Prochainement, suivez Rimbaud et ses "semelles de vent"...
Annoncé pour février prochain, chez Éditions Hello, ça y est, il a chaussé ses "semelles de vent"... Découvrez-en aujourd'hui la quatrième de couverture. A suivre...
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Michel-Ange est-il seulement l’artiste génial qui a, au sommet de son art, réalisé les fresques de la chapelle Sixtine ? On connaît le peintre, on connaît le sculpteur. C’est à l’architecte et à l’homme que l’écrivain s’intéresse à ce moment précis de sa jeunesse (1506, il a trente ans et meurt en 1565) où Bajazet, sultan de Constantinople, lui demande de réaliser les plans d’un pont sur la Corne d’Or.
Sur les rives du Bosphore, accompagné et guidé par le poète Mesihi de Pristina dont la présence ambiguë le révèle à lui-même, Michel-Ange découvre les charmes troubles de l’Orient et s’imprègne de motifs qui serviront son art dans les années à venir. Marbrures des pierres, traits de visage, courbures de ventres et d’épaules, éclats de soleil couchant sur l’eau du fleuve… Mathias Enard en tisse les fils ténus et s’efforce d’en faire chatoyer l’étoffe.
Qu’adviendrait-il si un Charlot devenu boxeur et écrivain défoulait sa rage de ne pouvoir écrire en tapant sur des sacs de sable ? C’est avec humour la façon dont le narrateur de l’histoire, un certain Charlie Hazard, aborde le début de son roman. Il tâche d’écrire et sue sang et eau sur un cahier rouge pendant que tous les membres de son club, les amis, les cogneurs, trépignent dans l’attente de cette œuvre qui ne vient pas.
Ce qui alimente sa rage, c’est aussi la mélancolie profonde qu’il ressent face à la jeunesse qui lui échappe, aux changements qui affectent sa ville de Marseille et aux années qui passent. « Il y avait une immense fosse à la place de sa jeunesse. Le dancing dans lequel il avait transpiré, flirté, dansé, était parti dans des camions bennes ».« Allo papa Tango Charlie ! »... En suivant Charlie, le lecteur pense à Rocky 5 et au vieux boxeur de la nouvelle de Jack London : « Un bon bifteck » …
Et pourtant, ce n’est pas faute de volonté, ni de détermination, mais le ring de l’écriture exige un combat perpétuel. Après plusieurs échecs auprès des grands éditeurs parisiens, le boxeur des mots ne supporte plus de sentir ses poings tournoyer dans l’air vide et de ne mettre KO que des fantômes.
Pour écrire, pour exister en tant qu’écrivain et ne plus subir la pression du sac de sable du mépris, il lui faut faire bouger les lignes, s’écarter des cordes et casser la distance. Afin d’y parvenir, Charlie est prêt à tout …
La scène a lieu au crépuscule, à la fin de la pièce sublime écrite par Edmond Rostand. Cyrano se confie timidement à Roxane : « J’ignorais la douceur féminine (…) Grâce à vous, une robe a passé dans ma vie ». Belle émotion, et j’entendrai toujours le tremblement de la voix de Depardieu.
Ce moment de la pièce est un sommet de l’art, les inflexions de l’artiste y sont en parfaite adéquation avec le texte qu’il est en train de dire. L’homme peut « ignorer la douceur féminine », il peut frémir quand une robe vient à passer », mais sous aucun prétexte, il ne peut la souiller. « Non, merci ! » Au nom de l’Art et au nom de son « Panache », Cyrano, le glorieux modèle, ne cesse de le proclamer : « Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances ».