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Armstrong sonne de l’olifant... (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

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De toute façon nul ne peut plus résister au contrôle anti-dopage ! Que la lumière soit ! Faut-il pour autant aller déchirer les vieilles pages ? Faut-il étendre le contrôle et remonter la longue route des brillantes années du Tour de France ? Jusqu’à Armstrong ? C’est fait. Et avant ? Rien ?... Hinault ? Fignon ? Anquetil ? Bartali ? Des pantins ? Des bluffeurs ? Tout le « jus épique » lié à la Légende du Tour passe désormais dans l’éprouvette du soupçon. Tout à notre époque s’analyse, se dissèque, s’examine. Au supplément de rêve on préfère le supplément d’analyse. Heureusement, remonter à Coppi, à Francesco Moser, à Stephen Roche pose problème. Les traces se perdent et la Mémoire aime heureusement préserver la dorure des idoles.

                Mais le dernier en date, l’Américain... C’est le bouc émissaire idéal. La victime du cancer qui vainc la maladie et qui effectue, dans la foulée, une carrière flamboyante... Une trop belle histoire, pensez, un scénario à l’américaine !... Le filtre scientifique et le filtre du scepticisme ont rattrapé Armstrong. Dix ans plus tard, on mesure le champion, non à travers l’écran de fumée de l’exploit mais à travers la vitre de l’éprouvette. On dissout du même coup toute cette matière de rêve et de légende qui constituait jadis l’essence des chansons de gestes. Oui, dans le cas d’Armstrong, les éprouvettes ont rendu leur verdict et Roland sonne de l’olifant.

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Armstrong sonne de l’olifant... (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

Dans l’arène surchauffée, alors que les autres héros tentent parfois un assaut, parviennent un instant à briller puis s’effondrent, lui, en jaune jusqu’au fond des os, le visage appliqué, l’œil d’acier, imperturbable, sort le glaive et inscrit sa victoire. Des chapitres entiers, des fragments d’épopée qu’un Roland Barthes, au seuil des années 2000, aurait sans doute intitulés « Nouvelles mythologies »... Silhouette en bouclier contre les assauts de la route et de ses adversaires, Armstrong est un travailleur forcené, un professionnel dans le sang. Il calcule la victoire, l’analyse avec la précision d’un ordinateur, avertit son « staff » puis met en route cette époustouflante machine à gagner, fait rendre les armes aux plus tenaces de ses adversaires et agace ou éblouit le spectateur.

 

                Mais le dernier grand champion du Tour, sans le savoir, roulait sous les pignons d’une machine à broyer les rêves, à laminer l’épopée. Fin d’été 2012 : « Armstrong, c’est fini ! » Il est temps de mettre un terme à tous les mensonges ! Quitte à faire tomber tous les étendards qui flottaient au bout de l’horizon. Depuis quelques années, le Tour passe sous les fourches caudines du contrôle absolu. L’esprit a changé, il faut être « pur encolure et pur sang ». On entre dans l’ère exsangue de la transparence. Les nouveaux héros seront irréprochables ou ne seront pas !

                Pas plus que le tour 2011, le tour 2012 ne m’a convaincu... Attendons le chevalier Ajax qui franchira la ligne lavé de tout soupçon et qui pourra saluer la sceptique petite foule des admirateurs sans être suspecté de tricherie. Attendons celui qui saura redonner du rêve, sans pour autant que la meute des détracteurs ne vienne renifler le produit dopant dernier cri... Le spectateur a perdu sa force d’enthousiasme. Le pneu est crevé, il roule désormais à plat derrière les vainqueurs des grands tours. « Untel a gagné... Il est sans doute mieux dopé que les autres ! »

 

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Armstrong sonne de l’olifant... (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

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Pendant 7 ans il a semé de l’or sur le tour de France et nous étions nombreux, au cœur de juillet, à saluer les exploits d’un champion au nom à la fois lunaire et antique, lance et fusée Apollo X1... Avant lui, dans la mémoire collective, les Coppi, Bahamontès, Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain avaient commencé à écrire les pages de l’épopée du Tour. Tous, au fil des années, portés par les mêmes clameurs de la foule en haut des cols, les explosions d’enthousiasme des journalistes sportifs, les titres des journaux dans le bleu des étés et le théâtre des prouesses écrites sur les pavés, les contre la montre, les cols de légende, Alpe d’Huez,  Galibier, Izoard, Ventoux, Madeleine et ce soupçon de cette douce désinvolture attachée aux années qui ont précédé la lutte anti-dopage et les techniques sophistiquées de dépistage.

                Et puis l’ère Armstrong est arrivée, mais la planète cyclisme reste sensiblement la même.  Le public, toujours aussi prompt à s’embarquer sur le rêve épique, s’est à nouveau emballé : « Armstrong ressuscité », « Armstrong a décroché la lune ! », « Armstrong impérial », « Armstrong inoxydable... ». Comme à l’époque des plus grands, le frisson de la « Geste » écrite par un grand champion d’une trempe différente de tous les autres (il vaincu le cancer...) Sur le Tour de France entre 1999 et 2005, à chaque fois, il écrit un scénario bien réglé. Le récit est simple, implacable, il réserve au spectateur son lot de péripéties, de surprises, d’images fortes (chutes, blessures, coups de barre, grimaces) et puis l’inexorable dénouement, comme au terme d’une œuvre tragique, qui se joue sur fond de bataille et de souffrance.

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Fugue à Charleville (à partir du poème « Aube » d’Arthur Rimbaud)

Publié le par Eric Bertrand

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Le soleil ne s’était pas encore levé mais la tête bouillonnante de l’ivresse de la veille, il se réveilla. Le lampadaire de la rue jetait une lueur blafarde. Il ouvrit le portefeuille de son lit. La veille au soir, après avoir traîné dans les cabarets et vidé bien des bocks, il avait eu une discussion avec sa compagne du moment. Dix ans déjà qu’ils vivaient ensemble et qu’ils dissipaient leur vie et leur argent. Elle n’en pouvait plus de leurs débauches successives.

                Elle lui avait fait jurer qu’à l’issue d’une dernière nuit de débauche à Charleville, ils allaient changer de vie. Il l’emmènerait « dans un petit wagon rose »… Elle trouvait ça mignon comme idée. C’était de circonstance ! Elle avait lu ça dans Rimbaud. Oh, elle ne demandait pas grand-chose. Simplement un peu plus d’égards et de romance. Et il avait juré d’arrêter la boisson. Elle s’était endormie brutalement, ravie par cette idée, et le sommeil du ravissement l’écrasait encore.

                Sans faire de bruit, il enfila son maigre pantalon, sa chemise, ramassa la menue monnaie qui restait sur la table. Un bruit plat tomba au fond de ses poches. Il ouvrit la porte. L’air du matin le fit tituber. Il descendit à grands pas la rue qui mène à la Meuse.

                Une lueur commençait de pointer tout au bout des méandres de la rivière, quelque part dans le temps. Il avançait vite sur le sentier. La rumeur du beffroi s’étouffait. La ville s’évanouit. La campagne s’allongeait. Dans un tas de fougères fraiches, enfin il se laissa aller. L’aube d’été pouvait maintenant arriver. Il saurait bien l’embrasser, il en avait vu d’autres. Quand il se réveilla, il était midi. Il avait soif.

 

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Bottines à Charleville (exercice à partir du poème « Roman » d’Arthur Rimbaud)

Publié le par Eric Bertrand

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Il était arrivé un soir dans la ville bien enrégimentée de Charleville, la ville de Rimbaud dont il n’avait jamais entendu parler. Comme il se lavait les mains dans la petite chambre qu’il avait louée non loin de la place Ducale, il entendit résonner la musique claire et disciplinée du beffroi. Il sortit sur la place et trouva que les filles étaient belles mais curieusement attifées en ce dimanche d’été. Des « habits puant la foire » pensa-t-il en filant le pas de l’une d’elles, presque machinalement. Le son de ses « petites bottines » faisait curieusement sauter le pavé et prolongeait bizarrement, presque lascivement, la mélodie du beffroi.

                La demoiselle était jeune, alerte, minaudant parce qu’elle se savait suivie. Elle arriva sur le bord de la Meuse, juste en face de la maison natale de Rimbaud. Depuis quelque temps, grâce à un « projet innovant » de la ville qui cherche à « récupérer intelligemment l’image du « passant considérable », une rangée de chaises métalliques composent une œuvre d’art un peu baroque. Sur chacune de ces chaises il put parcourir des vers qu’il ne connaissait pas. « Je me suis baigné dans le poème de la mer ». « C’est un trou de verdure où chante une rivière ». « Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité »… L’air absent lui donna une contenance de bon aloi. La jeune fille s’était arrêtée.

                Déjà son cœur palpitait. Endroit rêvé pour une approche ? Il avait l’habitude d’interpeler les filles et cette perspective ne l’affolait pas. Mais elle regardait en direction du pont. Quelqu’un arrivait. Elle lui fit signe aussitôt, tout en se « retournant alerte » vers le goujat qui avait osé la suivre jusque là.

                L’homme qui arrivait était grand, solide. Il portait un faux-col qui lui donnait un air effrayant. Sitôt qu’il l’eut rejointe, ils disparurent le long du quai. Il n’entendit plus que le trot de ses petites bottines lentement décomposé. Le beffroi sonna place Ducale. Il s’en retourna.

Charleville (18) [1600x1200]

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