La journée de la jupe, « vent fripon ou jeu de dupe ?... »
« Journée de la jupe » ? C’est le titre du film dont on parle beaucoup cette semaine. Pour les besoins de mon livre intitulé « l’Organisme » qui était sur le point de sortir, moi qui m’interrogeais beaucoup sur le « métier et le milieu », je n’avais pas manqué ce film qui faisait événement. Le film est passé hier, l’occasion de s’attarder à nouveau sur les questions qu’il pose... A cette occasion, essayons de voir ce qu’il y a « sous les jupes des filles » comme le scande une chanson connue !
Tabous sur le port de la jupe ou de quelque autre accessoire susceptible de constituer une atteinte aux bonnes mœurs de nos adolescents fiévreux ? Sujet qui dérange ? Mouchoir qu’on met sur les yeux ? Voile pudique ? Cette thématique du tabou vestimentaire est en tout cas l’une de celles qui motivent le film « la Journée de la jupe ». Isabelle Adjani y incarne une prof « rebelle » qui ose affirmer sa féminité face à « la meute ».
Essayons d’aller plus loin, et de soulever un coin du voile autrement qu’à la manière du vent fripon que sifflait Brassens dans une chanson à son époque aussi leste que celle de Souchon...
Le film braque le projecteur sur un ensemble de problèmes qui vont bien au-delà de ces conflits d’apparences. Essayons dans un premier temps de les répertorier...
Le choc entre les cultures, la violence, les compromissions éducatives, la gestion des bons élèves et la gestion des « cas » difficiles, la délinquance, les rapports garçons-filles, profs-élèves, le problème de la transmission du savoir, l’enseignement des « classiques », la référence aux textes sacrés, constitutifs de notre culture... et d’abord, quels textes ? Molière, Hugo ? Rimbaud ? (Les élèves rient bêtement à ce nom et pensent à Rambo) Quel sacré ? La Bible ou le Coran ? Et puis quelle langue ? La langue littéraire ? La langue utilitaire ? La langue de la rue ?
Bref, ce court film à effet (une prof de français se sert d’un flingue pour gagner la parole et le pouvoir), d’une extrême simplicité dans son scénario, m’a tout l’air d’une fable et en tant que tel donne à réfléchir sur l’éducation.
Dans les premières réactions que j’ai pu entendre, évidemment, certains crient au scandale, à la schématisation, à la stigmatisation de la banlieue... Tous les gamins ne sont pas comme ça ! Il se passe des choses dans les établissements de banlieue sans que, pour autant, les enseignants en viennent à braquer leurs élèves pour se faire écouter...
Néanmoins, le film me paraît juste parce que, justement, le cadre qu’il a choisi dépasse le cadre de la banlieue et prend une valeur de symbole. Derrière la jupe et sous la « dentelle » des sourires salivés, il y a toute la question des corps qui s’expriment au collège. Des corps qui se cherchent et s’affirment dans le malaise et parfois la provocation. Car l’établissement scolaire est le lieu du regard exagéré. Rien n’échappe à l’œil et à la critique souvent méchante, sournoise en tout cas.
Autre aspect essentiel, dans le film, celui de la laïcité. L’enseignante revendique courageusement ces valeurs. En cours, et dans l’ensemble des matières, nous avons pour mission de brandir devant nos élèves le fameux étendard des « valeurs citoyennes ». Du fait de la différence d’âges, de niveau, des intérêts, des stéréotypes, que savent-ils au juste de l’Islam, de la Bible, de la rencontre des cultures et de la vie en société ? Les clichés ont la vie dure...
Pendant le cours, l’enseignant est comme Job. Il consent à se laisser déposséder de ses richesses (intérieures !) pour les achalander souvent dans le souk de la vulgarité ou de l’indifférence. A la différence de la professeure du film, il ne saisit jamais un flingue et livre inlassablement le même combat au nom de cette richesse qu’il veut transmettre à tout prix. D’ailleurs, quand elle a la situation en main, la première chose que la prof veut faire apprendre et répéter au caïd, c’est le nom de Molière !
Car c’est un fait, l’élève qui n’a pas envie d’apprendre n’apprendra pas. Bien au contraire, il se bute et, entre les deux directions devant lesquelles hésitait le fameux âne de Buridan, contrairement à l’âne, il n’aura pas de mal à choisir la voie du refus. C’est celle dont il sait pertinemment qu’elle le mènera à une victoire sur le système qui assurera davantage son rang de caïd ou de bouffon...
Le proviseur le dit clairement aux journalistes dans le film : « nous n’avons aucun moyen de pression sur ces élèves. » Les élèves sont là, bons ou mauvais plants à chauffer au coin des radiateurs ou sur un coin de pelouse... Ils sont là, ils viennent, ils ne viennent pas, ils travaillent, ne travaillent pas, de toute manière, le passage en classe supérieure est un acquis, la scolarisation est obligatoire et le bac est évalué en fonction des statistiques...
Les Emotifs anonymes de Jean-Pierre Améris, toutes les émotions que donne le chocolat (2/2)
/https%3A%2F%2Fi2.ytimg.com%2Fvi%2F-RobqujEJ28%2Fhqdefault.jpg)
LES EMOTIFS ANONYMES (Jean-Pierre Améris) - Extrait 2
Sortie le 22 Décembre 2010 - Un film de Jean-Pierre Améris avec Isabelle Carré et Benoit Poelvoorde - Jean-René, patron d'une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont ...
Cinéma, Jean-Pierre Améris
Les Emotifs anonymes de Jean-Pierre Améris, toutes les émotions que donne le chocolat (1/2)
On connaissait « les alcooliques anonymes » mais que sait-on au juste de cet autre cercle baptisé « émotifs anonymes » ? Le cinéaste réalisateur du film Jean-Pierre Améris (rencontré dans ce blog à l’occasion de la projection de « l’Homme qui rit ») confie qu’avant de devenir réalisateur, il a lui-même participé à des réunions d’émotifs anonymes. Timidité, gêne, peur panique de rater ses entrées, de s’engager, de se tromper...La vie est angoissante parce qu’on multiplie les erreurs et qu’il n’y a jamais moyen de revenir en arrière... Il n’y a guère qu’au cinéma qu’on peut se cacher dans le noir, qu’on peut inventer une histoire, et qu’on peu couper, recommencer les scènes et gommer les défauts, éliminer les erreurs, rectifier la trajectoire... Dans une salle de cinéma, nous sommes tous plus ou moins des « émotifs anonymes » et il n’y a rien de plus désagréable que le moment où, dans les salles obscures, on rallume les lumières !
Chez les « émotifs anonymes », et selon un rituel bien rôdé, s’expriment de grands timides : « Bonjour ! Je m’appelle Angélique... Bonjour Angélique !... » Angélique, doux visage d’ange joyeusement incarné par Isabelle Carré, baisse les yeux, sourire gêné, paupières qui papillonnent, s’effondre au milieu des autres anonymes qui la consolent.
/https%3A%2F%2Fi1.ytimg.com%2Fvi%2Fhru2ojH_j3Q%2Fhqdefault.jpg)
LES EMOTIFS ANONYMES (Jean-Pierre Améris) - Bande Annonce
Sortie le 22 Décembre 2010 - Un film de Jean-Pierre Améris avec Isabelle Carré et Benoit Poelvoorde - Jean-René, patron d'une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont ...
La rue du Chapelier à La Rochelle
S’il est une rue que j’aimerais ajouter au dédale des « Cent Tours de la Lanterne magique »... Elle suivrait la silhouette épaisse d’un ancien aviateur devenu chapelier, se faufilerait entre le seuil de son domicile rue du Minage, enfilerait la rue du Palais, la Place du marché et la Grosse Horloge... S’arrêterait entre les cafés de la Poste et de la Place d’Armes pour laisser résonner les potins...
Cette rue sombre est hantée par les personnages inquiétants du roman de Simenon, « les Fantômes du chapelier ». Cette fiction inspirée du long séjour du romancier dans la région évoque l’itinéraire d’un assassin tranquille, inattendu, qui remplit simplement un « programme défini d’avance » et qui élimine, les unes après les autres, selon une logique implacable, des vieilles dames réunies plus de quarante ans plus tôt sur une même photo de pensionnat...
Un tailleur, Kachoudas, son voisin, qui l’a vu exécuter son avant-dernière victime le suit en tremblant et n’ose pas le dénoncer. Un journaliste de « l’Echo des Charentes », particulièrement perspicace, pousse le meurtrier à fournir des explications par articles interposés. Peut-être a-t-il perçu la faille du chapelier qui ne parvient plus à réaliser, comme il l’a pourtant annoncé, son dernier meurtre...
La rue du Chapelier ou la voie d’un déraillement...
/http%3A%2F%2Fi4.ytimg.com%2Fvi%2FSu7u1F5TZ6w%2Fhqdefault.jpg)