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Chateaubriand Et Hugo : “Je veux être l’Océan ou rien!” (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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Poussé par la vague romantique, le jeune Victor Hugo avait affirmé, vent en poupe, qu’il voulait « être Chateaubriand ou rien ». Lorsqu’il s’est retrouvé en exil à Guernesey, sur son « rocher d’hospitalité » son « tombeau probable » comme il l’écrit dans les Travailleurs de la mer, du haut de son « look-out », il apercevait la côte française, la ville de Saint-Malo et, imperceptible, le Grand-Bé, où gît toujours l’écrivain romantique dont il avait évoqué le nom.

En ces temps romantiques, l’appel à l’océan, aux tempêtes, à la roche granitique révèle une volonté. Hugo est bien conscient d’ériger en toute majesté sa propre figure d’Exilé, cet exilé républicain qui ne « rentrera en France » que « lorsque la Liberté rentrera ». Un martyr de la République, un peu comme le père de Gwynplaine (l’homme qui rit), Lord Clancharlie, envoyé derrière la barrière hérissée des montagnes suisses. 

Et en attendant, il demande à son fils Charles de le prendre en photo, posant contre un rocher, auprès d’un menhir, face à la mer... Il dessine l’océan, le peint, le réinvente, en fait le personnage principal de ses fictions.

Alors, si l’on se tourne du côté de Chateaubriand quelques années plus tôt, il est intéressant d’observer le travail qu’opèrent sur cette thématique ses mémoires d’Outre-Tombe (à suivre)

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La grimace et les sourires de « L’Homme qui rit »

Publié le par Eric Bertrand

 

 

Il reste pour moi l’œuvre majeure du romancier qui y condense tous les éclats de son  génie... Comment présenter une « œuvre océan » (la métaphore n’eût pas déplu à son créateur !) ? J’y suis pourtant revenu (et pour diverses raisons) plusieurs fois déjà ?

            Dès onze ou douze ans, j’ai ouvert les pages illustrées d’un ouvrage ancien qu’avait eu la gentillesse de me prêter (à moi, l’enfant lecteur !) une amie de ma mère. La bonne fée me le remit en grandes pompes (un pavé de 800 pages) comme elle eût fait d’une friandise ou d’un paquet de papillotes un jour d’étrennes, en me tapotant les boucles blondes et en affirmant : « Toi qui aimes Hector Malot et « les Misérables », lis donc, ça peut pas te faire de mal ! ».

            Je m’en souviens parfaitement, c’était pendant l’une de ces périodes bénies de convalescence où, tout au long d’une semaine pluvieuse d’hiver, suite à une angine, j’avais été obligé de « garder le lit ». Ou plutôt, ce fut le livre qui me garda ! Je ne m’en détachais plus. Un océan démonté, une falaise abrupte sur une côte de Grande-Bretagne, une tempête de neige et un enfant de dix ans (un frère !) abandonné au bas de la falaise...

La cahute d’un vieux philosophe, ami d’un loup et ennemi des hommes... Un vieux sage misanthrope qui débite en riant des vérités assassines, flanqué d’un loup affectueux qui tempère l’amertume de ses propos... La vie austère et chimérique de ces « clochards célestes » qui sont aussi des saltimbanques... Un spectacle de théâtre baroque sur un sujet étrange et primitif. Une aveugle amoureuse d’un monstre, un peu Quasimodo et Esméralda que j’avais vus à la télévision, mais en plus sauvage, en plus élémentaire...

Une bouteille à la mer, les effrayants Comprachicos qui effaraient Rimbaud, la grimace d’un Titan qui hurlait dans le désert : « Je ris, cela veut dire « je pleure »... Une duchesse lumineuse, mi sirène mi pieuvre (je venais de terminer « les Travailleurs de la mer » et je trouvai que la splendide Josiane avait quelque chose de l’horrible monstre de la grotte sous-marine enchantée où Gilliatt retrouve les squelettes de ceux qu’elle a avalés) ...Une remontée des courants marins au gré du flot et le renversement de situation qui fait basculer le destin d’un homme, « les tempêtes d’hommes pires que les tempêtes d’océan »...

Voici sous forme d’échantillons les « fioles » d’émotion que j’avalais à cette première lecture de « l’Homme qui rit ». Je crois que je lui dois en partie cette fascination qui m’a étreint par la suite devant les paysages rudes et dépouillés d’Ecosse et, dans une moindre mesure, de Bretagne.

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Tristan dans le maquis arthurien (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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Comme tous les preux, Tristan ne demande qu’à accomplir sa mission pour contenter son roi, mais cette histoire est marquée par une forme particulière de la fatalité. Pendant la traversée qui doit ramener le couple sur les rivages de Cornouailles, un « vin herbé » fait son effet et Tristan et Iseut tombent éperdument amoureux. Les yeux de l’amant mélancolique sont désormais définitivement détournés, et l’un et l’autre des ardents amants, malgré la présence du Roi Marc et d’une cour soucieuse d’honorabilité, n’auront de cesse de déjouer les pièges des regards pour tâcher de s’aimer en secret.

Cette belle histoire aux maintes péripéties (souvent cocasses, car il s’agit de tricher ou de mystifier) s’est construite sur des versions variées. On lit souvent la version d’un certain Béroul qui écrivait au XII° siècle, mais ce même Béroul s’est largement inspiré des contes qui circulaient à cette époque dans le royaume d’Angleterre d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine, via troubadours (du pays d’Oc, sud Loire) et trouvères (du pays d’Oïl, nord Loire). Des influences diverses nourrissent cette littérature qui découvre notamment l’esprit de la courtoisie.

Par principe, le chevalier courtois rend hommage à une « dame » qu’il aime de loin, de façon religieuse et platonique. En ce sens, Tristan comme Lancelot se voue à un seul amour. Mais, au lieu de s’étourdir de rêve et d’idéal, lui consomme presque sauvagement cette relation à l’autre. L’étreinte d’Iseut lui est nécessaire, à tel point qu’il est prêt à tout pour la retrouver.

C’est le sens de la fable du chèvrefeuille et du coudrier que conte Marie de France dans son célèbre poème connu sous le titre « le Lais du chèvrefeuille », « Ni vous sans moi, ni moi sans vous ». Enlevez le bâton de coudrier au chèvrefeuille et tous deux dépérissent...  

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Tristan dans le maquis arthurien (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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Parmi tous ces noms qui émergent presque spontanément du « maquis » arthurien figurent les noms de Tristan et de sa compagne Iseut. Tristan est originaire de Bretagne armoricaine et est venu au monde de sa mère Blanchefleur, veuve inconsolable de Rivalin. Son père est mort peu avant sa naissance et cette forte mélancolie est marquée dans ce nom qu’il porte comme une cicatrice.

Tristan fait partie de ces hommes valeureux, désintéressés par la vie et capable de s’oublier par désespoir. Il a toutes les qualités du chevalier errant et cette sensibilité exacerbée qui le met un jour au contact d’Iseut la Blonde, créature des terres d’Irlande. Tristan se rend en effet en Irlande pour se faire soigner, suite à l’affrontement de l’un des ces monstres dont la littérature arthurienne est friande. Iseut fait partie de ces femmes dotées de pouvoirs magiques : c’est elle qui soigne le beau chevalier de sa blessure et qui le garde auprès d’elle. C’est elle aussi que Tristan doit ramener à son oncle le Roi Marc.

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Une conteuse au lycée

Publié le par Eric Bertrand

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Autour de cette matière de Bretagne que mes collègues et moi nous efforçons patiemment d’appliquer, couche après couche sur le « tronc commun » de nos élèves, nous avons le projet de faire intervenir une conteuse dans le courant du second trimestre.

Après une première rencontre, la perspective semble d’autant plus intéressante que notre nouvelle partenaire propose également d’engager un travail sur « l’oralisation » des contes. Dans un premier, temps, elle offrira sans doute un fragment de légende (peut-être la légende de la ville d’Ys autour de laquelle je vais travailler) afin de faire entendre aux élèves la magie des mots et des histoires quand ils sont libérés des textes à étudier et du cadre de l’examen...

Puis, dans un second temps, elle les amènera à « dire leur production », à valoriser ce qu’ils auront écrit relativement à la matière de Bretagne. C’est là que l’ensemble des activités se font écho : une fois que mes collègues et moi aurons posé les bases réelles des légendes et des territoires, les élèves auront pour mission d’imaginer un fragment de récit de Bretagne. Belle aventure que nous avons inaugurée hier sur le temps d’une petite rencontre au CDI !

 

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