’abord, elle s’est barrée au pays des malices de Lewis Caroll. Puis elle s’est fait des aéroplanes, 707, avion-cargo de nuit. Elle est marrante, c’est une fan du cap’tain Cook.  

À présent, le cigarillos au bord des lèvres, elle lève les yeux. Elle roule des yeux, roule des hanches. Dieu est un fumeur de havanes …Où est l’ombre des Shadows, des Birds, des Doors ? Sous son ciel de faïence, elle ne voit briller que les correspondances et la couleur café… Très vite passé. Les murs d’enceinte du labyrinthe l’entrainent vers l’infini en soufflant vers l’azur et les aéroplanes.

 

Gainsbourg, chansons

Gainsbourg, chansons

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