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À la recherche du temps perdu : Marcel Proust Proust et le coffre-fort : dosette de lecture n°80

Publié le par Eric Bertrand

Comment faire revivre les épisodes du passé ? Beaucoup d’écrivains depuis Rousseau et Chateaubriand l’ont brillamment montré : l’écriture est capable d’enchanter les souvenirs. Dans ce domaine merveilleux de « la vraie vie », Proust ouvre son palais ! Sur l’immense ban de sable de la Mémoire, À la recherche du Temps perdu érige un sanctuaire, une sorte de Mont Saint-Michel scintillant.

             Sitôt qu’il s’est attablé devant sa tasse de thé, comme une lady sur une terrasse de Balbec, sitôt qu’il a commencé de grignoter sa précieuse madeleine, le narrateur de Du côté de chez Swann s’enfonce dans sa mer intérieure. Mais le goût fortuit de la madeleine ne comble pas le creux de son estomac à l’heure du tea time, il sollicite une autre force en lui : celle d’un courageux aventurier qui n’hésite plus à plonger... Et aussitôt, le présent morose s’évanouit. Exit ! Loin les petites cuillères à thé qui tintent, loin le confort suranné des salons, les mandibules de carpe des vieilles dames autour de lui qui mâchonnent et qui mastiquent et qui n’en ont rien à foutre !

             C’est une cité fabuleuse qui émerge peu à peu dans sa conscience, la pierre émeraude du Souvenir, polie par le travail de l’Ecriture... Les formes et les couleurs, les visages et les voix se recomposent, se cristallisent derrière la paroi de cet immense aquarium du temps perdu, parcouru à lents coups de palmes. Il faut considérer l’un des passages de À l’ombre des jeunes filles en fleurs comme la mise en abyme de toute la démarche du romancier. Je fais référence à l’extrait où les paysans et les pêcheurs de Balbec en quête de rêve et de spectacle incongru viennent défiler devant la baie vitrée du Grand Hôtel et assister au repas que sont en train de prendre les aristocrates et les bourgeois en vacances. Proust montre que le dîner derrière les vitres, du fait de son étrangeté et de son indécence s’offre au regard de « l’amateur d’ichtyologie humaine » à la manière d’un fascinant aquarium.

             Non invités à la fête, les malheureux spectateurs ouvrent des yeux hallucinés devant tant d’extravagance. Et le narrateur navigue entre les deux mondes, butte contre les parois comme s’il préparait un nouveau type de hold-up. Mais son « hold-up » à lui se situe à des profondeurs où la caméra de surveillance ne va pas. Au fond de l’abysse, c’est un coffre ancien qu’il perçoit, un vestige enfoui dont l’éclat le trouble. Alors il s’enfonce, il s’enfonce. Et puis soudain s’en empare et parvient à le remonter à la surface.

             Et le lecteur est son complice. Il était là qui attendait. Il trouvait le temps long, se morfondait, se rongeait les ongles, voyait passer toute sa vie en accéléré. Et enfin, c’est le signal ! Le coup de sifflet du Souvenir. Il se redresse, s’agite, ouvre en grand la cale du bateau et agrippe le butin que lui jette le narrateur affolé. Ça y est, il le sent glisser dans ses mains avides, il ne peut plus lui échapper, c’est un goût, une odeur, un son, un parfum, un contact : les espèces sonnantes et trébuchantes du Temps retrouvé.

À la recherche du temps perdu : Marcel Proust Proust et le coffre-fort : dosette de lecture n°80

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Les Vice-Rois de Gérard de Cortanze : dosette de lecture n°79 Les bolides à la porte du vieux château

Publié le par Eric Bertrand

Comment l’Histoire vient-elle marquer le destin d’une famille d’aristocrates depuis longtemps installée dans leur fief de Cortanze, à proximité de Turin ? Le roman commence en Italie au moment de la tentative d’unification du pays sur fond de menace autrichienne.

Tout jeune encore, dans les années 1880, le héros, Ercole Tommaso, lié par sa famille à la royauté piémontaise part en mission en Sardaigne où en qualité de vice-roi, il est chargé de rallier politiquement l’île rebelle à son pays.

Commence alors l’aventure humaine marquée par les tourments et les surprises de l’Histoire et de l’amour. Le temps passe, les mentalités évoluent, en France, en Italie. Peu à peu, la figure romanesque du père est remplacée par celle du fils, Roberto, attiré par la course automobile et les bolides. Avec sa famille, il quitte une Italie déchirée où se déchaîne un inquiétant nationalisme porté par les Chemises Noires de Mussolini et il se retrouve confronté aux haines et au racisme anti-italien d’abord à Marseille puis à Paris. Mais les circuits automobiles où s’alignent les Bugatti, Fiat et autres Ferrari continuent de le faire rêver et constituent un enjeu important pour son destin et celui des personnages qu’il côtoie.

Les Vice-Rois de Gérard de Cortanze : dosette de lecture n°79 Les bolides à la porte du vieux château

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Présentation de l'ensemble de mes livres

Publié le par Eric Bertrand

A travers l'interview par Thierry Tougeron et le média Entre nous culture, l'occasion de raconter l'aventure des livres depuis 1993...

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Voyage dans le passé de Stéfan Zweig : dosette de lecture n°78 L’étouffement des passions

Publié le par Eric Bertrand

L’amour total, charnel et spirituel peut-il s’épanouir dans une société guindée où la distance entre les hommes et les femmes est immense, où le foyer, la morale et le confort du mari importent avant tout aux yeux de l’épouse qui se sacrifie à lui afin de lui permettre de réaliser au mieux sa carrière et d’assurer sa réputation ?

          Cette question est posée par l’écrivain Stefan Zweig qui, notamment dans ses nouvelles et celle-ci en particulier, analyse les tourments des cœurs de femmes. Elles sont contraintes par les convenances mais elles bouillonnent à l’intérieur et s’efforcent de ne rien s’autoriser tant que la situation domestique n’évolue pas. À moins que le temps ne vienne faire son œuvre et rendre enfin possible le rendez-vous et la conjonction d’amour tant attendus... C’est le sujet de Voyage dans le temps où Louis, un jeune homme modeste et ambitieux employé chez un grand bourgeois, tombe éperdument amoureux de l’épouse de ce bienfaiteur qui, ravi des qualités de son nouveau collaborateur, l’envoie réaliser des affaires au Mexique. L’absence et la séparation dureront neuf années.

Louis ressemble beaucoup au Frédéric de L’Education sentimentale, pâmé devant la beauté de Mme Arnoux. Même interdit, même idéalisation, même vénération… Il finit par retrouver l’idole, prête à se donner à lui bien des années plus tard. Mais le Temps a écrasé les empreintes et tout ce qu’il est capable de lui dire c’est : « la vue de votre pied me trouble ».

 

 Voyage dans le passé de Stéfan Zweig : dosette de lecture n°78 L’étouffement des passions

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La Plaisanterie de Milan Kundera : dosette de lecture n°77 Le goût de la bonne blague

Publié le par Eric Bertrand

Faut-il adhérer pleinement aux idéaux, s’y livrer de manière « indivisible » et risquer de sombrer dans « l’illusion lyrique » ? La jeune héroïne Markéta semble se  complaire à l’idéal politique au point qu’elle décide de consacrer son temps de vacances à un stage organisé par le Parti dans un château de Bohême.

Pour le moins frustré, son compagnon Ludwik décide de lui adresser sur carte postale une petite « plaisanterie », juste histoire de déranger un tout petit peu ses ardentes convictions. Comme l’auteur lui-même, il a fait ça pour « foncer dans les décors » et bousculer les acteurs qui tiennent le crachoir. Et tant pis s’il dérange ou s’il choque ceux qui ne plaisantent avec la raison du Parti.

La force rabelaisienne de Kundera dans ce roman, c’est de montrer le ridicule de ceux qui défilent et qui, dans leur euphorie, sont prêts à punir, à châtier, voire à mourir pour des idées qu’ils défigurent : « les Saint Jean bouche d’or, qui prêchent le martyre le plus souvent d’ailleurs s’attardent ici-bas » dirait Brassens, autre héritier du maître du rire… Car le mensonge et la mauvaise foi masquent souvent les failles, et ces maitres de cérémonie les brandissent comme des bannières. Comme l’écrit Alain Finkielkraut dans son essai le Sage ne rit qu’en tremblant: « La Plaisanterie se situe précisément à l’entrecroisement entre l’effort multiple des hommes pour donner une forme narrativement satisfaisante à leur existence et les vicissitudes existentielles qui résultent d’une telle aspiration. »

On le voit, ce roman ne se lit pas seulement comme une fable écrite par un écrivain dissident...

 

La Plaisanterie de Milan Kundera : dosette de lecture n°77 Le goût de la bonne blague

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