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La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (4/4)

Publié le par Eric Bertrand

Même lien à la danse et aux claquettes pour les deux sœurs du « Ponton », vieilles conteuses siciliennes qui se font appeler dans une petite ville de Sicile où chaque été elles « racontent des histoires de marionnettes » : « les Beffana sotto le stelle ». Leur spectacle est à base de légendes et de ballets.

Enfin, la présence des claquettes sur la scène crée également une atmosphère particulière, plonge le spectateur dans un univers traditionnel... Les musiciens de l’Ecole de musique qui collaboraient également aux spectacles réalisaient « en live » des morceaux sur lesquels dansaient les comédiens. Sur l’air de Franck Sinatra « I’m in heaven » atmosphère « à l’américaine » dans « le Tennessee Club » où se produisent Sexy Sissi, Miranda et leurs jeunes élèves. Sur un air de Run Rig atmosphère écossaise dans « le ceilidh » qui ouvre la pièce du même nom. La scène se passe dans un pub où a lieu comme c’est le cas en Ecosse un « ceilidh » dont la première attraction est la danse : jigs, claquettes irlandaises, chants gaéliques... Et pour terminer, du côté de chez Pirandello, sur la place du village de Santo Stefano di Camastra a lieu d’abord sur un rythme de « napoletana » un ballet claquettes simple auquel sont associés les enfants et les adultes. Et côté musiciens, on retrouve la mandoline ou le bandoléon.

La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (4/4)

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La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

Une certaine violence est donc sensible sur la scène du fait de la présence des claquettes. Dans une adaptation noire du « Macbeth » de Shakespeare, « le Ceilidh », celles qui les chaussent sont des personnages inquiétants, sanguinaires, diaboliques, inspirées des sorcières de la lande. Elles prédisent le destin mais elles utilisent le registre burlesque pour accentuer leur caractère inquiétant. Le ballet sur « Fuck them all » traduit assez bien cette tonalité.

Autre forme de violence marquée par les claquettes, c’est dans la pièce « Loft History 2084 » inspirée à la fois du « 1984 » d’Orwell et de l’émission de téléréalité : « Loft Story » qui passait sur M6 en 2004. Dans ce « loft » d’un genre particulier, les comédiens lofteurs étaient interrompus par de ridicules spots publicitaires accomplis par des danseurs de claquettes imbéciles, incapables de sortir d’une sorte de novlangue linguistique. Musique et claquettes, spots et slogans comme moyens de formatage de l’individu...

L’insertion dans la pièce de personnages pratiquant les claquettes est également un moyen facile de justifier la présence de ballets dans les pièces. Dans « le Tennessee Club » (pièce américaine inspirée de l’univers de Tennessee William), puis dans « le Ponton », (pièce inspirée de l’univers de Pirandello), deux des héroïnes sont des professionnelles. Dans « le Tennessee club », Sexy Sissi et Miranda sont deux sœurs ex membres du « Ziegfeld Follies » qui n’ont jamais voulu abandonner leur passion de la danse au point de sacrifier tout le reste. Elles n’ont plus de succès mais s’échinent, malgré le « détraquement du temps qui passe », à vouloir se produire en public là où on voudra bien les recevoir, notamment au « Tennessee club », bar perdu au fond du désert de Mojave à Bagdad Café...

La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (3/4)

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La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

De la même façon, au moment du prologue, lorsque l’écrivain s’efforce se rassembler ses souvenirs, les touches de la « vieille machine » à écrire produisent une première rythmique qui appelle le jeu des sons et des claquettes : « on the road Jack ! » fournit l’occasion d’un ballet qui prolonge la rêverie :

Jack (récitant) : Ta... Ta... Ta... Ta... Ta... Ta... Jack... Jack... Jack... Jackpot... Back... Back Jack ! Flashback… Parle vieille machine, parle ! Secoue-toi les tripes… Longue route du manuscrit, ligne blanche des mots, ramène-moi dans la patrie de Marcel Proust, d’Arthur Rimbaud et de mon lointain ancêtre, Lebris de Kéroack, tout là-bas dans le Far Ouest, en terre d’Armorique.

Un personnage, en l’occurrence Dean Moriarty, le « mentor » de Jack dans la pièce, est « le danseur de claquettes ». Il s’adonne à cet art par esprit de rébellion, c’est ce qu’il appelle, par référence à James Dean, « sa fureur de vivre ». Rappelons que James Dean est un pseudonyme façonné sur la référence à la figure du Dean de Kérouac.

La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (2/4)

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La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

La fonction des claquettes dans un spectacle ne doit pas être purement ornementale... Elles doivent jouer un rôle dans le spectacle, lui apporter quelque chose de particulier. C’est dans ce sens que les deux formes d’expression artistique peuvent étroitement collaborer.

Dans son œuvre fondatrice, « Sur la route », l’écrivain Jack Kérouac, apôtre de la génération beatnick, en même temps qu’il relate ses voyages au travers des Etats-Unis, part en quête d’un nouveau langage, « le beat », marqué par un rythme particulier, fondé sur des associations de sons et de mots proches de la réalité observée. La pièce « Jack Kérouac sur la route et sur les planches », réécriture de ce récit, utilise le motif des claquettes dans ce sens.

Ainsi, le rythme du train qui quitte la gare, se lance à la conquête des territoires immenses du « wild », roule, ralentit est-il souligné par la voix du narrateur doublée du ballet de claquettes...

Jack : Le train qui passe, boum, boum... L’énorme fracas de la machine noire… La route qui tape, tic, tac, tic, tac... Les hommes rouges et barbouillés sur la loco, ouah, ouah... Les conducteurs cyniques aux compteurs de vitesse, Cadillac, Pontiac, Ford Mustang, vroum, vroum... Tout défile à toute allure, gratch, gratch… Le monde entier défile… Rocs de l’étrange nuit tout illuminés… shit, shit, tic, tac, vroum, vroum, gratch, gratch…

Les danseurs portent des tenues en rapport avec la légende de l’ouest. Ils simulent des voyageurs à bord de la locomotive, mise en abyme du spectacle à venir...

La part des claquettes dans les spectacles de « Jack sur la route et sur les planches » au « Ponton » (1/4)

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Le film « Sur la route » de Walter Salles : voyage au bout de la route...

Publié le par Eric Bertrand

Pour ceux qui suivent l’actualité Kérouac cette année, il n’est pas inintéressant de faire un tour par Canal Plus ce soir. La chaine diffuse en effet le film que j’ai vu au moment de sa sortie l’an dernier et qui m’a donné envie de revisiter l’univers De « Sur la Route » en modifiant tout de même un certain nombre de points...

La silhouette de Dean Moriarty danse sur la route ouverte et la conquête de l’Ouest des Etats-Unis. Dean Moriarty est un phare allumé sur la calandre de la voiture dans laquelle Sal Paradise et sa troupe de déjantés s’enferment pour suivre un ange diabolique qui les entraîne jusqu’au bout de la nuit. Le film de Walter Salles montre cette fascination qu’exerce le personnage sur tous les proches du narrateur de Sur la route. Les syllabes du nom « Dean Moriarty », dont les lettres sonnent à plusieurs reprises tout au long du film, comportent sans doute, aux oreilles du réalisateur, un peu de cet enjeu qu’est le « beat »... « DEAN MORIARTY », alias Dean Cassidy, nocher infernal à bord d’une drôle d’embarcation, mène ses compagnons de l’autre côté du « Fleuve Amérique ».

Autour de Dean et de Sal Paradise (comprenez Jack Kérouac), gravite une joyeuse troupe de rêveurs, junkies, artistes fous, écrivains, poètes, musiciens, lecteurs passionnés de Rimbaud, Proust ou Céline. Tous avides d’expériences extrêmes, de « dérèglements de tous les sens », à l’image de Rimbaud dont l’image surgit au-dessus de la machine à écrire, tous dans cette « fureur de vivre » chère également à James Dean...

Dès les premières images, c’est la route qui prend la vedette, c’est elle que tous dévalent à toute allure. La route droite qui s’enfonce vers l’ouest, la route que les sandales usées martèlent « Sandales tellement pleines de champignons que, si on les plantait, elles pourraient pousser » plaisante un autre stoppeur... Le pas de l’auto-stoppeur s’accélère, la cadence redouble, l’ombre du sac à dos gigote, la portière d’une Cadillac claque. Sal s’installe, discute, redescend, fume un joint, lit trois pages, écrit trois mots, nouveau lift, saute à l’arrière d’un pick-up, discute avec la clique des gens de la route, « on the road ! »... Clac clac de la Remington. Le clavier saisit des mots, ce qu’ils appellent « le it », musique, rythmes, volutes, vapeur, alcool, marijuana, « substances », LSD, jazz, sexe, moteur, vitesse, tête à l’envers, jambes en l’air, noms de lieux, du côté de Denver, du côté de Frisco, Marcel Proust posé en évidence sur le tableau de bord, « Swan’s Way »...

« My name is Sal, I’m going to Denver »... New York - Denver - San Francisco - New -Orleans - Mexico. La route accomplit une capricieuse rotation vers des lieux de promesse. Au début de l’histoire, Sal a perdu son père et Dean cherche le sien. Quête du père spirituel, quête d’une famille décomposée, sans cesse recomposée. Dans un autocar, Sal rencontre Terry, « la petite Mexicaine » et dans la voiture de Dean, c’est la vicieuse Marilou, vampire adorable (à laquelle Kristen Stewart prête ses traits et ses veines palpitantes), qui trône et impose sa loi : à bord de cet espace de fortune, un moteur entre les jambes, un volant dans les pattes et sous la jupe, tous les coups sont permis.

Dean est un feu sur l’horizon, une figure à la fois torride et mélancolique, le « feu de croisement » de Sal qui allume, sur un coin de route, ses feux de position. Le réalisateur a choisi ce point de vue : il nous le montre captif, occupé à contempler Dean, (mauvais génie, figure idéale ?), capable de tout tenter, jusqu’au fond de l’ivresse. Finalement, Sal s’arrête au bord du précipice. Ce que Walter Salles cherche surtout à nous montrer, c’est que Jack Kérouac veut écrire son roman à partir des expériences qu’il est en train de vivre... Que, même s’il est tenté par le bout de la route, il choisit de tout arrêter et de laisser s’évanouir Dean dans la nuit new-yorkaise.

L’une des dernières images du film, très belle, c’est celle de Dean venu revoir son ami après une longue absence, Dean fatigué par la route, les nuits de débauche et de veille. Ce Dean là cède peu à peu la place au Dean que le papier ressuscite... Sal, bien habillé, dandy façon Scott Fitzgerald, décide cette fois de l’abandonner pour suivre des amis à un concert. Il embarque à bord d’une grosse Limousine et Dean reste là, hagard, sur le pavé de New-York.

Mais dans la nuit qui suit la séparation, l’écrivain débridé s’empare enfin de ces brouillons qui ont ponctué son aventure et se met au travail, acharné, halluciné... travail non plus d’autostoppeur mais de mots stoppeur, d’images et de sons stoppeurs...

Le film « Sur la route » de Walter Salles : voyage au bout de la route...

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