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Quinze kilomètres de St Martin ou ronde du temps sur Ré la Blanche (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

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Port de Saint-Martin de Ré, 18h00, ciel limpide et bleu de carte postale au-dessus d’une petite foule estivale massée tout autour du bassin vers lequel s’élancent, dès le signal, des coureurs expérimentés, des vacanciers surexcités, des amoureux du bord de mer et de l’effort solitaire de fin d’après-midi. Dossard en pavillon sur le torse. Petite puce (de sable ?) sous le lacet des chaussures pour calculer le temps ou simplement remonter le temps... Déjà les mâts tintent sous le vent de marée qu’on annonce déterminant pour le retour. C’est parti pour quinze kilomètres sur Ré la Blanche.

    D’après le parcours, à l’approche de Rivedoux, l’abbaye des Châteliers, du haut de ses murs austères et mystiques, veille sur le sommet du parcours. Figure du Destin, elle met un terme à l’échappée belle et annonce le tournant de la course. Pourtant, depuis la citadelle poussés par le vent arrière, les forçats des sentiers pousseraient bien au-delà des ogives par lesquelles filtre l’azur du ciel, jusqu’au Pont de Ré et même au-delà, sur le vieux port à La Rochelle, acclamés dans le Cours des Dames.

                Cours ! sur les pavés inégaux tout autour du port, et sous les acclamations de la petite foule débraillée, portant chapeaux, lunettes de soleil, débardeurs, maillots de bain, tongues, ambre solaire et MP3. Cours ! sur les remparts, devant la citadelle de Vauban et jusqu’à la plage de la Cible où, petit, tu venais croquer du chocolat et sacrifier des châteaux dans le sable. Tes parents ne sont plus sur les nattes allongés sous le parasol. Ils ont déserté la plage, ils applaudissent avec les autres dans un espace temps qui devient flou sous l’écran des gouttes de sueur et des embruns.

 

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« Amerika » : quand Jean-Jacques annonce Kafka

Publié le par Eric Bertrand

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Dans un roman moins connu que « le Procès » ou « le Château », Kafka raconte les tribulations du jeune Karl sur le territoire américain. Le roman s’appelle « Amerika » et annonce à sa façon les « tracasseries » dont sont généralement victimes les personnages de Kafka au point d’avoir généré des situations qu’on dit « kafkaïennes ». Davantage que dans les romans cités, Karl est particulièrement attendrissant dans sa maladresse et rappelle un peu les réflexions de Rousseau. Il est, en effet, comme le Jean-Jacques des « Confessions », innocent, naïf, plein de fougue et d’enthousiasme dans son état de « nature ». Ce sont ses fréquentations qui le corrompent et l’entrainent sur la voie du vice et de la dégradation.

                Karl se heurte à la lourdeur administrative du système américain et deux faux camarades (Robinson et Delamarche) lui font perdre la position confortable qu’il occupait à l’hôtel Occidental. Comme le philosophe Rousseau qui se penche sur les mésaventures de Jean-Jacques, force lui est de constater que la vertu ne paie pas et que les escrocs malhonnêtes parviennent plus facilement à tromper l’Administration que les honnêtes et généreux candides.

 

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Aznavour au salon du Livre de Ré (intégral)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

                  C’était le mois dernier ! « Balayé par septembre tristement se démembre... »... « On coupe le bois à Trousse chemise »...

                Début août sur l’ile de Ré, Aznavour invité d’honneur au salon de « l’ile aux Livres »... « Emmenez-moi ! ». Il est loin désormais « Paris au mois d’août », « tu t’laisses aller, tu t’laisses aller... la mer était verte... Trainant un parfum poivré de pays inconnus et d’éternels étés où l’on vit presque nus », je la distingue à peine, la chaise du chanteur de légende, comme enfoncée dans une enceinte de dune, le temps d’un drôle de concert.

                Derrière les créneaux d’une sorte de château de sable improvisé (les barrières installées à la hâte pour canaliser les fans assagis) il est occupé à signer  ses livres pour les flâneurs de la plage, les amoureux « guettés par les vieilles derrière leurs volets, noyés dans la cohue mais dissociés du bruit, glissant les yeux mi-clos », serrés, quasi « joue contre joue » fredonnant, animés malgré tout d’une envie de se balancer, de danser les yeux mi-clos.

                Venir voir Charles Aznavour au salon du Livre, c’est venir en pèlerinage. C’est oser ouvrir en public le juke-box intérieur et glisser sur cet irrésistible toboggan des chansons et des souvenirs... Mais les fans, dont le nombre ne cesse de grossir, ne laissent rien paraitre et se tiennent ferme aux « tubes » de la barrière en serrant le livre qu’ils ont décidé de faire signer... « Il faut savoir coûte que coûte garder, toute sa dignité »

                Ils ont été nombreux à chanter l’ile de Ré. « Dans l’ile de Ré, ma belle adorée, je t’emmènerai... ». C’est pourtant la première fois que l’interprète de « Trousse chemise » vient sur les lieux de la chanson ou plutôt « à proximité ». Le désormais mythique site de Trousse chemise est en effet éloigné du Bois-Plage. « Le petit bois de Trousse chemise » et sa « plage déserte (!) » se trouve tout au bout de l’ile, du côté des Portes et du phare des Baleines que chante aussi l’ami Nougaro. Quant à « Merde à Vauban », c’est de l’autre côté, vers Saint-Martin, « sur l’ile de Ré, j’mange du pain blanc... », n’est-ce pas Léo ? Mais ces deux là, Ferré et Nougaro, il faut même pas y compter... « Bagnard, le temps qui tant s’allonge, dans l’ile de Ré »...

                « Je fuirai laissant là mon passé sans aucun remords sans bagages et le cœur libéré en chantant très fort »... Aznavour, lui, ne chante pas ce matin... « Hier encore... »

                Derrière ses lunettes noires et secondé d’un auxiliaire qui lui répète le nom de la dédicace, il soulève la plume d’une étrange mouette que « le temps a dévasté ». La mer est-elle grise ? L’est-il aussi ? Pas de plage déserte, de robe légère, de verre de vin renversé ni de vrai muscadet...

                Mais dans le désordre et le piétinement, au fil de la longue queue et sous le nez des autres écrivains définitivement délaissés (« il pleut sur la plage des mortes saisons »), les paroles des chansons d’Aznavour frémissent, font bouger puis rouler le sable... Dans l’enceinte de la plage et de la mémoire, des airs reviennent, des scènes se colorent, brillent en même temps que la marée... « Non, je n’ai rien oublié... dans le petit bois de Trousse chemise, on fait des bêtises souviens-toi nous deux ! »

 

 

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Aznavour au salon du Livre de Ré (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

             Ils ont été nombreux à chanter l’ile de Ré. « Dans l’ile de Ré, ma belle adorée, je t’emmènerai... ». C’est pourtant la première fois que l’interprète de « Trousse chemise » vient sur les lieux de la chanson ou plutôt « à proximité ». Le désormais mythique site de Trousse chemise est en effet éloigné du Bois-Plage. « Le petit bois de Trousse chemise » et sa « plage déserte (!) » se trouve tout au bout de l’ile, du côté des Portes et du phare des Baleines que chante aussi l’ami Nougaro. Quant à « Merde à Vauban », c’est de l’autre côté, vers Saint-Martin, « sur l’ile de Ré, j’mange du pain blanc... », n’est-ce pas Léo ? Mais ces deux là, Ferré et Nougaro, il faut même pas y compter... « Bagnard, le temps qui tant s’allonge, dans l’ile de Ré »...

                « Je fuirai laissant là mon passé sans aucun remords sans bagages et le cœur libéré en chantant très fort »... Aznavour, lui, ne chante pas ce matin... « Hier encore... »

                Derrière ses lunettes noires et secondé d’un auxiliaire qui lui répète le nom de la dédicace, il soulève la plume d’une étrange mouette que « le temps a dévasté ». La mer est-elle grise ? L’est-il aussi ? Pas de plage déserte, de robe légère, de verre de vin renversé ni de vrai muscadet...

                Mais dans le désordre et le piétinement, au fil de la longue queue et sous le nez des autres écrivains définitivement délaissés (« il pleut sur la plage des mortes saisons »), les paroles des chansons d’Aznavour frémissent, font bouger puis rouler le sable... Dans l’enceinte de la plage et de la mémoire, des airs reviennent, des scènes se colorent, brillent en même temps que la marée... « Non, je n’ai rien oublié... dans le petit bois de Trousse chemise, on fait des bêtises souviens-toi nous deux ! »

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Aznavour au salon du Livre de Ré (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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C’était le mois dernier ! « Balayé par septembre tristement se démembre... »... « On coupe le bois à Trousse chemise »...

                Début août sur l’ile de Ré, Aznavour invité d’honneur au salon de « l’ile aux Livres »... « Emmenez-moi ! ». Il est loin désormais « Paris au mois d’août », « tu t’laisses aller, tu t’laisses aller... la mer était verte... Trainant un parfum poivré de pays inconnus et d’éternels étés où l’on vit presque nus », je la distingue à peine, la chaise du chanteur de légende, comme enfoncée dans une enceinte de dune, le temps d’un drôle de concert.

                Derrière les créneaux d’une sorte de château de sable improvisé (les barrières installées à la hâte pour canaliser les fans assagis) il est occupé à signer  ses livres pour les flâneurs de la plage, les amoureux « guettés par les vieilles derrière leurs volets, noyés dans la cohue mais dissociés du bruit, glissant les yeux mi-clos », serrés, quasi « joue contre joue » fredonnant, animés malgré tout d’une envie de se balancer, de danser les yeux mi-clos.

                Venir voir Charles Aznavour au salon du Livre, c’est venir en pèlerinage. C’est oser ouvrir en public le juke-box intérieur et glisser sur cet irrésistible toboggan des chansons et des souvenirs... Mais les fans, dont le nombre ne cesse de grossir, ne laissent rien paraitre et se tiennent ferme aux « tubes » de la barrière en serrant le livre qu’ils ont décidé de faire signer... « Il faut savoir coûte que coûte garder, toute sa dignité »

 


 

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