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Dosette de lecture n°92 : La Storia d’Elsa Morante. Vire et dérive dans les rues cabossées de Rome…

Publié le par Eric Bertrand

Comment, à travers les années sombres de la guerre, une mère et ses deux enfants peuvent-ils traverser les multiples épreuves qui se dressent devant eux ? D’autant que ces deux enfants n’ont pas le même père et que l’un d’entre eux est le bâtard d’un soldat allemand issu d’un viol commis dès le début du roman ?

          Nous sommes à Rome, dans l’Italie des années 40. Entre 1941 et 1946, nazis, fascistes, chemises brunes, chemises noires, toutes ces figures inquiétantes de l’Histoire défilent sous les yeux innocents d’Ida, l’héroïne, dont le seul souci est d’aimer ses proches et de lutter pour leur survie. Elsa Morante suit avec précision et sensibilité le destin de chacun de ses personnages au fil d’une histoire qui les étreint et les écrase. Ida fait tout ce qu’elle peut pour élever ses deux fils mais elle est fragile, apeurée, épouvantée par l’idée que son origine juive puisse être révélée et les entrainer, elle et son premier fils Nino, dans le chaos.

La guerre et les tourments politiques font rage autour d’eux et de tous ces malheureux anonymes qu’ils croisent au fil du récit. Très vite privés de leur foyer, à l’issue d’un bombardement, ils sont ballotés de refuges en cachettes et leurs conditions de vie sont rudes. Mais le regard puéril et innocent de Useppe, le dernier né d’Ida, flanqué de sa chienne Bella parvient à remettre de la poésie et de l’émerveillement au cœur de l’univers impitoyable qui les entoure.

 

Dosette de lecture n°92 : La Storia d’Elsa Morante. Vire et dérive dans les rues cabossées de Rome…

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Petite parenthèse dans les dosettes en passant par Rimbaud

Publié le par Eric Bertrand

Les fidèles de la rubrique « Dosettes de lecture » ont constaté un « ralentissement » sinon un coup d’arrêt dans la fréquence des articles. Rassurez-vous, les dosettes reprendront dès le vendredi 17 novembre avec un article consacré à La Storia d’Elsa Morante.  Désormais, il y en aura une et non plus deux par semaine, et elle sera publiée le vendredi en fin de journée…

          L’une des raisons de ce changement de rythme est liée à la préparation de mon prochain roman à paraître probablement en février chez Hello : son titre ? Over the Rimbaud. Et je vous en livre le sujet en avant-première :

« Le jour de ses dix-huit ans, au moment du festival du Cabaret vert à Charleville, Marie découvre le journal intime de son ancêtre Jeanne-Marie qui raconte son aventure amoureuse avec Arthur Rimbaud.

Par peur du scandale, Jeanne-Marie qui a voulu garder cet amour secret, se confie à son journal : ne le liront que les descendantes de sa famille le jour de leur majorité. Avec sa sensibilité de femme en avance sur son temps, elle y évoque sa passion pour le poète et l’aventurier qui lui a permis de « changer la vie ».

Et quand, plus d’un siècle plus tard, Marie lit ce récit, c’est le choc ».

Si le livre est d’ores et déjà écrit et accepté par l’éditeur, il reste un important travail de relecture-réécriture à effectuer avant le choix définitif de la couverture et le délai de l’imprimeur… Pour chacun de mes livres, j’accorde toujours beaucoup d’importance à cette phase passionnante du polissage. On suivra également sur ce blog les différentes étapes qui précèdent la publication.

Petite parenthèse dans les dosettes en passant par Rimbaud

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Autour des mystères d'Ecosse...

Publié le par Eric Bertrand

L'occasion aujourd'hui de revenir sur tout ce qui imprègne mes livres sur l'Ecosse, ruines hantées de souvenirs tragiques, fantômes, lutins, monstres, créatures surnaturelles ou issues de la tradition celtique, décor ossianique et surtout magie des lieux...

Autour des mystères d'Ecosse...

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Dosette de lecture n°91 : Cannibale de Didier Daeninckx Les invités à la fête coloniale

Publié le par Eric Bertrand

               Comment considérer celui qui est différent de nous, qui ne vit et qui ne pense pas comme nous ? La question a agité les penseurs et les réponses données ont souvent abouti aux pires discriminations et à des ravages de toutes sortes chez les indigènes. « Le barbare, c’est celui qui croit à la barbarie » affirme l’ethnologue Claude Lévi-Strauss. Montaigne, Rousseau, Diderot, Michel Tournier l’ont aussi montré chacun à sa façon et dans ce petit roman, Didier Daeninckx choisit d’interroger un épisode de l’Histoire de la Nouvelle Calédonie.

On est en 1931, Paris organise l’exposition colonialiste universelle. C’est l’occasion de montrer, dans un périmètre parisien bien délimité et « bien administré » l’immensité d’un territoire conquis dans lequel la puissance impérialiste française a imposé ses normes. Sous des prétextes fallacieux, une petite tribu de « cannibales » dont le héros, Gocéné, est amenée vers la capitale.

                Les organisateurs se frottent à l’avance les mains : ils ont tout fait pour « épater la galerie » et montrer du doigt au grand public des spécimens de « sauvages anthropophages » à qui ils ont confié, entre autres missions, celle de se comporter comme des animaux, de se battre, de montrer les dents à travers les cages ou de manger de la viande crue. Les femmes, quant à elles, se contorsionneront seins nus et feront risette aux ventrus civilisés et bien habillés.

              Les rôles sont clairement définis. Sauvages grotesques des tribus arriérées et grands seigneurs riches et bedonnants au sein d’une capitale triomphante et obscène…. Dans le cercle dérisoire de la fête coloniale, officiels et visiteurs s’excitent et chantent les airs de « Nénufar », de « la Tonkinoise » ou de « La fille du bédouin ». Le bon Parisien se tord de rire et montre du doigt les cannibales… Et le lecteur, guidé par le point de vue de Gocéné, le bon Kanak, entame une promenade philosophique dans « le zoo » et la folie parisienne.

Dosette de lecture n°91 : Cannibale de Didier Daeninckx Les invités à la fête coloniale

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Dosette de lecture n°90 : Victor Hugo du haut de son look-out « Le chaos vaincu » ?

Publié le par Eric Bertrand

Comment espérer mettre un terme au chaos ambiant et continuer sous les meilleures auspices ce que le regretté Hubert Reeves appelait : « La grande aventure de l’univers » ? Cette question est hélas d’une tragique actualité quand on pense au fracas du monde depuis le silence interrompu des injonctions du confinement.

Dans le gouffre de son œuvre, Hugo ne cesse de se la poser. Ce qu’il appelle « l’ombre », cette part effrayante de l’Humanité où menace le Mal absolu, il la met en jeu tout au long de ses romans et recueils. Monstruosité, misère féroce, barbarie, néant, nuit… Toute son œuvre à la fois poétique et romanesque peut être appréhendée dans ces mots qui sont aussi des concepts et des symboles aussitôt combattus par les forces de vie et de lumière.

C’est pour cette raison qu’on trouve toujours chez Hugo une figure rayonnante, un héros casqué d’une lampe torche qui part au-devant de la matière brute et qui l’affronte pour finalement en triompher après en avoir montré l’étendue (maléfice profond et irrécupérable de certains « Misérables », monstruosité de la pieuvre-kraken sous la mer, stupidité et égoïsme incommensurable des politiques et souffrance du peuple…)

Dans l’épopée des Travailleurs de la mer, le bateau « la Durande » menace de sombrer dans les « double-fonds de l’abîme » et pourtant, Gilliatt le ramène vers les côtes de Guernesey : il réussit ainsi son « travail de la mer ». Dans Les Contemplations, au terme de sa « marche » vers « le tombeau », le poète parvient à renouer le dialogue tragiquement interrompu avec sa fille Léopoldine et lui offre « Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs » : « Ne dites pas mourir, dites naître ». Quant à Gwynplaine, l’homme qui rit, s’il porte sur le visage la grimace monstrueuse du Mal qu’il a côtoyé toute sa vie, au terme de sa traversée, il ramène lui aussi la lumière : la jeune aveugle Déa retrouve la vue et « le monstre » ne rit plus, il sourit. Son masque d’ombre vient de tomber aussi sèchement que la dépouille de la pieuvre poignardée par Gilliatt... Le « Chaos est vaincu » par « l’éclaircie » (poème 10 du livre 6 des Contemplations). La lumière et l’harmonie reviennent après la tempête.

Mais, du haut de son "look-out", le « mage » de Guernesey continue de nous avertir : malgré son éclat et sa beauté, l’éclaircie est le signe d’un trop éphémère « Chaos vaincu ».

Dosette de lecture n°90 : Victor Hugo du haut de son look-out « Le chaos vaincu » ?

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