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« Les Ritals » (4/8) : Le pantalon à grandes poches.

Publié le par Eric Bertrand

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                 Les poches des pantalons du père de Cavanna sont profondes, les tiennes aussi, pépère. Ce sont la plupart du temps, celles du gros pantalon en velours cotelé jaune caca d’oie. Est-ce le contenant qui justifie le contenu ou le contenu qui justifie le contenant ? Le fait est que tu as la manie de tout ramasser ce que tu trouves.

                 Alors, il te faut de l’espace dans tes poches. Quand tu t’avances vers moi, je vois le creux qui s’ouvre dans le pantalon et qui masque les petits trésors que tu vas remonter. Surtout le dimanche, quand tu rentres de ta promenade au jardin botanique ou sur les bords de Moselle. Des élastiques, des morceaux de métal, des fruits, des pièces usées, des figurines en plastique, en tissu ou en fer...

                  Tes poches de pantalon ce sont comme deux sacs à mains de grand-mère, sauf que « tes sacs à main à toi » sont bien plus intéressants à fouiller et que j’ai le droit de regarder dedans. Et puis, il n’y a jamais la même chose à l’intérieur.

 

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« Les Ritals » (3/8) : Le mouchoir.

Publié le par Eric Bertrand

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                    Il finissait toujours par apparaître sur la scène, le mouchoir ! Exactement comme celui du père Cavanna ! Un vrai rideau de scène ! Je te regardais toujours quand tu marchais et t’arrêtais brusquement, ou quand tu revenais de l’une de tes courses épiques à vélo.

                    Du fond de l’une des profondes poches de tes pantalons en velours, tu sortais un immense mouchoir que tu déployais, comme un magicien qui veut faire s’envoler une colombe. Tu trompettais dans le tissu à carreaux, trois ou quatre grands coups scandés par de grands espaces de reniflement.

                    Puis tu ouvrais à nouveau les yeux, t’essuyais le petit coin de larme jaillie dans l’effort et repliais avec précaution le mouchoir, un côté, puis un autre. Je me croyais en face d’un régiment, et j’avais l’impression que tu me montrais comment on fait son lit pour ne pas se faire punir par l’adjudant qui va venir juger de la coupe orthodoxe du drap.

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« Les Ritals » (2/8) : « la caisse à fourbi » du maçon italien.

Publié le par Eric Bertrand

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                   Le père de Cavanna était maçon et tu étais maçon. Tous les Italiens de cette génération étaient maçons !  Travailleur de force, tu charriais sur ton vélo tous les matins « la caisse à fourbi ». J’en ai hérité de cette caisse à fourbi. Lourde caisse en planches épaisses et remplie de matériel : le kit du maçon italien...

                  Tu aurais mis des pierres du chantier à l’intérieur qu’elle n’aurait pas été plus lourde. Mais quand tu me montrais la pierre que tu aimais tant travailler, ton doigt était léger, , gracieux, propre, comme lissé par la poussière aiguë que tu faisais lever autour de toi, à grands coups de burin.

                  Tout petit, je comparais ce burin à mon crayon de papier et je me disais qu’il faudrait en accumuler beaucoup des années à la pointe de mon crayon pour qu’il devienne aussi vigoureux, aussi souple, aussi incisif... Un crayon à la fine mine, capable pourtant de marquer son empreinte dans la pierre et dans les esprits comme dans une chair blanche.

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"Les Ritals" (1/8)

Publié le par Eric Bertrand

              La lecture de cet ouvrage de Cavanna m’a été vivement recommandé par une amie et l’envie que j’avais de le lire (indépendante de toute relation avec le programme de lettres, chose rarissime et uniquement concevable en vacances – ah, ce « surmoi » tyrannique du prof de lettres !... - ) était aussi conditionnée par la volonté de retrouver avec certains de mes proches les racines italiennes et la figure auréolée de ce grand-père à qui j’ai déjà consacré des lignes et une nouvelle entière dans « Nouvelles pour l’été ».

              Je n’ai pas tout aimé dans cette autobiographie que j’ai trouvée un peu décousue et souvent « débridée » tant dans le vocabulaire que dans la narration... Mais en revanche, j’ai pris plaisir à retrouver quelques fragments de l’image de mon grand-père. Je vais donc, dans les articles qui suivent, compléter cette figure que j’ai dessinée à grands traits dans la nouvelle « aimer la vie ».

 

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Un beau texte pour dire aurevoir à l’été

Publié le par Eric Bertrand

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Je lis avec plaisir et intérêt le blog d’Antigone qui nous donne à découvrir parfois de très beaux textes. http://antigone55.over-blog.com/ Je ne résiste pas à l’envie ce matin de vous faire partager la beauté de ce passage écrit par un auteur que j’apprécie, auteur qui évoque avec mélancolie la vie qui passe et les visages qu’il a croisés... Antigone le cite dans son blog à la date du 27 août.

 

               Je ne me ferai jamais à la fin de l'été. Jamais; Les charmes de l'arrière saison, la splendeur de l'automne, la douceur des pulls et le retour des feux de cheminée, c'est inutile de m'en parler, je refuse de toutes mes forces la fin de l'été. Je l'ai trop attendu, je l'ai trop voulu. Chaque année, au printemps, je guette la première explosion des feuilles. Enfin du vert, du vivant! Les arbres sont faits pour avoir des feuilles. Je ne connais rien de plus sinistre que la chute des feuilles, en automne, qui annoncent ces longs mois d'arbres noirs, d'arbres mots en hiver. Ce qui me fait tenir, c'est cette certitude qu'à partir du 21 décembre, les jours rallongent. Quelques secondes, puis quelques minutes, oui, c'est bien sûr, on va vers l'été. J'aime mai et juin quand les feuilles sont encore tendres, fraîches, luisantes. J'aime ce qu'elles annoncent, les longues journées d'été, l'explosion des couleurs, le soleil qui joue dans l'herbe, qui fait rêver la terre.

               C'est à cause des grandes vacances, de l'enfance, le nez dans l'herbe, pour des semaines et des semaines d'éternité. Les arbres qui chantent au-dessus de la tête. Le temps qui prend son temps. On peut se laisser aller, on peut croire au bonheur. On peut serrer la terre dans ses bras.C'est l'été. Les grandes vacances. Je me disais, enfant, qu'on devrait interdire la fin de l'été. Je n'ai pas changé d'avis.

              [....]Cette impatience est vaine. Bien sûr. Surtout, elle est cruelle : vouloir accélérer le temps, c'est comme brûler le temps qui reste. J'ai hâte d'être demain,  après-demain. Mais le temps, alors, aura passé. Ce temps que je ne regagnerai jamais. Il faudrait accepter l'automne et l'hiver, les arbres morts, les nuits trop longues, parce que c'est le temps de la vie, c'est du temps pour vivre. Mais j'ai cette impatience, toujours. Et toujours ce regret d'avoir accéléré le temps. Et l'été passe tellement vite....

 

Alain Rémond " Comme une chanson dans la nuit"

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