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Une scène au hasard extraite de « Gulliver mis en pièces »

Publié le par Eric Bertrand

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Je rassure les spectateurs et spectatrices potentiels, tout a très bien marché... A la place de la vidéo que je pourrais offrir au lecteur suite au spectacle sur Gulliver, j’offre ce matin l’une des scènes qui ont bien marché !

 

Scène 2

(La scène est sur la plage, trois élégantes jeunes Lilliputiennes parlent chiffons et ne voient pas encore le géant qui est échoué à l’avant-scène)

 

Lillie : Lilla, Lillou ! Que c’est bon de marcher sur la plage de bon matin ! J’adore ça !

Lilla : t’as raison, Lillie, j’adore enlever mes hauts talons et sentir mes pieds s’enfoncer dans le sable...

Lillou : je me sens plus belle avec le vent dans les cheveux et l’air vif sur les joues ! C’est revigorant comme un bon bain moussant ! On se sent plus belles, pas vrai les filles !

Lillie : il faut être belles ce soir ! Le roi nous a invitées au grand bal de la cour. Je ne sais pas quoi me mettre...

Lilla : (lui caressant la joue) Lillie, tu es tellement ravissante qu’un rien t’habillerait... Mais nous sommes ravissantes toutes les trois et il faut bien faire un effort de toilette pour ce genre d’occasion !

Lillou : nous allons forcément plaire au prince... L’une de nous trois doit même réussir à lui chavirer le coeur !

Lillie : les autres sont laides et vulgaires, elles n’ont qu’à aller se cacher ! Nous avons en revanche beaucoup de grâce et d’élégance...

Lilla : je trouve aussi... Et puis, je vais vous le dire, les filles, ce qui plaît à la cour, c’est la distinction et l’éloquence.

Lillou : nous parlons avec des mots choisis et gracieux et nous écrivons des vers.

Lillie : et puis, quelle éducation dans notre façon d’être, notre démarche, nos gestes...

Lilla : nous prenons des cours de danse et de musique et nos vêtements sont nos plus beaux instruments. (Elles se sont arrêtées et s’admirent mutuellement)

Lillou : nos petits pieds sont des danseurs et nos chevilles jouent de la musique ! Allez, orchestre, en avant la musique !

(Elles se mettent à courir en riant et s’arrêtent pile devant le corps de Gulliver Changement radical dans l’attitude. Elles révèlent un côté bestial et vulgaire, et la scène va virer à une sorte de danse du totem autour du corps)

Lillie : qu’est-ce que c’est ? Quel affreux sac de patates arrivé sur le rivage des Lilliputiens, quel ignoble bibendum ! Il ne ressemble à rien ce gros patapouf !

Lilla : t’as vu ses fesses Lillou, on dirait de gros sacs poubelles !

Lillou : et ses pieds, une paire de grosses courgettes !

Lillie :(se retournant) j’aime mieux pas regarder ! Je crois que ça va me porter malheur !

Lilla : quel truc bizarroïde ! Des machins comme cà ont leur place à la foire ! Nous autres Lilliputiens, on veut pas de ça chez nous !

Lillou : quelle abominable tête de citrouille hérissée !

Lillie : voyez ces cheveux en fil de pêche, on dirait des pétards à mèches. On dirait que le feu va lui péter le crâne et embraser la plage, au feu, au feu !

Lilla : pas de danger !... Voyez plutôt son oreille en feuille de chou. C’est une grosse baignoire rose ! En cas d’incendie, on pourrait plonger à l’intérieur et s’y abriter en s’accrochant aux rebords ! Deux oreilles, deux baignoires ! C’est l’hôtel grand luxe !

Lillou : (Elle s’approche du corps avec une grimace de dégoût) dégoutant ! Moi, je ne rentre pas là-dedans une seule seconde ! (Elle fait signe aux autres) Approchez-vous un peu ! Tu parles d’un hôtel de luxe ! C’est un hôtel bas de gamme ! Regardez plutôt ! Cette oreille, ce tympan, c’est un tunnel affreux, écoeurant, il y a une sorte de purée de poix à l’intérieur, beurk !

(Elles tournent autour de lui, furieusement, perdant toute mesure, scandant une sorte de chant de guerre... Le couplet peut être répété deux ou trois fois)

Lillie : son nez, une patate pourrie !

Lilla : son nez, un groin, un énorme groin de cochon !

Lillou : ses yeux, des citrons bouffis !

Lillie : ses lèvres, deux saucissons !

Lilla : ses jambes, deux gros boudins !

Lillou : son crâne, une grosse noix de coco !

(Elles arrêtent brusquement de tournoyer)

Lillie : bouchez-vous le nez, le géant est indigeste... Son visage, rosâtre comme une tranche de jambon, a viré !

Lilla : ses doigts sont des cornichons ! Un pique-nique ? Non merci !

Lillou : (montrant le ventre) Lilla privée de dessert ! Le ventre est une pastèque et elle va crever ! Attention, Lillie, le jus va gicler !

Lillie : (détroussant l’une des chaussures et la reniflant, elle pousse soudain un hurlement) tirez-vous vite, sa chaussure est une bombe à retardement, une grotte malodorante capable d’infecter tout le peuple des Lilliputiens... (Elles sortent en courant)

 

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Gulliver, première et dernière !

Publié le par Eric Bertrand

 

            

 

SPECTACLE     VENDREDI 27 MAI 2011    20 H

COLLEGE BEAUREGARD    La Rochelle

 

"Gulliver mis en pièces", joué par les élèves de 6D

 pièce créée à partir d'une réécriture de l'œuvre de Swift ...

 

Production : l'équipe enseignante de 6D & Martine FONTANILLE

 

,             C’est ce soir ! La dernière répétition a eu lieu mercredi et les élèves, comme à leur habitude, sous le poids de la pression, ont enfin progressé. Certains y prennent un réel plaisir : il faut voir par exemple cette Lilliputienne vendeuse de poulet à son stand en carton (Lili Tourne-broche) ou cet autre Lilliputien jouer les Buffalo Bill avec son lasso et son chapeau de cow-boy, Lili Tournedos... ou encore ces trois « princesses Lilliputiennes » arpenter le sable de la plage en rêvant de séduire le prince...

               Il n’y aura pas de documents sonores, ni aucune photo, droits de l’image oblige, ce qui est dommage car on perd un peu de l’euphorie du spectacle. D’autant qu’il se joue à huis clos et en vase clos : la capacité des salles de classes étant réduite, nous avons limité les entrées à la « garde rapprochée » des élèves.

               C’est donc dans le plus grand secret qu’on jouera et tout ce que je puis vous promettre sur ce blog, c’est un bilan écrit. L’équipe se réunira ensuite pour un repas convivial et mérité ! 

 

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"Je vais bien, ne t’en fais pas", le livre...

Publié le par Eric Bertrand

                      J’avais tellement aimé le film que je me suis procuré le roman d'Olivier Adam... Pour une fois, j’ai été déçu par la version littéraire. Toute la force du scénario se dilue dans une écriture qui ne satisfait pas et des analyses qui laissent le lecteur sur sa fin. Dans le film, certains épisodes sont forts, dramatiques, émouvants... Ils se perdent ou s’évanouissent dans le roman.

                      Pas d’hôpital pour Lily (qui s’appelle Claire), à peine un début d’anorexie, pas de relation amoureuse (en revanche des aventures d’un soir du genre plutôt raccoleur d’ailleurs), pas d’approfondissement de la psychologie des parents ou du père (si bouleversant dans le film), pas de véritable dénouement ni même de « chute », cette chute qui causait une secousse au spectateur...

                      Bref, j’avais pensé (pour changer de registre) le faire étudier éventuellement à des élèves de collège, c’est raté ! Je me contenterai du film, à revoir avec plaisir, quoi qu’il en soit.

 

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« Midnight in Paris » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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             Chaque nuit, rendez-vous avec la société littéraire et artistique de l’époque : Gertrude Stein, Hemingway, Dali, Man Ray, Picasso, et l’une de ses maîtresses, une certaine Adriana (distinguée Marion Cotillard) dont il s’amourache. Le contraste avec la vie réelle et les préoccupations d’ameublement du futur appartement à Malibu est cuisant. Le stress galopant de 2010 contre la fièvre bouillonnante des salons d’artistes. Hemingway, Gertrude Stein, Picasso interviennent dans la vie de Gil, lui donnent des conseils et des avis et lui permettent peu à peu de sublimer son art.

              C’est un véritable « stage chez Gertrude Stein » que Gil suit aux côtés de cette société électrique. Et Gil peut enfin s’épanouir... Il va même jusqu’à suggérer ses idées à d’autres artistes, par exemple, le cinéaste surréaliste Bunuël à qui il propose un film sur des bourgeois enfermés dans une même pièce et qui se transforment progressivement en bêtes sauvages... En rhinocéros ! « Paris est une fête », et l’amour y prend toute la place dans les années 20. Gil vit logiquement une aventure avec Adriana qui vient de « casser » avec l’insupportable Pablo et sa « Baigneuse ». Elle aussi rêve d’une époque meilleure. Le Paris de la Belle Epoque... Avec Adriana, il fait à nouveau « un pas de côté » et pousse la porte de chez Maxime où il rencontre Lautrec, Gauguin et Degas. C’est que, comme Gil, Adriana est profondément insatisfaite et poursuit un rêve inaccessible dans un monde bien dérisoire...

               Ce film, où la magie l’emporte sur le réel, où la lumière du conte l’emporte sur celle de l’éclairage urbain, est une méditation caustique sur le sentiment de la futilité et de l’absurdité. Tous les artistes poursuivent un rêve. Au fil des images, Woody Allen interroge la genèse de toute œuvre... Sous la page blanche, sous l’écran et la toile, sous le drap immense de nos nuits, palpitent les lampes magiques des « malins génies » du passé, Hemingway ou Picasso, Proust ou Lautrec. Ces malins génies éclairent un peu nos pauvres vies et enrichissent l’œuvre que tout artiste laisse en héritage.     

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« Midnight in Paris » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

            Les douze coups de minuit et le conte de fée s’arrête... A moins qu’il ne commence ! La scène est à Paris, un Paris de carte postale (musique de Sidney Bechett et succession de plans dés les premières images du film de cet amoureux de Paris qu’est Woody Allen...) « Paris est une fête » : Ernest Hemingway avait lui aussi, en son temps, célébré la fête parisienne.

            Comment célébrer Paris ? Quand on est un jeune couple d’Américains friqués et qu’on dispose en plus du portefeuille « confortable » d’une belle-mère chaperon... Il faut sauter de taxis en taxis, aller à toutes les expos, dîner dans les grands restaurants, acheter des pièces rares chez les antiquaires et passer le week-end « à la campagne », traduisez : le Mont Saint-Michel !

            Le personnage principal de « Midnight in Paris », Gil Porter, est un doux rêveur aux vélléités d’écrivain, et il subit docilement le grand train de vie de sa future épouse. Comme souvent chez Woody Allen, rien ne l’unit à sa ravissante fiancée, sinon le goût commun pour la cuisine indienne ou la sexualité galopante. Mais au fond, à travers le dédale parisien, Gil poursuit un rêve secret. Nostalgique des années 20, amoureux des flâneries et de Paris sous la pluie, il est la plupart du temps frustré. Jusqu’au soir où il se libère...

            Plutôt que de subir les discours intellectuels forcenés d’un ancien ami de sa fiancée rencontré dans une expo, il fait un pas de côté et se retrouve à minuit dans une rue, sans pouvoir retrouver son chemin. Une voiture capitonnée, style Delahaye des années 20, s’arrête à sa hauteur et ses occupants l’invitent à monter... A son bord une joyeuse société, amenée par un certain Scott Fidzerald et sa Zelda... Imaginez la tête de Gil ! « Tendre est la nuit » et champagne pour tout le monde... L’aventure ne fait que commencer... La suite demain !

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